dimanche 18 décembre 2011

Fiat

méditation pour le 4ème dimanche d'Avent B
 l'annonciation
Que s'est-il passé à Nazareth ce jour-là? Que s'est-il passé dans la maison et dans le coeur de la Vierge Marie?
Le récit de Luc  ne viendra pas assouvir notre curiosité. Luc ne fait pas un reportage, il n'y avait pas de caméra ni de micro, ni même de témoins pour lever quelque peu le voile sur ce moment inouï qui a bouleversé notre histoire..
Le propos de Luc, il est magnifiquement résumé dans le passage de la lettre aux Romains que nous avons lu. Saint Paul y a condensé en quelques mots le sens profond de cet événement en le situant dans la dynamique de l'histoire du peuple de Dieu
« Le mystère tenu caché depuis les origines..... »
Mais si ce mystère, ce grand projet de Dieu a été tenu caché, toute l'histoire du peuple de la Bible le laisse transparaître comme en filigrane. Notamment dans la première lecture que nous avons entendue ce matin ...  la liturgie dans ces jours qui précèdent Noël va mettre sous nos yeux les annonces du salut et leur réalisation avec la naissance de Jésus.
Cette première lecture nous rapporte le projet de David « construire une maison  pour son Seigneur »
David qui s'est installé à Jérusalem habite une maison de cèdre, c'est du solide et l'Arche de Dieu , signe de la présence de Dieu lui-même au milieu des siens, habite sous la tente. La délicatesse de David ne peut pas le supporter et sa générosité lui inspire de construire un temple pour le Seigneur. Beau projet soutenu dans un premier temps par le prophète Nathan: « tout ce que.... fais-le »
Mais voilà ce projet n'est pas celui de Dieu et le prophète vient l'annoncer au roi. Le projet de Dieu c'est de construire lui-même une maison pour David. Voilà Dieu qui retourne les choses, qui bouleverse les plans. Au lieu d'une maison de pierre, c'est d'une descendance qu'il parle à David. Dieu lui annonce qu'il va faire de sa royauté une royauté éternelle, qu'il va susciter dans sa maison, dans sa lignée un roi avec qui il établira une relation filiale: je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils.
Les années et les siècles passent et aucun roi ne se montre à la hauteur d'une telle promesse. Aussi l'attente du Messie promis s'intensifie  au fil des ans, alimentée qu'elle est par les prophètes pour soutenir le courage et l'espérance du peuple.
Sophonie proclamait ... « Réjouis-toi fille de Jérusalem, Ne crains pas Sion, le Seigneur est au milieu de toi » Et le prophète Zacharie: « Réjouis-toi, fille de Sion, car je viens et j'habiterai au milieu de toi »
Et voilà qu'arrive comme en écho la salutation de l'ange à Marie: « Réjouis-toi, comblée de grâces, le Seigneur est avec toi »
Par cette entrée en matière, Luc nous dit que la promesse de Dieu, véhiculée dans le peuple depuis des siècles, c'est aujourd'hui, qu'elle se réalise. Aux oreilles de Marie, une juive qui porte en elle toute l'espérance du peuple, la salutation de l'ange n'a rien d'un banal bonjour dans les termes de l'époque. Si elle ne semble pas impressionnée par la présence de l'ange, elle est toute bouleversée à ses paroles. De fait, la salutation de Gabriel porte en elle comme le germe de tout ce qui va suivre. La suite n'est que l'explicitation de cette parole.
Au réjouis-toi , fait écho le sois sans crainte, Marie, ne laisse rien entamer la joie qui est tienne. Et pour bien lui montrer qu'il n'y a pas erreur sur la personne, il l'appelle par son nom!
Il l'avait appelée comblée de grâces il lui répète: tu as trouvé grâces auprès de Dieu. Ne va pas regarder ta pauvreté, ne va pas te dire que tu ne mérites pas cet honneur, il est gratuit, c'est une grâce, un don que Dieu te propose d'accueillir en toute liberté.
Il lui avait dit: le seigneur est avec toi. Il précise: tu vas enfanter et concevoir un fils qu'il décrit avec les termes que l'Ecriture utilise pour parler du Messie attendu.
Marie ne pouvait pas s'y tromper, elle connaissait trop les écritures pour ne pas faire les rapprochements entre la promesse de Dieu et les paroles qui lui sont adressées.
Son état de fiancée la laisse un moment perplexe comment cela va-t-il se faire? C'est encore avec une image très significative pour un habitué de la Bible que l'ange lui répond: l'Esprit Saint, viendra sur toi et te couvrira de son ombre.
L'Esprit qui planait sur les eaux de la genèse et l'Esprit, souffle de Dieu qui est à l'origine de toute vie, c'est lui qui te prendra sous son ombre pour te féconder et faire jaillir de toi une vie nouvelle.
Et voilà un signe qui t'est donné: ta cousine Elisabeth, elle qu'on appelle la stérile, qui a dépassé l'âge d'enfanter, voilà qu'elle est enceinte. Car rien n'est impossible à Dieu.
Forte de la connaissance qu'elle a de son Dieu par sa fréquentation des ecritures, forte de cette conviction qu'en Dieu parole et acte ne font qu'un et que ce qu'il dit il est capable de le réaliser, Marie offre à Dieu sa confiance et sa disponibilité. « Qu'il me soit fait selon sa parole »
 Ce fiat de Marie est le fruit de son intimité avec Dieu et de sa confiance en la fidélité de Dieu. Voilà les dispositions intérieures qui lui ont permis de reconnaître la présence et l'appel de Dieu au coeur de sa vie , Voilà les dispositions qui nous feront entrer chacun selon l'appel qui est le sien, dans le grand projet de Dieu: révéler le salut à toutes les nations.
Nous sommes invités tout particulièrement en ces jours à  nous laisser imprégner de la Parole de Dieu, à découvrir dans nos vies les signes de vie nouvelle qui nous sont donnés, à accueillir le don que le Christ nous fait dans l'Eucharistie de sa propre vie.
Alors oui se forgeront en nous des convictions fortes qui laisseront jaillir un Fiat joyeux et confiant même en ce qui nous semble impossible.

