dimanche 16 octobre 2011

Rendez à Dieu...

Méditation pour le 29ème dimanche du temps ordinaire, année A 2011
 (Is 45,1.4-6a ; Ps 95 ; 1 Thess 1,1-5b ;  Matth 22,15-21 ) 
Alors, vous payez vos impôts ? avec ou sans fraude ? bon allez, je ne vais pas faire une enquête à main levée !
Mais dites-moi que veut nous suggérer l’évangile d’aujourd’hui ?
Nous sommes après l’entrée de Jésus à Jérusalem, juste quelques jours avant sa condamnation et sa mise à mort. Nous devrions lire ce texte en pleine semaine sainte ! Dans les récits de la passion, en Saint Luc, les anciens du peuple, les chefs religieux, ont emmené Jésus devant Pilate et porté contre lui cette accusation : « Nous avons trouvé cet homme mettant le trouble dans notre nation, empêchant de payer les impôts à César et se disant Christ Roi ». Le récit d’aujourd’hui semble donc avoir nourri cette accusation.
Alors que se passe-t-il en fait ?
Face à l’impôt imposé par le pouvoir romain, les pharisiens ont tendance à résister, ils ne veulent pas se corrompre avec ces païens de romains (hé oui, à l'époque... les romains on les traitait de païens!!!). A l’opposé, les hérodiens sont acquis à la cause romaine, et préconisent la collaboration. Les zélotes font opposition totale. Bref, la question posée à Jésus est plus que piégée. Sa réponse ne peut que le mettre en difficulté avec un groupe ou l’autre.
Donne-nous ton avis, est-il permis oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? 
Jésus ne fait dans la dentelle au niveau de sa réponse première : il sait la perversité de ses interlocuteurs : il les traite d’hypocrites. A coté de la plaque autrement dit ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? pourquoi voulez-vous me tenter ? Les voilà démasqués, ils jouent le rôle de Satan !  Jésus aurait pu s’arrêter là. Mais il choisit de poursuivre. Et il commence de façon pour le moins humoristique : montrez-moi la monnaie de l’impôt. Car l’impôt ne se payait qu’avec une monnaie spéciale, impure, avec laquelle on ne pénétrait pas dans le Temple. Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Bien, c’est donc qu’ils en ont sur eux ! Ils utilisent donc la monnaie du régime romain. Et on est dans le Temple ! Voilà qui les met en cause !  Jésus poursuit : Cette image et cette inscription de qui sont-elles ?  De l’empereur César, répondent-ils.  Et Jésus conclut : Rendez donc à César ce qui est à César.  Remarquez : il ne dit pas payez ou donnez à César, comme la question lui avait été posée... mais rendez ! Vous jouissez du confort de la société romaine, vous utilisez sa monnaie, ses infrastructures. La société dont vous profitez vous donne non seulement des droits mais aussi des devoirs. Bref, Jésus ne conteste pas le fait de payer ses impôts.
Mais il poursuit et transcende la question : Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Jésus avait interrogé sur l’image et l’inscription figurant sur la monnaie... il s’agit de César, et l’inscription mentionne : « ô Tibère César, fils du divin Auguste »... Jésus après avoir fait rendre sa monnaie à César, le remet à sa place... il n’est pas Dieu ! C’est à chacun qu’il faut rendre ce qui est sien. Donc rendez à César ce qui est à lui, c’est normal ; mais rendez d’abord à Dieu ce qui est à lui. Et qu’est-ce qui est à Dieu ? Qu’est-ce qui porte l’image et l’inscription de Dieu ? Nous le savons depuis la première page de la Bible : Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance, homme et femme il les créa.
Voilà ce qui lui est dû à Dieu ! Et c’est ce que Jésus n’a cessé de répéter au long de sa vie prophétique.
Arrêtez ce commerce au Temple, arrêtez ces lois de pseudo-pureté qui à coup de parvis et séparations, écartent les petits, les pauvres du lieu de la rencontre. Rendez à Dieu ce qui est à Dieu.  
Arrêtez ce pouvoir écrasant sur le peuple, souvenez-vous de cette parabole de la vigne que nous avons entendue il y a 15 jours. Où ceux qui avaient reçu mission de veiller sur la vigne, sur le peuple de Dieu, ont détourné le fruit de la vigne à leur profit. Rendez à Dieu ce qui est à Dieu.
Voilà ce qui est à Dieu : son Fils, et en lui tous ses enfants, c'est-à-dire son Peuple.
Rendez à Dieu ce qui est à Dieu... arrêtez aussi bien hérodiens que pharisiens ou romains, arrêter d’opprimer le peuple, arrêter de le poursuivre de vos lois et tracasseries. Arrêter de poursuivre le Fils de Dieu, de lui chercher malheur, il est à Dieu !
Jésus ici ne nous interdit nullement de nous occuper de politique et d’économique, il nous demande d’ordonner cet économique et ce politique à Dieu, à son projet divin d’amour pour tous.
Il remet en place la notion de pouvoir : un pouvoir, c’est un service, une mission ordonnée au plan du Dieu unique et vrai. Jésus l’avait rappelé à ses disciples, juste avant d’entrer à Jérusalem : Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands (aussi bien politiques que religieux) leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur !   
Alors rendez à Dieu ce qui est à Dieu, rendez à la vie les petits, les pauvres, qui sont ses images, restaurez la vie en eux. Voilà dans quel esprit vous vous demanderez si le pouvoir politique ou religieux est légitime ou non, dans sa manière d’honorer tous les hommes qui sont à Dieu !
Cherchez une vie de respect, où ensemble on construit la cité de manière telle que Dieu y soit honoré en chacun !  
Cela changera-t-il nos relations au quotidien ? c’est en tout cas l’invitation qui nous est lancée !
Sr Thérèse-Marie 

