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samedi 11 juillet 2015

Saint Benoît, invitation à l'espérance

Au cœur de l’été, une Solennité nous réjouit !
En ce 11 juillet, nous fêtons Saint Benoît. Comme bénédictine, j’éprouve évidemment beaucoup de joie à évoquer son nom, à rendre compte de ses intuitions, à te partager en quoi il peut nous inspirer…
Il porte en effet un beau nom : Benedictus, signifie « béni ». L’homme était italien, né à Nursie, vers 480. Pour le connaître, deux ouvrages nous renseignent : sa Vie, racontée par le pape Grégoire le Grand (au 2e chapitre des Dialogues) et son œuvre majeure, la Règle pour les moines, que nous suivons aujourd’hui encore. Elle a traversé quinze siècles. Elle est en effet très souple dans son application : Benoît accorde au lecteur la liberté d’adapter la Règle aux circonstances concrètes…
Certes, me diras-tu, cette fête concerne les bénédictins et les bénédictines, mais en quoi peut-elle rejoindre tout chrétien ?
Je voudrais épingler trois invitations que nous adresse Benoît. La première est celle de la confiance. Dans le Prologue de la Règle, le premier mot est « Ecoute » : par cet impératif, Benoît nous invite à ouvrir notre cœur, à accueillir, à recevoir… Il s’agit en effet de recueillir une parole, un enseignement, de s’engager dans une certaine orientation de vie, de suivre Jésus. A l’autre bout de la Règle, on peut découvrir le résultat de cette écoute : « tu parviendras ». C’est le dernier mot de l’ouvrage : il nous exprime toute la confiance que Benoît accorde au jeune qui s’engage. Si le moine, si la moniale « incline l’oreille de son cœur », il ne pourra que réussir… Le Seigneur le conduira !
Ensuite, une deuxième invitation est celle de l’Espérance. Trop souvent, on risquerait de se décourager, de se désespérer de nos erreurs, de nos fautes, de nos péchés… Dans la vie monastique, on en commet aussi. Pour rassurer son moine, Benoît a eu une intuition fulgurante : il a prévu le vœu de « conversion de vie ». Ainsi, le moine ne peut jamais prétexter ses manquements pour abandonner, fuir, déserter… Il peut seulement écouter la parole d’un Père du désert qui définit ainsi le moine : « C’est celui qui tombe 7 fois et se relève 7 fois ». Saint Antoine, qui fut moine avant Benoît, ne parlait pas autrement : « Aujourd’hui, je commence ». Cette Espérance t’offre cette chance de toujours pouvoir te relever, porté par un dynamisme que Benoît prescrit dans toute sa Règle. Cette Espérance ne vaut pas que pour les moines et moniales : les épreuves, les souffrances, les échecs ne devraient jamais nous écraser ou nous anéantir. Le printemps peut toujours fleurir ! C’est l’heureuse nouvelle de la fête de Pâques, victoire de la Vie sur toute mort…
Enfin, le secret d’apprendre à aimer l’autre tel qu’il est pourrait être la troisième invitation de Saint Benoît. La vie en commun, que ce soit dans les familles, les sociétés, les communautés, n’est jamais évidente avec tous. A plusieurs reprises dans sa Règle, Benoît invite à voir le Christ dans l’autre : la sœur/le frère, le malade, l’hôte,… Ainsi, il nous invite à découvrir en chacun les traits de Dieu, à percevoir combien chacun a été créé à son image et qu’il peut nous révéler Dieu…
En ce beau jour de la fête de Benoît, je veux t’inviter à revisiter ces mots : confiance, espérance, amour… Benoît ne pourrait-il pas t’aider à mieux vivre, là où tu es ?
Belle route à toi, « sous la conduite de l’Evangile »…

Sr Marie-Jean

lundi 24 mars 2014

Annonciation

« L’ange du Seigneur fut envoyé par Dieu auprès d’une vierge appelée Marie… » Il l’a trouvée disponible, accueillante. Il est venu lui demander de collaborer à l’œuvre du Père. On comprend qu’elle en a été bouleversée. Beauté de son humilité, qui ose s’étonner, discuter avec le Seigneur : « comment cela va-t-il se faire ? »
« L’Esprit viendra sur toi », lui répond l’ange. Marie se fait tout accueil à l’Esprit.
« Je suis la servante du Seigneur ». Voilà ses titres de noblesse ! Servante ! par avance elle choisit le service tel que le vivra son Fils, Jésus, serviteur de Dieu et des hommes. Par avance elle nous dévoile quel sera son Fils.
Toi, aussi, tu es invité à collaborer à l’œuvre du Père. Accueilleras-tu sa demande ? Ne crains pas, l’Esprit viendra sur toi.
Belle fête à vous

Sr Thérèse-Marie

mardi 4 mars 2014

Souviens-toi que tu es poussière... d'étoile

Oui, souviens-toi que tu es poussière d'étoile,
et que tu retournes au Père des lumières!
Voici un nouveau carême, nous te le souhaitons heureux! Saint Benoît nous recommande de le vivre dans la joie du désir spirituel.
Qu'allons nous vivre avec le Seigneur? Qu'allons vivre avec toute la communauté chrétienne?  Il fut un temps où le carême se déclinait sous le mode : pas ceci, pas cela, pas... pas... et encore pas... C'est vrai qu'il faut des limites, des mesures, mais si au lieu d'attirer l'attention sur les limites on regardait la vie qu'elles balisent. Un fleuve sans berges devient un marécage, un fleuve enfermé dans des murs n'est plus qu'une citerne, un fleuve bordé de deux berges s'appuie sur elles pour prendre son élan et gagner l'océan.
Quelle vie va jaillir, ressusciter en toi, en ces jours de carême? oui, en ces jours, tu es appelé à la vie, à la vie en plénitude, une vie de désir, d'ardente faim et soif de Dieu.
Entre le jeûne, la prière et le partage, ta vie va s'élancer... tu vas goûter le bonheur d'un Souffle Nouveau.
Ecoute la voix qui t'appelle au plus profond de toi.
Entends le chant qui monte : aujourd'hui le Seigneur t'invite, aujourd'hui il t'appelle. Avec lui entre au désert, dans la brûlure du manque, ton coeur s'ouvrira à son amour.
Avec lui, tu graviras la montagne, tu es enfant bien-aimé. Ta vie sera lumière.
Heureux carême pascal à toi 

Sr Thérèse-Marie

mercredi 25 décembre 2013

Heureux Noël


 

Soleil levant,

qui vient nous visiter !