Sr Elisabeth 

dimanche 11 décembre 2011

Soyez toujours dans la joie



méditation pour le troisième dimanche d'Avent (année B)
Is 61,1-2a.10-11 ; cant Luc 1,47-55 ; 1 Th 5, 16-24 ; Jean 1, 6-8.19-28 
Soyez toujours dans la joie !

Qui de nous oserait formuler une telle invitation sans craindre de se faire prendre pour un illuminé, un doux rêveur ou un écervelé inconscient de la réalité de la vie ! Et pourtant c’est bien ce que saint Paul nous dit ce matin, et non seulement il le dit, mais il ajoute que c’est là l’invitation, l’attente de Dieu lui-même : Soyez toujours dans la joie...c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus.
Oui, aujourd’hui, c’est le dimanche de la joie, je devrais dire un des deux dimanches de l’année liturgique où l’invitation à la joie se fait plus pressante. Sa position dans l’année liturgique peut surprendre. Ne vaudrait-il pas mieux glisser ces textes dans la foulée de Noël ou de Pâques ? Or les deux dimanches de la joie sont situés au cœur de temps plus austères : il s’agit d’aujourd’hui, le troisième dimanche de l’Avent; et le second, c'est, vous le savez, le dimanche de laetare, quatrième dimanche de carême.
Bien sûr on a fait du dimanche de laetare, à la mi-carême, un dimanche où on arrêtait les austérités du Carême, où on célébrait le fait que, ouf, la moitié du carême était déjà passée... comme on pourrait célébrer aujourd’hui, la moitié de l’Avent.
Mais peut-on décemment aujourd’hui inviter à la joie ? Quelle est cette joie à la laquelle nous sommes invités ? La joie chrétienne n’est pas la joie du carnaval, elle n’est pas une joie effervescente, fruit d’une naïveté invraisemblable; elle n’est surtout pas déni de la dure réalité du quotidien ; elle est le chant de la foi, même si c’est de nuit ! Elle est le chant de la communion. Réjouissez-vous parce que le Seigneur est proche[1] ; réjouissez-vous parce qu’il est présent à vos épreuves et à vos souffrances. Réjouissez-vous, car il pose son regard sur vous. Réjouissez-vous car Dieu est avec vous : entendez-le vous dire à chacun, au plus profond de votre cœur : tu n’es pas seul ! je partage ta souffrance, les larmes qui ruissellent sur tes joues ravinent les miennes, je suis avec toi à chaque instant, je communie à tout ce qui fait ta vie : ton bonheur et ta peine.