samedi 15 octobre 2011

Femme de feu

15 octobre : fête de sainte Thérèse d’Avila.
 Pour sainte Thérèse d’Avila, la liturgie propose un tel choix de textes qu’on dirait bien que l’on n’a pas su trancher, tant était riche et diversifiée la personnalité de cette grande sainte.
Pour l’AT, on pouvait choisir entre le Cantique des cantiques (8, 6-7) et le livre de la Sagesse (7, 7-14). Pour la 2ème lecture, deux extraits différents de la lettre aux Romains (8, 22-27 ou 8, 14-17.26-27). Pour l’évangile, trois possibilités : Lc 6, 43-45 ; Jn 4, 5-15 ou Jn 15, 1-8. Toute cette variété de lectures honore en Thérèse* :
La femme amoureuse, passionnée de Dieu,
La femme de sagesse qui a su faire les bons choix,
La femme de prière,
La femme qui a traversé mainte épreuve et les a vécues en Dieu, comme des douleurs d’enfantement,
La femme qui a rencontré Jésus au bord du puits et s’entend dire « si tu savais le don de Dieu »,
La femme qui a réellement « donné à boire à Jésus et qui a senti jaillir en elle la source de vie,
La femme « attachée » à Jésus comme le sarment à la vigne et irriguée de sa sève,
La femme que l’on a reconnue au bon fruit qu’elle a porté…
Réjouissons-nous de cette riche et foisonnante personnalité et laissons-nous toucher par quelques images qui nous ferons progresser, nous aussi, dans cet intrépide amour de Dieu.
 
À propos du texte de Sagesse :
Comme le roi Salomon dans le livre de la Sagesse, Thérèse a invoqué Dieu et a reçu de lui « l’esprit de la sagesse ». Elle l’a préférée aux trônes et aux sceptres, aux richesses extérieures, elle l’a aimée plus que santé et beauté… Quelle sagesse ? Une folie : la folie de Dieu. Dans ce vent de folie, elle a fait des choix et entrepris des choses que toute sagesse humaine aurait freinées. Thérèse n’aurait rien renié de ces mots : « la sagesse est pour les hommes un trésor inépuisable. Ceux qui l’acquièrent s’attirent l’amitié de Dieu. Or, Thérèse savait d’expérience que l’amitié de Dieu n’est pas une sinécure !
 