 
 

dessin réalisé par une enfant pour aider à la reconstruction

des écoles bénédictines de Tacloban et Ormoc

 
 
Voici le moment où chacun s’assied pour prendre le temps d’un courrier: échange de vœux, attention à ceux et celles qui ont marqué l’année écoulée, à ceux et celles qui sont proches, à ceux et celles qui sont loin.

         Nous voici donc, en communauté, pour vous rejoindre par ce message. Tandis que nous nous célébrons Noël, c’est le cœur marqué par les derniers événements que nous venons à vous.

         Le cœur lourd de la peine de nos frères et sœurs souffrants, proches ou lointains. Nous pensons à ceux d’entre vous qui traversez l’épreuve. Nous pensons aussi tout particulièrement au peuple philippin, marqué par le passage du typhon dévastateur.

         Le cœur émerveillé de la beauté de nos frères et sœurs porteurs de vie, d’espérance : cœur émerveillé  par la vie de Nelson Mandela, par le souffle de fraîcheur évangélique du pape François, par le courage des Philippins, par la beauté, la générosité des hommes, femmes et enfants de par le monde. Le cœur émerveillé par votre présence, votre amitié. Le cœur émerveillé par toute la solidarité qui se lève par et autour de nos sœurs bénédictines aux Philippines, autour de tant d’autres projets humanitaires. 

Souhaitons que le Seigneur poursuive l’œuvre de ses mains, et qu’ensemble nous reboisions notre humanité. Oui, puissions-nous trouver auprès du Seigneur créativité, courage et force, pour cette année nouvelle. Que notre terre tourne en harmonie avec le rêve de notre Dieu. Très belle fête de Noël à vous tous, et que l’année nouvelle vous porte joie.
 
Sr Thérèse-Marie et la communauté des bénédictines d’Hurtebise

samedi 14 décembre 2013

nouvelles des Philippines

Bonjour,
vous êtes nombreux à vous soucier de la vie de nos frères et soeurs des Philippines depuis le typhon ravageur du 8 novembre dernier.
Voici quelques nouvelles des soeurs bénédictines missionnaires de Tutzing qui sont à Tacloban et Ormoc:
- depuis le 30 novembre, le toit de l'hôpital est à nouveau couvert. Un toit provisoire fait de tôles en galvanisé, mais un toit efficace qui protège le bâtiment des dégats de la pluie et du soleil. Comme elles ont pu refaire ce toit, les soeurs ont décidé de partager les tôles, pour que les familles alentour puissent aussi se refaire un toit. A cette intention elles ont commandé 6000 tôles pour les distribuer.
- un générateur de l'hôpital a pu être réparé. Aussi grâce à un don de carburant, l'électricité a pu être restaurée à l'hôpital environ 20 h sur 24. Les soeurs ont créé un petit centre à l'hôpital, où la population locale peut venir recharger les GSM, et autres appareils électroniques. Grâce au retour de l'électricité, l'eau courante peut aussi être rétablie.
- avec l'aide d'équipes médicales venues des Philippines, de Corée et des USA, 4000 personnes victimes du typhon ont pu à ce jour etre soignées gratuitement à l'hôpital. L'équipe coréenne a apporté du matériel (rayons X portable, etc...) en attendant que l'équipement de l'hôpital, complètement détruit soit renouvelé.
- Terre des Hommes (section Allemagne) leur a offert un petit camion. Avec celui-ci elles peuvent aller chercher les secours qui leur sont envoyés par l'aéroport, ou par mer. Comme elles reçoivent des médicaments et du matériel médical pour l'hôpital elles le partagent avec les autres dispensaires. Comme elles reçoivent des vivres pour l'hôpital, elles partagent avec la population locale, elles ont organisé une soupe quotidienne, distribuée devant l'hôpital pour les personnes qui n'ont rien. Avec le camion elles font des tournées pour distribuer des vivres aux populations des villages plus reculés.
- à la ferme - institut de recherche pour une agriculture durable, avec l'aide d'une autre école des soeurs de Tutzing (à Bacolod, aussi aux Philippines) qui a apporté motoculteur, semences et engrais, le nettoyage des terres et leur ensemencement a été entrepris, avec les jeunes de cette ferme-institut.
- un hectare des terres de cette ferme - institut ont été donnés par les soeurs pour y bâtir des logements pour une trentaine de famille (un village de pêcheurs complètement anéanti par le typhon). Elles ont réuni avec architecte et entrepreneur avec les familles, en vue d'une construction de petits logements en dur.
- l'école de Ormoc est moins endommagée que celle de Tacloban, il faut réparer les toitures, et renouveler le matériel qui a été endommagé.
- l'école de Tacloban est fortement endommagée, les soeurs étudient la possiblité de la rebâtir à un autre endroit, plus éloigné de la mer. Il faudra renouveler tout le matériel. Mais les soeurs sont pleine d'espérance, elles ont annoncé la reprise des cours le 15 janvier, dans du provisoire, pour que les enfants et les jeunes ne perdent pas une année, et ne soient pas cibles de prédateurs.
- avec une équipe des USA, des groupes d'enfants ont pu être constitués, dans lesquels ils peuvent échanger sur ce qu'ils ont vécu, afin de traverser le traumatisme.
- les soeurs aînées des communautés de Tacloban et Ormoc, ont pu être transférées dans la communauté de Manille, par un avion sanitaire le 15 novembre. D'autres soeurs ont été envoyées en renfort à Tacloban. Les soeurs par leur présence encourage à la population à rester à Leyte, plutôt que de partir grossir les quartiers pauvres de Manille.
M Adelaida prieure de Manille, sr Ana Maria supérieure de la communauté de l'hôpital et toutes les soeurs vous disent leur immense merci pour l'aide que vous leur faites parvenir, et pour le soutien de votre prière.

vendredi 22 novembre 2013

Du milieu du chaos, les soeurs vous disent leur reconnaissance

Jeudi 21 novembre 2013
Lettre de reconnaissance de Soeur Ana Maria Raca, OSB et des soeurs de l’hôpital « Divine Word » à Tacloban.  