La joie chrétienne est don de l’Esprit. Et cet Esprit est Esprit du Père et du Fils, il est le lien de l’amour, il est communion. Nous le voyons à l’œuvre dans ce passage du livre d’Isaïe qui a été proclamé : Le prophète tressaille de joie, parce que le Seigneur, en un geste de noce, l’a revêtu des vêtements du salut (notre robe baptismale). La joie de Dieu, joie qui est sienne et qu’il nous partage, c’est la joie de l’amour : Dieu aime, au point de faire de nous ses enfants, au point de nous sauver ! Et cela rien, aucune épreuve, aucune mort, aucune souffrance ne peut nous l’enlever. Dieu s’est épris d’amour pour chacun et chacune de nous. Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu.
Et pour nous le dire, pour nous le faire réaliser, il n’a cessé d’envoyer ses serviteurs les prophètes, ses porte-parole, jusqu’au jour où il a envoyé son Fils. C’est lui par excellence sur qui repose l’Esprit, c’est lui qui est envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et, l’hébreu qui parle en image, poursuit : annoncer l’hirondelle aux captifs ! façon de leur annoncer la liberté. Et nous sommes invités à partager sa mission.
Voilà la joie chrétienne, une joie de communion, une joie d’amour qui vient tout partager. Vivre avec lui, tout ce qu’il nous faut vivre.
Voilà l’appel de ce jour.
C’est la joie du Baptiste. Il ne se glorifie pas de sa mission, il ne se glorifie pas de son œuvre, il est heureux de voir le salut de Dieu venir à lui, et sur le monde. Il n’a de cesse de tourner les regards vers Jésus. Il reconnaît en lui le Dieu qui vient épouser notre humanité, et il en est comblé de joie.

C’est bien là ce que Bernanos faisait dire au curé de Torcy, dans le Journal d’un curé de campagne : Tiens, je vais te définir un peuple chrétien par son contraire. Le contraire d’un peuple chrétien, c’est un peuple triste, un peuple de vieux. Tu me diras que la définition n’est pas trop théologique. D’accord. Mais elle a de quoi faire réfléchir les messieurs qui bâillent à la messe du dimanche. (c’est Bernanos qui le dit !!!) Bien sûr qu’ils baillent ! Tu ne voudrais pas qu’en une malheureuse demi-heure par semaine, l’Église puisse leur apprendre la joie ! ... et il continue : d’où vient que le temps de notre petite enfance nous apparaît si doux, si rayonnant ? Un gosse a des peines comme tout le monde, et il est, en somme, si désarmé contre la douleur, la maladie ! ... c’est du sentiment de sa propre impuissance que l’enfant tire humblement le principe même de sa joie. Il s’en rapporte à sa mère, comprends-tu ? Présent, passé, avenir, toute sa vie, la vie entière tient dans un regard, et ce regard est un sourire. [2]

En participant à cette eucharistie, nous sommes invités à vivre cet échange de regard avec notre Dieu et Père, cet échange de sourire ; quelle que soit la difficulté du chemin, notre Dieu vient communier à notre vie et nous invite à communier à la sienne ! Devenons ensemble ce que nous recevons : le corps du Christ, pour la joie de Dieu, pour la nôtre, et celle de notre terre. Alors nous serons ensemble peuple chrétien.

Sr Thérèse-Marie 
 
[1] Ph 4, 4-5 cité comme antienne d’ouverture
[2] Georges BERNANOS, Journal d’un curé de campagne. Ed Livre de Poche, 1936, p 23 sv.

dimanche 4 décembre 2011

Consolez...