Cette familiarité avec Dieu est aussi celle qu’évoque saint Paul quand il parle de l’Esprit : l’Esprit nous donne l’audace d’appeler Dieu « Abba ! », à la manière de Jésus, et de lui exprimer nos prières les plus folles, dans l’assurance qu’il nous exauce toujours. Car si l’Esprit habite notre prière, elle va nécessairement dans le sens de la volonté de Dieu.
Telle était la familiarité de Thérèse avec son Dieu, tel est le chemin qu’elle nous invite à prendre aussi.
 
L’évangile parle d’arbres et de fruits. L’arbre au pied duquel s’est assise Thérèse pour voir défiler devant elle l’univers, c’était peut-être bien le pommier du Cantique. Elle a goûté de son fruit et ce fruit était doux à son palais. Elle a pris racine à son tour, elle est devenue arbre, elle a porté du fruit et c’est à ce fruit qu’on a reconnu l’arbre qu’elle était. Un bon arbre ne peut porter que de bons fruits. Et le secret du bon arbre, Thérèse nous l’enseigne, c’est d’aller se planter au bord des eaux de Dieu et de maintenir ses racines dans le courant. Alors, même si la sécheresse et l’épreuve surviennent de l’extérieur, il ne craint rien. Il ne cesse de « tirer le bien du trésor de son cœur qui est bon ».

Sr Marie-Raphaël 

*En italique : les lectures que nous avons choisies

dimanche 9 octobre 2011

Heureux les invités


28e dimanche du Temps Ordinaire Année A (2011)
 
 
« Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante »
 
En ce dimanche, les extraits des Ecritures nous parlent de festin et de réjouissances.
Dans le Premier Testament, le Seigneur de l’univers en conçoit le projet.
Selon les mots du prophète Isaïe, Dieu « préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, de viandes succulentes et de vins décantés ».
Si la perspective est future, « eschatologique », comme disent les théologiens, il ne faut pas s’y tromper : certes, cette réalité atteindra une plénitude dans l’au-delà, mais c’est aujourd’hui que Dieu veut préparer ce festin pour chacun de nous.
C’est aujourd’hui que Dieu détruit la mort pour toujours, qu’il essuie les larmes sur tous les visages et met fin à l’humiliation de son peuple.
Dieu veut nous partager sa Joie… et nous sommes invités à y ouvrir notre cœur !
 
Dans l’Evangile, le propos de Jésus fait écho au message du prophète Isaïe.
Jésus s’exprime par une parabole.
Nous en avons déjà entendu quelques-unes ces derniers dimanches.
Jésus nous instruit, comme il le fit jadis, tant pour ses disciples que pour ses adversaires.
Dans cette parabole, le Royaume des Cieux est au cœur de la prédication de Jésus :
« Le Royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils ».
Remarquons d’emblée que la comparaison ne porte pas tant sur le roi que sur les noces qu’il organise.
Nous pouvons donc épingler ce premier élément : le Royaume est comparable à des noces.
Mais voyons ce que Jésus nous en dit.
Le roi envoie ses serviteurs pour appeler les invités. Cette coutume de renouveler l’invitation à l’heure du repas était une marque de politesse, que pratiquaient les gens distingués de Jérusalem.
Mais première surprise : les invités ne veulent pas venir !
Le roi ne se décourage cependant pas ; il envoie d’autres serviteurs et qui plus est, vante le menu : « les bœufs et les bêtes grasses sont égorgés ».
Surgit alors une deuxième surprise : non seulement les invités récusent l’invitation pour y préférer leurs affaires, mais en plus, ils maltraitent et tuent les serviteurs du roi.
Ainsi, après avoir eu le soin de punir les coupables, le roi formule une nouvelle invitation, mais à l’intention de ceux qui se trouvent « aux croisées des chemins… les mauvais comme les bons ».
Dès lors, « la salle de noces fut remplie de convives ».
 
On peut imaginer qu’ici se terminait une première parabole.
La seconde partie de notre Evangile, à propos de l’homme qui ne portait pas le vêtement de noces, ne lui était primitivement pas associée. Ce devait être une parabole indépendante, comme nous l’apprend le passage parallèle dans l’évangile de Luc.
Nous pourrons en reparler à une autre occasion…
 
Revenons à la première parabole de cet Evangile.
Qui sont les invités auxquels Jésus fait allusion ?
Qui sont ceux qui se détournent de l’invitation pour vaquer à leurs affaires ?
Et qui sont ceux qui sont aux croisées des chemins, mauvais et bons ?
 