Chères soeurs, administrateurs, faculté, staff, étudiants, parents, anciens élèves de nos écoles bénédictines, et amis de tous les coins du monde,

PAIX!

Voilà 12 jours que ce super typhon meurtrier a frappé et anéanti Tacloban et les régions alentour,  et c’est seulement maintenant que j’ai le temps, le courage et la force pour écrire et exprimer ma gratitude pour le jaillissement d’amour et de soutien dont vous avez témoigné pour notre peuple souffrant. Où que vous soyez, à vous, notre infinie gratitude.

La nuit avant que le typhon ne frappe, nous avions 159 patients à l’hôpital “Divine Word” de Tacloban. Nous étions 16 sœurs en tout habitant au troisième étage d’un des bâtiments de l’hôpital au moment de cette calamite. Notre communauté de l’hôpital avait atteint cette taille parce que les soeurs membres de la communauté du Collège sainte Scholastique à Tacloban ont décidé de nous rejoindre juste quelques minutes avant que les grands vents arrivent. Si elles ne l’avaient pas fait, l’une ou l’autre pourrait avoir péri puisque leur couvent a été détruit à 75 %.  
 
Il est de notoriété publique qu’au plus fort du typhon, et juste immédiatement après, l’hôpital “Divine Word” était le seul établissement médical resté en service tandis que les autres, gravement endommagés avaient cessé. Nous saluons nos médecins résidents, les infirmières et le personnel qui durant un tour d’horloge complet, ont servi non-stop toutes les victimes du typhon.

En ce vendredi 8 novembre, lorsque les vents terrifiants ont frappé l’hôpital, tous les appareils de climatisation dans les chambres des patients ont littéralement été projetés à terre. Nous avons eu de la chance que personne n’a été blessé. Certaines chambres ont vu leurs fenêtres voler en éclats et parfois aussi leurs portes. Tous les patients ont été conduits hors des chambres, dans les couloirs, où ils étaient plus en sureté. Dès que les patients ont été installés dans les couloirs, les sœurs ont mené la prière du chapelet, pour calmer les peurs.

Le dimanche 10 novembre, nous avons dû évacuer tous les patients sans demander de paiement de facture d’hospitalisation. Nous n’avions plus d’eau courante, plus d’électricité, plus de médicaments, ni de nourriture. Cependant, beaucoup d’entre eux sont restés à l’hôpital quelques jours en plus, parce qu’il n’y avait pas de moyens de locomotion, ou qu’ils n’avaient plus de maisons en lesquelles retourner. D’autre part, les soins d’urgence pour les victimes du typhon n’ont jamais cessé. A partir du moment où la salle d’urgence, au rez de chaussée, a été inondée, le hall du deuxième étage est devenu salle d’urgence, emplie de patients souffrants d’hémorragie. Dix patients sont décédés, dont deux dans l’unité de soins intensifs, qui sont décédés au moment où les appareils d’assistance ont cessé de fonctionner à cause de la panne de courant.

Durant deux jours nous avons été totalement coupées du reste du monde, car aucun moyen de communication ne fonctionnait. Ensuite l’UNICEF a pu mettre en place un centre près du bureau de police où les gens pourraient faire des appels gratuits et avoir accès à Internet. Là j’ai fait la file avec deux autres sœurs, juste pour communiquer avec notre Mère Prieure, pour l’assurer que nous étions toutes sauves, et pour lui donner la liste des médicaments et des fournitures médicales dont nous avions besoin pour nos patients.
 
Les toits de deux de nos bâtiments ont été arrachés, les plafonds et lignes électriques ont été détruits. Les couteux équipements de laboratoire, les véhicules, les appareils de la buanderie, les générateurs ont été inondés et détruits par l’eau. Le sol à l’hôpital était jonché de débris de verre, et nos terres de débris et d’arbres tombés. Notre personnel à l’hôpital a continué à travailler, dans des conditions limites – avec peu d’eau et peu de lumière.
 
Autour de nous les scènes que nous avons vues étaient difficilement soutenables, la destruction et la souffrance étaient au-delà de toute description. Les gens marchaient dans les décombres assommés, sidérés. Beaucoup de larmes coulaient, la douleur ne trouvant pas de mots.

Au milieu de cette immense obscurité du paysage, des rayons de lumière ont brillé. Il est venu de cœurs bons, - de cœurs soucieux – et ils nous ont atteints. Des articles de secours, des médicaments, une aide financière et des formes variées de solidarité et de soutien sont venues de tous les coins du pays, et du monde entier, ils ont percé la ténèbre et nous ont apporté espérance et joie.
 
VOUS avez été parmi ceux qui ont répondu en notre temps de détresse. Vous êtes ce rayon de lumière.

Dans la confusion et le chaos des premiers jours de l’arrivée et de la distribution des secours, arrivant à Tacloban, nous avons reçu les premières 5 boîtes (les autres ont été distribuées ultérieurement) des opérations de secours au collège ste Scholastique à Manille. C’était deux boîtes de produits pour intraveineuses, deux boîtes de chocolat Nips et une boîte de boissons chocolatées. Les chocolats Nips ont été notre souper avant la nuit et nous ont sauvé dans les jours qui ont suivi quand la faim est venue. A vous qui avez donné ces chocolats, sachez ce qu’ils ont signifié pour nous et combien ils ont été un signe d’espérance. Sachez qu’aucune action n’est petite dans une situation de vie ou de mort.

Pour nous croyants, la destruction et la mort n’auront jamais le dernier mot, mais bien l’espérance en un Dieu aimant qui travaille à travers les siens comme chacun de vous.
 
Au nom de notre communauté de l’hôpital “Divine Word” et de la communauté du collège de Tacloban, et de toutes les personnes souffrantes de Tacloban et des autres régions atteintes, nos prières et notre gratitude. Dieu vous bénisse et vous récompense au centuple. Votre bonté et votre compassion seront notre source d’inspiration s’élevant à nouveau.
 