Méditation pour le deuxième dimanche de l'Avent (Année B)
Is 40, 1…11 ; Ps 84 ; 2 P 3, 8-14 ; Mc 1, 1-8
« Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur.
Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu »
 
En ce dimanche d’Avent, ce message prophétique du Premier Testament se fait aussi entendre dans l’Evangile.
Et, en même temps, il nous interpelle, tous et chacun, aujourd’hui…
 
Dans le livre du prophète Isaïe, ce beau chapitre 40 commence ce que l’on appelle « le livre de la Consolation » : 
"Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu.
Parlez au cœur de Jérusalem… »
Par la voix de son prophète, Dieu adresse ce message au peuple pendant la période dite « de reconstruction ».
C’était au temps de l’exil à Babylone, lorsque le peuple d’Israël fut infidèle à Dieu.
Sur une terre étrangère, confronté à d’autres cultures et coutumes, Israël s’est trouvé privé de Loi, privé de Temple, privé de son Dieu.
A ce peuple éprouvé, malmené, découragé, Dieu prononce une parole de consolation :
« Parlez au cœur de Jérusalem et proclamez que son service est accompli, que son crime est pardonné »
L’heure du retour au pays a sonné !
Une « bonne nouvelle » se fait entendre : « Voici votre Dieu ! »
C’est Dieu qui vient, certes, mais le peuple est aussi invité à favoriser ce retour :
« Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur…
Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu »
 
Dans l’Epître du Nouveau Testament, l’apôtre Pierre évoque aussi la venue du Seigneur.
Si Dieu donne l’impression de se faire attendre, l’apôtre rassure :
« Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans sont comme un seul jour »
L’apôtre ne peut alors que stimuler les fidèles de son Eglise à préparer la venue du Seigneur :
« … faites donc tout pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables, dans la paix »
 
Et dans l’Evangile de Marc, le message du prophète Isaïe est repris à neuf par un autre prophète qui proclame les mêmes mots :
« A travers le désert, une voix crie :
Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez sa route »
Ce prophète est Jean-Baptiste, lui que l’on appelle précurseur, mot qui signifie « celui qui court devant »
Mais devant qui court-il ?
Quelqu’un qu’il nomme « plus puissant », dont il n’est pas digne de défaire la courroie de ses sandales, qui baptisera dans l’Esprit-Saint.
Ce commencement de l’Evangile de Marc nous révèle son nom : « Jésus-Christ, le Fils de Dieu »
Et comme l’ajoute l’Evangile : « C’est une Bonne Nouvelle ! »
 
Par ces lectures, nous approfondissons notre temps de l’Avent, ce temps de l’attente d’un Avènement…
 
Oui, ce Dieu tant attendu du peuple d’Israël en exil à Babylone, il va manifester son visage en Jésus-Christ !
Ce Dieu dont les contemporains de l’apôtre Pierre attendaient la venue, sous « un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice », il va venir !
Ce Dieu que Jean-Baptiste n’osait nommer, il va se révéler !
Et c’est une Bonne Nouvelle !
 
En ce deuxième dimanche de l’Avent, le Seigneur nous invite, là où nous sommes :
« Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur ;
Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu »
Ces « déserts » sont ceux de nos vies, là où dominent la solitude et l’épreuve ; 
Ces "terres arides" sont celles de nos coeurs ou de nos corps, là où la souffrance dessèche.
C’est dans notre vie concrète que Dieu nous rejoint !
C’est dans nos réalités, heureuses ou moins heureuses, que Dieu nous annonce sa venue !
 
Bien plus, il nous assure de son secours :
« Tout ravin sera comblé,
toute montagne et toute colline seront abaissées,
les passages tortueux deviendront droits,
et les escarpements seront changés en plaine »
C’est en effet par Dieu que le ravin sera comblé, la montagne abaissée, le passage tortueux rendu droit et l’escarpement, changé en plaine…
Oui, Dieu nous aide à préparer son chemin !
 
Tel est le mystère que le temps de l’Avent célèbre :
La présence de Dieu dans toutes les fibres de notre être, dans toutes les parcelles de notre vie.
Si nous lui confions tout ce que nous sommes et tout ce que nous faisons, sa présence à nos côtés se laissera pressentir, comme l’annonce le prophète Isaïe :
« La gloire du Seigneur se révélera
et tous en même temps verront que la bouche du Seigneur a parlé »
 
En ce temps béni, nous sommes invités à confier à Dieu nos déserts et nos terres arides…
Si nous préparons son chemin, il aplanira lui-même la route !
 