Une première interprétation renvoie à l’époque de Jésus, où ses adversaires ne pouvaient accepter que la Bonne Nouvelle soit annoncée aux pauvres et autres pécheurs.
Par les paraboles, Jésus les interpelle :
Vous n’avez pas reçu la Bonne Nouvelle !
Vous n’avez pas répondu à l’invitation aux noces !
Vous ne vous êtes pas réjouis du salut offert !
Vous étiez invités, mais nous ne vous en êtes pas montrés dignes !
A présent, ce sont les pauvres qui sont appelés !
C’est aux pécheurs que la Bonne Nouvelle est annoncée !
 
Mais, outre les contemporains de Jésus, cette parabole nous est aussi adressée, à nous, aujourd’hui.
Chacun et chacune de nous, quels invités sommes-nous ?
Lorsque le Seigneur nous convie à sa table, celle de la Parole, du Pain et de la Fraternité, préférons-nous vaquer à nos affaires ou prêtons-nous l’oreille à l’invitation de notre Dieu ?
 
Festin de la Parole, où Dieu nous partage son rêve de bonheur, son désir d’une vie surabondante pour tous et toutes.
Festin de Pain, où Dieu veut susciter et rassasier une faim de Paix, une aspiration à la justice et au partage des ressources entre les peuples.
Festin de Fraternité, où Dieu appelle tous les hommes à mettre en commun leurs richesses et à fonder leur vie sur le roc de la solidarité.
Festin où Dieu révèle son Amour, plus fort que toute mort…
 
Jésus interpellait ses contemporains.
L’Evangile nous interpelle de la même façon en ce jour…
Qu’allons-nous répondre à cette invitation, au désir de notre Dieu de nous partager ses « viandes succulentes et ses vins décantés » ?
 
« Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours »
Sr Marie-Jean 
 

dimanche 2 octobre 2011

De la passion du Père à la passion du Fils

27èmè dimanche dans l'année : Isaïe 5,1-7;Philippiens 4,6-9 ; Matthieu 21,33-43
 
Dira-t-on en entendant ces lectures que notre Dieu n'est pas un passionné? Oui la passion de Dieu pour son peuple, voilà ce qui est offert aujourd'hui à notre méditation.
 
Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux. Il en retourna la terre et en retira les pierres pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et y creusa un pressoir..." Il a tout fait pour en obtenir de beaux fruits.
Tous les amateurs de vergers, de potagers, de fleurs...et de bon vin comprendront cette impatience amoureuse du vigneron en attente de la vendange... Impatience amoureuse de Dieu devant son peuple élu, aimé, choyé... Et la déception devant la maigre récolte est à la mesure de la peine qu'il s'est donnée.
La sentence semble bien dure à entendre. « Je vais enlever sa clôture pour qu'elle soit dévorée par les animaux; ouvrir une brèche dans son mur pour qu'elle soit piétinée ; j'en ferai une pente désolée, elle ne sera ni taillée,ni sarclée »... bref je décide de l'abandonner.
 
dur dur!!! Si les parents agissaient ainsi avec leurs ados qui se révoltent et prennent des chemins opposés à ceux qu'ils leur proposent... !!
Oui la menace est sévère mais avez-vous entendu le psaume que nous avons chanté en écho?
"la vigne que tu as prise à l'Egypte - il s'agit bien du peuple hébreu - tu la replantes en chassant les nations, tu déblaies le sol devant elle, tu l'enracines pour qu'elle emplisse le pays... " Tu t'es donné beaucoup de peine pour elle alors "pourquoi as-tu percé sa clôture? les passants y grappillent en chemin, les sangliers la ravagent, les bêtes des champs la broutent."
Et puis ce cri du psalmiste: "Dieu de l'univers, reviens. Visite cette vigne. Fais-nous revenir à toi, que ton visage s'éclaire et nous serons sauvés"
Oui la menace est sévère ! Mais le psaume qui est lui aussi parole de Dieu, parole que Dieu lui-même donne à son peuple ouvre un chemin de prière, un chemin d'espérance. Non que la prière soit comme un formulaire à remplir pour obtenir primes, dispenses ou subsides. Non, Dieu n'est pas la Région wallonne. Les mots de la prière que Dieu nous donne notamment dans les psaumes ne sont pas là pour infléchir le coeur de Dieu mais pour façonner le coeur du croyant. Ce cri du psalmiste: « reviens, fais-nous revenir, que ton visage s'éclaire et nous serons sauvés », ce cri répété dans la prière liturgique va peu à peu travailler le coeur de l'homme, il va y faire naître le fruit que Dieu attend en suscitant l'attitude de foi, d'humilité et de confiance envers Dieu tout prêt à réaliser lui-même ce qu'il attend de nous.
 