A jamais reconnaissantes,
Soeur Ana Maria Raca, OSB
et les soeurs de l’hôpital “Divine Word” à Tacloban  

 
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Si vous souhaitez aider les soeurs bénédictines missionnaires des Philippines à aider la population, vous pouvez toujours effectuer un versement. Les numéros de compte se trouvent sur le message précédent. Mille merci, les nécessités sont immenses. Notre aide aussi minime soit-elle est bienvenue. Quand on manque de tout, rien n'est trop petit !

dimanche 17 novembre 2013

Solidarité avec nos soeurs bénédictines des Philippines

Voici les nouvelles de nos soeurs bénédictines aux Philippines, 

Rapport à l'Archidiocèse  de Mère Adelaïda, prieure à Manille
14 novembre 2013

Nous, Sœurs Missionnaires Bénédictines de Tutzing, avons trois communautés sur l’île de Leyte : Collège Saint- Scholastique, Tacloban ; Hôpital du Verbe Divin également à Tacloban et le Collège Saint-Pierre à Ormoc . Il n'y avait aucune communication avec les Sœurs jusqu'à aujourd'hui.

Notre école à Tacloban est près de l'aéroport , à Manlurip , l'une des zones fortement touchées par l'onde de tempête. La clôture a disparu comme si elle n'avait jamais été une barrière, m’a-t-on dit , et puisque les Sœurs avaient évacué à la communauté de l'hôpital avant que le typhon frappe, le couvent a été pillé ( l'école aurait été pillée aussi, s’il n’y avait eu la présence de 6 travailleurs qui ont trouvé refuge là-bas). Ils ont tout pris, y compris les robinets, les éviers et les portes. Les sœurs me disent que ce n'est plus propre à l'habitation. L'école est totalement sans toit, donc tout ce qui est dans le bâtiment est perdu : bibliothèque, laboratoires, etc… Certaines sœurs croient que nous ne serons pas en mesure d'ouvrir nos cours de niveau supérieur, et que l’on continuera seulement avec l'école primaire et l’école secondaire . Nous n'avons pas encore pensé à l'évaluation du dommage, parce que nous sommes toujours occupés avec les efforts de secours. Qui parmi leurs employés est mort ? nous ne savons pas encore.

L'hôpital était sous 1,20 mètre d'eau lors de la tempête, de sorte que tous les équipements du laboratoire, de radiographie, les cliniques médicales, IRM, etc. sont tous inutilisables, y compris les véhicules et une clinique mobile. La pharmacie aussi avec tous les médicaments en stock est devenu inutilisable. Cependant des Sœurs, avec l'aide de leurs médecins et employés, ont fait ce qu'elles pouvaient pour traiter ceux qui sont venus demander de l'aide jusqu'à ce qu’ils soient totalement à court de fournitures.

Encore une fois, nous n'avons pas vraiment encore évalué les dégâts. Mais nous sommes heureuses du fait que les secours que nous avons envoyés sont arrivés à l'hôpital. Nous les avons encouragés à partager avec les autres communautés religieuses et avec les familles de nos sœurs là-bas. Jusqu’à maintenant, nous ne connaissons que quatre employés dont la mort est confirmée, mais beaucoup, y compris un médecin orthopédiste, sont toujours portés disparus .

En Ormoc, le couvent n'a plus de toit, forçant les Sœurs à évacuer à la paroisse et à l’infirmerie de l'école. L' ampleur des dégâts, je ne sais toujours pas. Je visite Tacloban et Ormoc demain, peut-être que je vais en savoir plus.

Les familles de nos sœurs de Leyte ont tous signalé la perte de leurs maisons, soit ils sont totalement effondrés ou sont sans-abri. Nous espérons que nous pouvons obtenir de l'aide pour les aider à reconstruire leurs maisons, aussi. Sr Edith Eslopor , une de nos sœurs de la communauté d’Ormoc, a perdu sa jeune sœur Delia et son beau-frère, Jun Estoce , dans l'inondation. Leur fils de 7 ans a survécu.

Merci beaucoup pour les prières et l'assistance . Nous apprécions vraiment cela .
Mère Adelaida Ygrubay
Prieure, Manille
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si vous connaissez l'anglais, vous pouvez écouter l'interview de sr Celine qui collecte des biens à Manille pour les victimes du typhon, vous aurez aussi une petite présentation de cette communauté des bénédictines missionnaires de Tutzing (170 soeurs en une 20aine d'implantations aux Philippines.) cliquez ici
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Je n'ai actuellement pas de nouvelles de la communauté bénédictine présente sur l'île de Samar...
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Vous êtes sans doute déjà bien sollicités, pour venir en aide aux Philippines… excusez-moi d’en ajouter…
Si vous cherchiez un créneau d’entraide, nous essayons de récolter des fonds pour soutenir les sœurs bénédictines missionnaires de Tutzing dont ces communautés ont été ravagées par le typhon ainsi que leurs œuvres (écoles et hôpitaux).
Vous pouvez verser sur le compte de la communauté à Manille dont dépendent ces communautés. 
via la banque :  Banco de Oro, Taft Avenue Branch, Manila: 
sur leur compte : Prioress of the Community of Benedictine Sisters  
Dollar account:  4580110229    
Swift code:  BNORPHMM