Sr Marie-Jean

mercredi 30 novembre 2011

Croire

pour la fête de saint André (30 novembre 2011)
 Le passage de la lettre aux Romains que nous venons d’entendre contient huit fois le mot « foi » ou « croire ». C’est une réflexion sur la foi qui va aboutir à la douloureuse question que Paul se pose au chapitre 11 : pourquoi les Juifs, ses frères de race, n’ont-ils pas cru en Jésus-Christ ?
Il énumère une suite de verbes qui s’enchaînent. Tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur seront sauvés. Mais pour l’invoquer, il faut croire. Pour croire, il faut avoir entendu sa parole. Pour l’entendre, il faut que quelqu’un l’ait proclamée. Pour proclamer, il faut des messagers... énumération qui débouche sur le cri d’émerveillement emprunté au prophète Isaïe : « comme il est beau de voir courir les messagers de la Bonne Nouvelle ! ». Mais aussi sur une grosse déception : aussi beaux que soient les pieds des messagers, même quand toutes ces conditions sont remplies, cela ne marche pas à tous les coups ! C’est qu’il y a encore une autre condition à remplir, une condition plus intérieure et qui relève de la liberté de chacun : l’écoute. Il ne suffit pas d’entendre, il faut écouter. Et puis, comme le dit Paul, « obéir à la Bonne Nouvelle ».
Qu’est-ce que « croire » ? Qu’est-ce que « obéir à la Bonne Nouvelle » ? Souvent, on s’arrête au premier niveau : croire que Jésus existe ». Éventuellement, on fait le pas suivant : « croire qu’il est ressuscité ». C’est déjà beaucoup, mais on reste à un niveau cérébral, comme l’expriment les théologiens : la foi serait l’adhésion de l’intelligence (et aussi du cœur, l’intelligence du cœur) à un message donné.
 Mais pour Pierre et André, pour Jacques et Jean, ce jour-là, au bord du lac, la question n’était pas « croire qu’il existe », ce Jésus qui vient de nous frôler et qui nous dit « venez ». Ce n’était même pas « croire qu’il m’appelle ». Cela, c’était l’évidence, ils l’ont bien entendu, tous les quatre. Mais ils ont exprimé leur foi en lui au moment où ils se sont levés, ont tout quitté (en plein travail : le filet venait d’être jeté à l’eau) et se sont mis à le suivre. Ils se sont eux-mêmes « jetés à l’eau ». la foi, pour eux, à ce moment-là (et par la suite), c’était une question de confiance. L’adhésion non pas de l’intelligence, mais de tout l’être, non pas à un message, mais à une personne.
 Pour leur part, ils ont compris ce que signifiait « obéir à la Bonne Nouvelle ». L’évangile nous montre le premier élan de cette obéissance comme quelque chose d’irrésistible. Eux-mêmes avaient sans doute bénéficié du témoignage de Jean Baptiste, auparavant, (cf. évangile de Jean), puis ils sont devenus à leur tour messagers : messagers de la Bonne nouvelle, nous invitant à les suivre en répétant ces mot entendus de la bouche de Jésus lui-même : « venez et vous verrez ». 
Sr Marie-Raphaël