Cependant pour éviter de nombreux frais bancaires, il est mieux de regrouper nos dons pour ensuite les transférer groupés sur leur compte.
Si vous le souhaitez, vous pouvez verser votre contribution sur le compte du monastère, nous enverrons tout à nos soeurs. N'oubliez pas de noter en communication: aide aux Philippines. 
via la banqueBELFIUS, boulevard Pacheco, 1000 Bruxelles.
sur le compte du Monastère Notre-Dame d’Hurtebise 
B. 6870 Saint-Hubert   
IBAN BE74 0680 1144 4007
BIC GKCCBEBB
Si vous ne pouvez aider financièrement, ce qui est tout à fait compréhensible, je suis sûre que vous pourrez accompagner de votre prière le chemin bien difficile de nos sœurs, ainsi que de ceux et celles qu’elles essayent d’aider. Vous pouvez bien entendu diffuser cet appel auprès de personnes susceptibles d’aider.
Ainsi notre solidarité fera se lever un chant d'espérance sur notre terre
Avec toute notre reconnaissance
 De tout cœur en communion

dimanche 29 septembre 2013

Tout visage découvert dans le pauvre

26ème dimanche Temps ordinaire (année C)
Il y a quinze jours, j'étais à la cathédrale de Recife avec les déléguées bénédictines du monde entier, pour la célébration de l'eucharistie. Nous nous sommes recueillies sur la tombe de Dom Helder Camara. Comme ce lieu est habité.
Le lendemain, j'ai visité un petit centre d'accueil pour enfants pauvres, au coeur même d'une favela. Puis j'ai rencontré une famille vivant au coeur de la favela. Nos soeurs bénédictines tentent de soulager la misère des enfants, des familles en offrant cette structure d'accueil, et un accompagnement aux familles. Elles ne se découragent pas face à l'immensité de la détresse humaine, elles ne se replient pas dans un "c'est impossible, il y a trop de misère". Elles regardent les nécessités, et voient ce qu'elles peuvent faire, et le font (en fonction de leurs forces et des finances qu'elles peuvent recevoir pour soutenir leur oeuvre). 
En entendant l'évangile d'aujourd'hui (Luc 16, 19-31), avec le pauvre Lazare gisant au seuil de la maison du riche, je ne peux m'empêcher de repenser à ce séjour au Brésil. Et me revient à l'esprit ce témoignage de Dom Helder Camara: " le Christ eucharistique ne peut accepter un excès de glorification tant que l’autre Eucharistie – le Christ vivant dans les pauvres – est écrasée.
Un jour, une délégation est venue me voir, ici, à Recife : « Vous savez, Dom Helder, il y a un voleur qui a réussi à pénétrer dans telle église. Il a ouvert le tabernacle. Comme il ne s’intéressait qu’au ciboire, il a jeté les hosties par terre, dans la boue… Vous entendez, Dom Helder : le Seigneur vivant jeté dans la boue !... Nous avons recueilli ces hosties et les avons portées en procession jusqu’à l’église, mais il faut faire une grande cérémonie de réparation !... » - « Oui, je suis d’accord. On va préparer une procession eucharistique. On va réunir tout le monde. On va vraiment faire un acte de réparation. »
Le jour de la cérémonie, quand tout le monde était là, j’ai dit : « Seigneur, au nom de mon frère le voleur, je te demande pardon. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Il ne savait pas que tu es vraiment présent et vivant dans l’Eucharistie. Ce qu’il a fait nous touche profondément. Mais mes amis, mes frères, comme nous sommes tous aveugles ! Nous sommes choqués parce que notre frère, ce pauvre voleur, a jeté les hosties, le Christ eucharistique dans la boue, mais dans la boue vit le Christ tous les jours, chez nous, au Nordeste ! Il nous faut ouvrir les yeux ! » Et je disais que le meilleur fruit de la communion au Corps du Christ dans l’Eucharistie serait que le Christ ainsi reçu nous ouvre les yeux et nous aide à de reconnaître l’Eucharistie des pauvres, des opprimés, de ceux qui souffrent. C’est sur cela que nous serons jugés, le dernier jour…"  (Helder CAMARA, Les conversions d'un évêque, Seuil , 1977, p 145)
Que le Seigneur nous ouvre les yeux, qu'il éclaire nos consciences, qu'il nous donne la force d'agir pour bâtir son Royaume de justice, de fraternité, de solidarité, de paix. 

Sr Thérèse-Marie

samedi 10 août 2013

Saint Laurent

Au beau milieu du Temps Ordinaire, en cette fête du martyr Laurent, nous voici projetés en plein mystère pascal.
D’aucuns pourraient poser cette question : comment apprivoiser au quotidien un tel mystère ?
Comment le comprendre en notre aujourd’hui ?
 
Relisons les paroles de Jésus :
« Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ;
mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit… »
Rappelons que Jésus a prononcé ces mots au seuil de la Passion.
Ces propos le concernent donc en premier lieu, comme le laisse entendre le verset précédent, où il déclare :
« L’Heure est venue où est glorifié le Fils de l’homme »
Cette heure de la glorification, c’est l’occasion offerte à Jésus de montrer le poids de son Amour, d’en donner preuve… y compris par une éventuelle mort.
Par l’image du grain de blé tombé en terre, Jésus invite ses disciples à ne pas voir dans cette mort qu’un point final, un départ, un anéantissement, une absence,…
En se comparant au grain, Jésus annonce certes qu’il sera pareillement jeté en terre, mais aussi qu’il donnera beaucoup de fruit.
Une fécondité pourra surgir de cette mort…
 
Si cet horizon de la glorification concerne surtout Jésus, la suite peut nous rejoindre davantage :
« Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache la garde pour la vie éternelle »
Nous pouvons être interpellés par les oppositions de ces deux versets :
« s’il ne meurt pas / s’il meurt ; il demeure seul / il porte beaucoup de fruits ; aimer sa vie / la haïr (c’est la traduction littérale) ; la perdre / la garder pour la vie éternelle »
 
« aimer sa vie / la haïr » : l’alternative doit être bien comprise.
Ce n’est pas à un désir suicidaire ou masochiste que Jésus fait allusion, mais il se prononce sur la façon dont on mène sa vie : la vit-on pour soi ou pour les autres ?
En somme, est-ce que je considère ma vie comme mienne, une vie que je dois défendre à tout prix et conserver comme si elle se suffisait à elle-même ?
Ou bien est-ce que je veille à ne pas m’y agripper, est-ce que je cherche à m’ouvrir à l’autre, en mourant à ce qui me replie sur moi-même ?
Pour retenir du sable, il faut ouvrir la main ; sinon, le sable s’échappe…
Il en va de même pour notre vie humaine.
Cette vie ouverte, non repliée sur elle-même, Jésus nous annonce qu’elle ne mène pas non plus à une fin ou au néant, mais qu’elle « se maintient pour de bon », « en vie éternelle ».
 