dimanche 27 novembre 2011

En Avent

méditation pour le premier dimanche de l'Avent (année B)
Nous voici donc entrés dans une nouvelle année liturgique. L'Eglise a, ici, bel et bien, une ardeur d'avance sur le temps des hommes !
Si le temps de l'Avent nous achemine doucement vers la fête de Noël, vers la célébration de la naissance de Jésus, pourquoi propose-t-on à notre méditation un passage d'évangile où Jésus parle de sa venue, de son retour dans la gloire ?
N'est-ce pas une manière de nous dire que le Roi de l'univers que nous célébrions dimanche dernier et l'Enfant dont nous attendons la naissance, c'est tout un ?
C'est le même Dieu qui nous est révélé dans l'Enfant de la crèche ;dans l'homme qui sillonne les routes de Palestine en invitant à la conversion, en annonçant un monde nouveau, monde d'amour et de paix ; dans le crucifié qui va jusqu'au bout de la cohérence de son message, sans compromission qui aurait pu le sauver ; dans le ressuscité du matin de Pâques et dans le Roi de l'univers dont nous attendons le retour. C'est le même Dieu aussi qui se révèle dans nos Eucharisties, signes de sa présence au creux de nos vies. Il n'y a pas un Jésus tout mignon dans la crèche et un juge sévère qui nous fait peur. Non, il y a un seul Dieu qui s'est fait l'un de nous en Jésus, pour nous révéler l'amour du Père pour tous les hommes, pour nous entraîner à sa suite sur le chemin qui mène au Père en nous avertissant aussi de tout ce qui nous en écarte. C'est important de nous le rappeler et de tenir ensemble tout ce que l'Ecriture nous apprend de Dieu.
Ce que nous fêterons à Noël, ce n'est pas l'anniversaire d'une naissance qui remonte à plus de 2000 ans. A Noël, nous ferons mémoire de l'inauguration sur notre terre du monde nouveau, annoncé et promis par Dieu tout au long du 1er testament.
Oui, Jésus est venu inaugurer le Royaume et nous attendons le jour où il reviendra l'instaurer définitivement.  Entre les deux, la construction de ce Royaume nous est confiée. Mais nous ne sommes pas seuls au travail. Jésus nous l'a promis : il est avec nous jusqu'à la fin des jours. Nous avons l'habitude de compter les années à partir du Christ. Mais au lieu de dire que nous vivons en l'an 2011 après Jésus-Christ, il serait peut-être plus judicieux de dire que nous vivons depuis 2011 ans AVEC Jésus-Christ. Et cela change tout. Car si nous célébrons sa venue à Noël, si nous attendons son retour à la fin des temps, nous savons qu'il ne cesse de venir à notre rencontre. Et l'Eucharistie en est le gage: il est là présent au milieu de nous... et il nous accompagne dans notre quotidien si nous le voulons bien!
 
Vivre l'Avent, c'est reprendre conscience du projet de Dieu sur l'humanité pour nous laisser entraîner avec le Christ dans son Royaume. Pour cela, il s'agit, nous dit l'Evangile, de VEILLER. Ce mot revient 4 fois sur les quelques lignes que Marc nous livre aujourd'hui.
Nous l'avons vu au cours des derniers dimanches, veiller c'est garder allumée la flamme du désir comme les vierges avisées , c'est honorer la confiance que Dieu nous témoigne en nous confiant ses biens, sa création, comme le roi qui part en voyage. Veiller, c'est affiner notre regard pour reconnaître le Seigneur en chacun des petits qui sont les siens, c'était l'évangile de dimanche dernier. Veiller, c'est aussi guetter, comme un portier, les signes de la présence du Seigneur dans notre aujourd'hui.
Veiller, en ce temps d'Avent c'est peut-être plus particulièrement, comme nous le rappelle saint Benoît : fuir l'oubli de Dieu ou pour le dire en positif, garder vive en nous la mémoire des merveilles de Dieu.
Veiller de la sorte va alimenter en nous la foi et faire jaillir l'espérance comme en Isaïe dans la première lecture.
Il se rappelle que Dieu s'est montré tout au long de l'histoire père et rédempteur. C'est à ce titre, qu'il ose lui reprocher en quelque sorte d'être loin, d'être silencieux et absent et l'invoquer avec force : Ah si tu déchirais les cieux et si tu descendais ...
Dans la mémoire d'Israël ces termes ne peuvent pas manquer de rappeler les grandes théophanies, les manifestations de Dieu dans l'histoire du peuple à commencer par cette grande manifestation sur le mont Sinaï au cours de laquelle Dieu a donné sa loi à Moïse et au peuple.
Oui Dieu a déjà déchiré les cieux mais à chaque fois le peuple a oublié, il s'est détourné de Dieu et éloigné de lui. Et la prière du prophète se fait touchante : tu es notre père, tu ne peux pas nous laisser au pouvoir du péché, Nous sommes l'argile, tu es le potier, tu ne peux pas abandonner l'ouvrage de tes mains.
Isaïe nous ouvre ici le chemin de la prière de celui qui se sait pécheur mais qui s'appuie sur ce qu'il connaît de Dieu: son amour, sa fidélité, sa tendresse pour toucher son coeur de Père.
Nous pouvons aisément faire nôtre cette prière du prophète car avec la naissance de Jésus, les cieux se sont déchirés et Dieu est descendu, il a pris chair sur notre terre.  Et plus jamais le ciel ne nous sera fermé. Et pourtant nous le constatons, le Royaume est loin d'être instauré, la justice et la paix sont loin de régir les relations entre les hommes et entre les peuples.
Pourtant st Paul nous le rappelle : en Jésus, nous avons reçu toutes les richesses, celles de la Parole et celles de la connaissance de Dieu. Aucun don spirituel ne nous manque. C'est pourquoi, malgré les détresses, malgré les guerres, malgré les machinations humaines, nous gardons au coeur l'espérance et nous crions vers Dieu avec Isaïe, et avec le psalmiste : Viens, reviens Seigneur, fais-nous revenir à toi...
Voilà qui traduit peut-être le mieux notre démarche d'Avent : FAIS-NOUS REVENIR A TOI  car c'est toi qui nous fera tenir jusqu'au bout.
C'est ce don que l'Eglise ce matin nous fait demander avec insistance : « donne-nous, Dieu notre Père, d'aller avec courage sur les chemins de la justice, à la rencontre du Seigneur... pour entrer avec Lui, lorsqu'il reviendra, dans le Royaume où toi-même nous attends."
Sr Thérèse-Marie 