Telle est la question qui peut nous tarauder, nous et tant de nos contemporains : comment réussir sa vie ?
Jésus veut nous offrir une clé…
Et il poursuit :
« Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera »
Pour accéder à une telle vie, Jésus invite à le suivre, c’est-à-dire à l’accompagner, à lui emboîter le pas, lui qui a dépensé sa vie pour ceux et celles qu’il a croisés.
 
Être là où Jésus est, c’est-à-dire être enraciné dans l’Amour du Père, puisant en cet Amour la force de rejoindre tous ceux et celles qui sont sur le chemin.
Jésus n’a pas gardé sa vie pour lui-même… et cette vie ne s’est pas perdue.
Au contraire, elle a porté du fruit et a créé du neuf…
 
Alors, en cette fête du martyr Laurent, Jésus nous questionne :
Que voulons-nous ?
Une vie pour nous-mêmes, bien au chaud, dans le cocooning de nos habitudes… ou bien une vie au grand large, avec un cœur universel, attentif aux autres et à l’Autre, recevant une fécondité que seul notre Dieu peut nous donner ?
Saint Laurent a répondu…
Et nous, chacune et chacun, que répondrons-nous à Celui qui nous invite ?
 
 
Sr Marie-Jean (10 août 13)
 

jeudi 14 février 2013

Tous envoyés

Méditation pour la fête des saints Cyrille et Méthode (Luc 10,1-9)
L’évangile de ce jour nous présente l’envoi des 72 disciples. Si on parle régulièrement des successeurs de Pierre et des 12, on parle rarement des successeurs des 72. Qui sont-ils ces disciples envoyés deux par deux partout où Jésus souhaite entrer ? Et bien, c’est assez simple à comprendre, c’est vous et moi ! Oui, le message que nous laisse cet évangile est clair : la mission chrétienne n’est pas l’affaire de quelques-uns, Pierre, les douze et leurs successeurs ! La mission est l’œuvre de tous les chrétiens. C’est notre œuvre, si nous y manquons, il manquera quelque chose à l’œuvre de Dieu.
Nous sommes envoyés deux par deux : la première mission est de faire communauté, de vivre l’amour de Dieu au cœur de nos relations. Comment en témoigner sinon par la vie fraternelle. La première mission est un geste : marcher, marcher ensemble. Cela invitera à composer : l’un est rapide, l’autre plus lent, l’un aime s’arrêter, l’autre préfère aller droit au but. Dans la vie fraternelle qui se tisse sur la route, la route qu’est notre vie, se dit quelque chose du Royaume.
Nous sommes envoyés deux par deux, devant Jésus, là où il souhaite aller. Il s’agit de lui préparer le chemin, non point d’envahir la place. Il s’agit d’ouvrir les cœurs, non de les encombrer de notre présence. Le messager sera humble, qui prépare le chemin, et s’efface devant celui qui vient.
Nous sommes envoyés dans le dépouillement : il ne faut emporter ni sac, ni argent, ni sandales... : la première préparation à la mission est dans ce dépouillement. Un dépouillement extérieur qui nous fait rejoindre notre  pauvreté intérieure. Voilà qui lèvera toutes les objections de tant de nous, qui sommes tentés de dire : mais qui suis-je pour porter la mission de Jésus, c’est bon pour le pape et les évêques. Non, accueille ta situation de manque, de pauvreté comme partie intégrante de ta condition humaine, que Jésus lui-même a embrassée. Cela te donnera de venir non en envahisseur, non en tout-puissant, mais en tout aimant. Tu seras par là, annonce de la Bonne Nouvelle. Va, les mains vides, à la rencontre de tes frères et sœurs.
Là où vous entrerez, dites d’abord paix à cette maison. D’abord et avant tout, ne commence pas par un discours, une homélie, mais par un salut tout humain. Sois d'abord relation : « paix »,  « shalom » était la manière juive de souhaiter un beau et bon jour, un jour de calme, un jour de paix. Retrouve le sens du "bon jour", une véritable salutation où l'on désire vraiment que la journée soit bonne à celle ou celui qu'on salue. Et ce n'est sans doute pas pour rien que ce "bon jour" était décliné chez les juifs par "paix à cette maison"…  Artisan de paix, rien que par cette humanité, voilà une première et importante mission, la porte d’entrée de la mission… Cela doit nous faire réfléchir... Comment être porteur de paix ? D’abord en la recevant, au plus profond ! en être transfiguré ! IL nous faut prendre le temps de nous tenir longuement en présence du Seigneur, pour le recevoir lui qui est notre paix, pour ensuite, l’offrir! Nous allons tantôt être invités à recevoir la paix du Seigneur, pour ensuite nous la transmettre. Que cette célébration nourrisse en nous la paix du Seigneur, et nous serons ensuite envoyés tous et toutes, sur le chemin de nos vies, porter cette paix, annonce de Jésus qui vient. 
 sr Thérèse-Marie

dimanche 10 février 2013

L'amour plus fort



Aujourd'hui, 10 février, nous fêtons sainte Scholastique. Ce nom étrange ne vous dit peut-être rien... Il signifie "celle qui a du loisir". Je traduirais volontiers "celle qui a du loisir pour Dieu". Oui, sainte Scholastique est la soeur de saint Benoît, et elle est chère à toutes les bénédictines. 
Nous ne connaissons pas grand chose d'elle, mais le peu que nous a légué la tradition nous la rend extrêment sympathique. Tandis que le peuple se lamentait qu'il n'y avait plus de saints, le pape Grégoire le Grand s'est mis à écrire "les dialogues", pour montrer la vie de saints de son temps. Et il a fait la part belle à saint Benoît. C'est au sein du récit de la vie de Benoît que nous découvrons le visage de sainte Scholastique. Voici ce qu'il en dit...  

XXXII 4. PIERRE Dis‑moi, je te prie, si les saints peuvent tout ce qu'ils veulent et obtiennent tout ce qu'ils désirent obtenir.
 
XXXIII GRÉGOIRE. Qui donc, Pierre, a été plus élevé en cette vie que Paul? Et pourtant trois fois il demanda au Seigneur d'être libéré de l'aiguillon de sa chair et il ne put obtenir ce qu'il voulait. A ce propos, il faut que je te raconte comment le vénérable Père Benoît voulut un jour une chose et ne put réaliser son désir.
 
2. Sa soeur, nommée Scholastique, consacrée dès l'enfance au Seigneur tout‑puissant, avait l'habitude de venir le voir une fois par an. L'homme de Dieu descendait à sa rencontre non loin de la porte, dans une dépendance du monastère. Un jour, elle vint comme de coutume, et son vénérable frère descendit avec des disciples pour la voir. Toute la journée se passa à louer Dieu et à parler de choses saintes. Les ombres de la nuit tombaient quand ils prirent leur repas ensemble. On était encore à table à parler de choses saintes, quand la religieuse sa soeur le pria en ces termes: " Je t'en prie, ne me quitte pas cette nuit. Jusqu'au matin parlons des joies de la vie céleste." Il répondit: "Que  dis‑tu là, ma sœur! Rester hors du monastère, je ne le peux absolument pas".
 
3. Le ciel était alors d'une sérénité parfaite, sans un nuage. La religieuse à ce refus de son frère, posa sur la table ses mains, les doigts entrelacés, et inclina la tête dans ses mains pour prier le Seigneur tout puissant. Quand elle la releva, ce fut un éclat violent d'éclairs, tonnerre, pluie diluvienne, tant et si bien que ni le vénérable Benoît ni les frères qui l'accompagnaient ne pouvaient franchir le seuil du lieu où ils se trouvaient  La religieuse, en inclinant la tête dans ses mains, avait versé sur la table des fleuves de larmes par lesquels elle amena la sérénité du ciel à la pluie. Et ce ne fut pas un peu après sa prière que l'inondation s'ensuivit, mais la simultanéité fut telle de la prière et de l'inondation qu'au moment où elle leva la tête de la table, le tonnerre éclatait déjà. A l'instant même où la tète se leva, la pluie tomba.
 
4. Alors l'homme de Dieu, parmi les éclairs, les tonnerres et l'immense inondation de la pluie, voyant qu'il ne pouvait rentrer au monastère, commença à se plaindre, tout triste: " Que Dieu tout‑puissant te pardonne, ma soeur! Qu'est‑ce que tu as fait là ?" Elle répondit: "Voilà! Je t'ai prié, et tu n'as pas voulu m'écouter. J'ai prié mon Seigneur, et il m'a écoutée. Maintenant donc, si tu peux, sors! Laisse-moi et rentre au monastère. " Mais lui ne pouvait sortir au‑delà du toit. Il n'avait pas voulu rester de bon gré, il resta de force. Et voilà comment ils passèrent toute la nuit à veiller, en se rassasiant mutuellement de saints propos sur la vie spirituelle.
 
5. J'ai donc dit qu'il avait voulu quelque chose, mais sans résultat. Car si nous considérons la pensée de l'homme vénérable, évidemment il aurait souhaité que le beau temps qu'il avait eu pour descendre continuât, mais contre son désir, par la force de Dieu tout‑puissant, il trouva un miracle suscité par le cœur d'une femme. Ce n'est pas étonnant qu'une femme en cette occasion ait été plus forte que lui, elle voulait voir plus longtemps son frère. Selon la parole de Jean, "Dieu est amour", et par un jugement tout à fait juste, elle fut plus puissante parce qu'elle aima davantage.
 
PIERRE J'avoue que cela me plaît beaucoup, ce que tu dis.
 
XXXIV GRÉGOIRE. Le lendemain, la vénérable femme revint à sa maison, et l'homme de Dieu rentra au monastère. Trois jours après, comme il était chez lui, ayant levé les yeux dans les airs, il vit l'âme de sa sœur, sortie de son corps, pénétrer les profondeurs mystérieuses du ciel sous la forme d'une colombe. Tout réjoui d'une telle gloire, il rendit grâces à Dieu tout‑puissant dans ses hymnes de louange, et il annonça le décès aux frères.
 
2. De plus, il les envoya aussitôt pour ramener son corps au monastère, où on le placerait dans le tombeau qu'il s'était préparé pour lui-même. De cette manière il arriva que ceux dont l'esprit avait toujours été uni en Dieu ne furent pas non plus séparés de corps par la tombe.
 (traduction de Adalbert de Vogüé) 

samedi 22 décembre 2012

Quand les femmes disent Dieu...

  Méditation pour le 22 décembre 
(1 Sam 1,24-28; 1 Sam 2, 1.4-8; Luc 1, 46-56) 

C’est dangereux de donner la parole à des femmes... C’est dangereux !
Vous êtes bien assis ??? Attention, cela pourrait ne pas durer !
Vous attendez le Seigneur ? Vous vous réjouissez de sa venue ? Très bien ! Mais attention, ne vous trompez pas de Dieu ! Il n’y en a qu’un et quand il vient c’est pour un grand chambardement !
Ce n’est pas moi qui l’invente... ce sont deux femmes qui vous l’ont chanté aujourd’hui : Anne la mère de Samuel et Marie la mère de Jésus !
Vous les avez entendues, non ?
Version Anne :
L’arc des forts se brise, ...
les repus s’embauchent pour du pain...
le Seigneur appauvrit et enrichit
il abaisse et aussi il relève...
de la poussière il retire le faible et du fumier le pauvre,
pour l’asseoir au rang des princes, et lui assigner un trône de gloire
Version Marie :
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes
il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles
il comble de bien les affamés, et renvoie les riches les mains vides...
Voilà le Dieu qui vient, voilà le Dieu que nous appelons avec tous nos frères et sœurs chrétiens...
Si vous n’êtes pas d’accord, il est encore temps de changer de religion... mais le Dieu que Jésus vient révéler par sa vie pauvre parmi les pauvres, condamné parmi les condamnés, c’est ce Dieu là...
Le Dieu du grand chambardement...
Mais non, soyons honnêtes, qui est le champion du chambardement ? n’est-ce pas l’humain ? l’humain qui dès les origines a mis du désordre en la création, en remplaçant l’harmonie par la discorde, la fraternité par la rivalité, le partage par la rapacité et la voracité...
Et Dieu, notre Dieu, voyant que nous n’en sortions pas pour tout remettre d’équerre et d’aplomb, vient, il vient nous aider, nous sauver...
Ce sont deux femmes qui nous l’annoncent aujourd’hui...
à nous de choisir réellement ce Dieu,
à nous de l’aider à accomplir ses promesses !
Dans ce but, célébrons l’eucharistie, accueillons le pain du partage, de la vie donnée, devenons ce que nous recevons : le corps du Christ aujourd’hui ressuscité !