jeudi 17 novembre 2011

Dédicace


Méditation pour la fête de la dédicace de l'Eglise de notre monastère
2 Ch 5,6-8.10.13-6,2 ; Ps 45 ; Eph 2,19-22 ; Mt 16, 13-19
 
Dans quelques heures il y a aura exactement 25 ans que le bloc de pierre que nous avons coutume de voir en ce lieu, est devenu autel pour le service de la liturgie. Et à cette occasion l’église de ce monastère toute fraîchement repeinte, qui avait déjà été consacrée par les années de prière de nos sœurs, a été elle aussi consacrée par ce rite appelé dédicace !
Belle occasion pour nous aujourd’hui, de rendre grâce, belle occasion de reprendre conscience s’il en était besoin de ce que représente un lieu consacré.
En christianisme, il n’y a aucune magie, aucune mainmise sur Dieu, qui ferait qu’au bout d’une recette connue de quelques druides  ou sorciers, Dieu serait rendu présent.
Notre Dieu est le Dieu des grands espaces, comme le chante Noël Colombier. Notre Dieu est souverainement libre de se manifester comme il l’entend, et de résider où il l’entend ! Et merveille, il choisit de venir à notre rencontre.
Au livre des Chroniques, le récit de la montée de l’arche d’alliance dans le temple édifié par Salomon, est assez cocasse. Des chants, des danses, des sacrifices… on a tout bien organisé, et les prêtres s’apprêtent à une liturgie grandiose… mais voilà que Dieu vient remplir le temple d’une telle nuée que les prêtres sont obligés d’interrompre le culte ! Le culte est un des chemins de l’homme vers Dieu, non un absolu ! Et surtout pas une mainmise sur Dieu. Et quand Dieu se manifeste, le culte qui n’était que sacrement s’interrompt… le sacrement n’est plus nécessaire pour dire la présence puisque Dieu lui-même est là !
Autre révélation de ce texte des Chroniques : le temple va abriter l’arche de l’alliance. Le texte des Chroniques prend soin alors de préciser qu’il n’y avait rien dans l’arche, sinon les tables de la loi. Il n’y avait rien, autrement dit, n’allez surtout pas croire qu’on y a enfermé Dieu, pour vous le rendre accessible… comme prétendaient les auteurs spirituels du XIXème siècle qui nommaient Jésus le divin prisonnier de nos tabernacles ! [1]
Non, les pierres sont là, les autels sont là, les lieux consacrés au Seigneur sont là en simples signes qui nous rappellent, chacun à leur manière : souviens-toi, il y a Dieu et cela suffit ! Souviens-toi il y a Dieu, et en rejoignant le peuple qui se rassemble en ce lieu, tu es appelé à former le corps du Christ. Tu es appelé à lui offrir l’espace de ta vie, comme nouvelle crèche pour une nouvelle incarnation.
St Paul dit aux Ephésiens qu’ils ne sont plus des étrangers, des gens de passage, mais qu’ils sont maison de Dieu. Où est Dieu ? non point tant dans nos temples de pierre, que dans ces temples de chair que nous sommes ; et la marque de la présence de Dieu, est que tous sont accueillis, qu’il n’y a plus d’étranger… nous serons véritables maison de Dieu, lorsque nous ne manierons plus l’exclusion, le rejet, lorsque nous servirons la communion. Célébrer la dédicace de cette église c’est nous rappeler ce projet que Dieu a avec nous, et cette tâche qu’il nous confie : il  souhaite faire de nous son corps ! Il  désire nous tisser en communion, avec lui, avec ceux et celles qui passent en ce lieu, avec ceux et celles qui en d’autres lieux ont eux aussi accueilli ce rêve de notre Dieu.
Ce jour est votre fête, ce jour est fête de la communion qui se tisse toujours plus profondément entre toute l’humanité dans laquelle Jésus un jour s’est incarné et dans laquelle le ressuscité reste sans cesse présent.
 
 Sr Thérèse-Marie


[1] par exemple : J.M. Buathier, dans Le Sacrifice, Paris, 1885 (6° édition) : enseveli comme un mort dans le suaire des espèces (p. 123)., le divin, prisonnier du ciboire (p. 147). Ou le Bienheureux J Eymard (La divine Eucharistie. Extrait des écrits et des sermons du T. R. P. Eymard, 1ère série, la présence réelle. Tourcoing, 1871; 10 édition, 1887 : le Prisonnier d’amour : il lui est impossible de briser ses liens, de quitter sa prison eucharistique; il est notre prisonnier pour jusqu'à la fin des temps !... (p. 85).  Voir l’article du Père A.M. Roguet : LES APEUPRÈS DE LA PRÉDICATION EUCHARISTIQUE
(Extrait de « La MaisonDieu », page 179190)

mercredi 16 novembre 2011

Demeurez en mon amour

Méditation pour la fête de ste Gertrude
Eph 3, 14-19 ; Ps 22 ; Jn 15, 1-8

« Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron… »
La déclaration de Jésus est solennelle.
Cette expression « Je suis » est caractéristique du quatrième évangile : elle révèle l’identité profonde de Jésus.
Par sa référence au « Je suis » révélé par le Seigneur à Moïse, cette expression évoque la relation de Jésus au Dieu d’Israël.
Jésus s’identifie à une vigne.
Dans le Premier Testament, le peuple d’Israël est ainsi qualifié à plusieurs reprises.
Objet des soins de son Dieu, cette vigne est aussi réprouvée, quand son infidélité suscite la déception.
Dans notre Evangile, par contre, cette vigne qu’est Jésus reçoit le qualificatif de « vraie ».
Cet adjectif caractérise celui qui accomplit parfaitement la fonction confiée : il est, lui, l’Israël accompli, peuple choisi qui répond à l’Alliance par sa fidélité.
 
En dépendance de cette vigne qui épouse le projet de Dieu, Jésus nous appelle « sarments ».
« De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi »
Pour être à notre tour de vrais sarments, à l’image de la vigne qu’est Jésus, un chemin s’ouvre devant nous : Jésus nous invite à demeurer en Lui et à accepter d’être nettoyés, émondés par le Père, pour donner du fruit.
Demeurer en Jésus, c’est adhérer fidèlement à Lui, s’enraciner dans sa Parole, se laisser irriguer par son Amour…
 
« Demandez tout ce que vous voudrez et vous l’obtiendrez », affirme Jésus.
Telle était d’ailleurs son expérience, lorsqu’il déclarait à son Père dans la prière : « Je sais que tu m’exauces toujours »[1].
 
Tel est le chemin que Jésus indiquait à ses disciples dans son testament, sur le seuil de la Passion.
Telle est aussi la voie qu’a empruntée Sainte Gertrude d’Helfta, que nous fêtons en ce 16 novembre.
Ayant entendu l’invitation de Jésus « Demeurez en moi, comme moi en vous », elle a consenti et suivi son Seigneur.
 
« En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire », confie Jésus.
Tel un vrai sarment, Gertrude est restée enracinée, entée sur la vigne qu’est Jésus et elle a donné de nombreux fruits.
Ce chemin nous est aussi proposé…
Ainsi, « à l’école du service du Seigneur », en cette fête du noviciat, soyons disciples dans son sillage… pour faire la gloire de notre Père !
  Sr Marie-Jean

[1] Jn 11, 42.