sr Thérèse-Marie

mercredi 29 août 2012

chemin de vie

Quelques notes en marge de l'actualité
La presse est en ébullition depuis quelques semaines, la population est en émoi. 
Il y a bien compréhensible la douleur des parents, des victimes. 
Et cette agitation vient réveiller les plaies de beaucoup de victimes de drames non médiatisés comme celui qui agite aujourd'hui ! 
IL me semble qu'il nous faut en temps que chrétien réfléchir ce qui se passe, réagir, en vue d'un surcroît d'humanité ! 
La haine, la vengance... déversés à flots continus avivent les plaies, loin de les guérir, de les soigner, de les apaiser. 
Il ne s'agit pas de nier les souffrances, il ne s'agit pas de refouler le mal subi. Mais il s'agit de l'assumer. Le mal a été commis, on ne sait pas le gommer. On peut travailler à le porter au mieux, à vivre après. Et chercher par delà cette terrible expérience un chemin de vie. 
Voici pour aider à vivre ces moments quelques articles : 
une réflexion du Père Armand Veilleux, père abbé de la Trappe de Scourmont
une lettre ouverte de Arthur Buekens, prêtre, formateur au Cefoc
un entretien avec Gabriel Ringlet, prêtre, vice-recteur émérite de Louvain
Ensemble cheminons pour reboiser notre humanité !  

Sr Thérèse-Marie

mercredi 25 juillet 2012

Lumière dans des vases d'argile


25 juillet : méditation pour la fête de saint Jacques
 
La première lecture de cette fête convient particulièrement bien à saint Jacques. Surtout si on se rappelle ce qui précède : dans ce beau chapitre 4 de la 2ème aux Corinthiens, Paul évoque le rôle des apôtres à l’égard de la Bonne Nouvelle, parlant aussi de l’accueil qu’on réserve à « l’évangile de la gloire du Christ, lui qui est l’image de Dieu ». Et il poursuit en disant : « Le Dieu qui a dit : que la lumière brille au milieu des ténèbres, c’est lui-même qui a brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ. »
Oui, ce passage convient particulièrement à saint Jacques, lui qui a été témoin, avec Jean et Pierre, de la Transfiguration de Jésus, lui qui a littéralement vu rayonner sur le visage du Christ cette gloire de Dieu.
Et cette vision, c’est le trésor dont il est garant. La suite du texte d’applique donc bien à lui aussi :
 « ce trésor , nous le portons comme dans des poteries sans valeur ». Littéralement : « dans des objets de céramique ». Traduire « poterie sans valeur » n’est pas faux, mais cela limite l’interprétation à la dimension du « peu de valeur », alors que l’image renvoie aussi à l’aspect de fragilité. (TOB et BJ : « vases d’argile ») En disant « vase d’argile », on ne se prononce pas autant sur la valeur de l’objet. Il y a à la fois le côté « ordinaire » et le côté « fragile ». Le but est de montrer le contraste avec le trésor qui s’y trouve contenu. En général, on conserve un trésor dans un coffre-fort. Ou bien dans un récipient de valeur, un matériau noble (or, argent, cristal). Si en plus, comme ici, le trésor est une lumière qui rayonne, le contraste porte aussi sur l’opacité de l’argile, qui ne laisse pas passer la lumière. Cela peut nous faire penser à sœur Scholastique, quand elle allait chez le banquier, déposés les quelques sous de son cabas d’où émergeait une botte de poireaux... le trésor dans l’anonymat...
 
Mais par cette image, évidemment, Paul veut nous faire comprendre la logique de Dieu : le trésor qu’il nous confie n’est pas fait pour être enfermé dans un coffre-fort. Et peu importe si notre argile est ordinaire et opaque, ce qui est formidable, c’est qu’elle se voit confier un trésor. L’extraordinaire puissance de son rayonnement n’en est que plus étonnante, plus convaincante. C’est le paradoxe de la vie d’apôtre, de missionnaire, évoqué dans les lignes suivantes : « à tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés, nous sommes désorientés, mais non pas désemparés, pourchassés mais non pas abandonnés, etc. ».
 
Saint Jacques en a su quelque chose, lui aussi.  Le fait d’avoir été témoin de la Transfiguration lui est-il monté à la tête ? Ou était-ce une manœuvre de sa maman, si fière de voir que Jésus faisait de ses deux fils des confidents particuliers ? En tout cas, d’après l’évangile, il se voyait déjà, avec son frère, « premier ministre », assis à la droite ou à la gauche de Jésus dans son Royaume... Il avait de l’ambition, ce cœur ardent, ce « fils du tonnerre ». Jésus n’a pas refoulé cette ambition un peu déplacée. Il connaissait le vase d’argile de Jacques auquel il confiait son trésor. Il ne l’a pas méprisé dans sa demande, mais il a saisi l’occasion pour lui faire faire un pas de plus. L’ambition, en soi, n’est pas mauvaise, mais elle ne doit pas se tromper de but. « Vous ne savez pas ce que vous demandez ». Jésus réoriente le zèle des deux frères (et le regard des dix autres) en leur faisant comprendre ce que signifie vraiment « être assis à la droite ou à la gauche » du Fils de Dieu. « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ». Et de fait, après la lumière de la transfiguration, Jésus fera de Pierre, Jacques et Jean également les témoins proches de la ténèbre de son agonie.
Lumière dans les vases d’argile.
Ainsi formé par le Maître, transfiguré par lui, Jacques a pu aller à l’extrême du témoignage de son amour pour lui : le martyre.
Offrons à Dieu nos vases d’argile, nos existences pétries de terre, opaques, fragiles et ordinaires, mais traversées de l’intérieur par la lumière de sa gloire qui franchit les barrières de nos opacités et nous transforme peu à peu en son image : celle du Fils de l’Homme venu servir et donner sa vie.

Sr Marie-Raphaël