Et à entendre la parabole de Jésus, vous voyons bien qu'en fait la passion de Dieu est restée intacte... Jésus nous présente Dieu dans les mêmes termes qu'Isaïe, un vigneron amoureux de sa vigne ... sauf qu'il n'est plus question ici des fruits de la vigne mais des intendants qui refusent de les remettre au propriétaire.
 
Rien ne les arrête dans leur projet de s'approprier ce qui leur a été confié : ils maltraitent et tuent les serviteurs. Dieu alors envoie son Fils. Mais ils se saisissent de lui, le jettent hors de la vigne et le tuent.
La passion de Dieu pour son peuple va entraîner la passion du Fils.
Malicieusement Jésus interroge ses auditeurs : Que va faire le maître du domaine ? « Ces misérables, il les fera périr misérablement, il donnera la vigne en fermage à d'autres vignerons qui lui en remettront les fruits »
 
Vous avez remarqué que dans sa conclusion, Jésus passe sous silence la première sentence : « ces misérables il les fera périr misérablement » ? Sur la croix, il privilégie une autre attitude : 'père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.' Mais il annonce que sa mort sera le point de départ d'un peuple renouvelé. Voilà qui rend actuelle pour nous aujourd'hui cette parabole. Car ce peuple vise les communautés chrétiennes qui se développent autour des apôtres... communautés dont nous sommes aujourd’hui.. et les héritiers…et les successeurs
 
Nous pouvons donc nous reconnaître dans la vigne que le Seigneur entoure de tous ses soins mais dont il nous dit clairement qu'il en est le propriétaire et qu'il en attend des fruits de justice et de droit. Sans doute nous arrivera-t-il comme au peuple d'Israël, au temps d'Isaïe, de nous éloigner de ce projet de Dieu, de produire des fruits d'iniquité qui n'engendreront que, divisions, guerres détresses de toute sorte.
Rappelons-nous alors l'exhortation de saint Paul : « Priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes »et servons-nous des mots que Dieu lui-même nous donne pour nous ouvrir à son amour et collaborer pleinement à l'établissement du Royaume sur notre terre : Fais-nous revenir à toi Seigneur ! N'arrête pas l'oeuvre de tes mains ! »
Ou reprenons la belle oraison du début de la messe: « Dans ton amour inépuisable, Dieu éternel et tout-puissant, tu combles ceux qui t’implorent, bien au-delà de leurs mérites et de leurs désirs ; répands sur nous ta miséricorde en délivrant notre conscience de ce qui l’inquiète et en donnant plus que nous n’osons demander. »
Sr Elisabeth 

jeudi 29 septembre 2011

Un combat dans le ciel



Nous voici avec une fête quelque peu étrange... vous avez déjà croisé un archange vous ? Mais non, je ne parle pas de sr Marie-Raphaël, qui ne porte que le nom d'un des trois "super-vivants"... mais d'un vrai archange, en plume et en os ? Non ? Alors laissons ces représentations pour les amateurs de fantastique, et demandons-nous plutôt ce que signifient ces textes que nous venons de recevoir...  et tirons-en seulement un seul et unique fil pour aujourd’hui... il faut laisser de la matière aux méditations des années prochaines !
 
Il y eut un combat dans le ciel... ah ! Pour qui pensait que les anges avaient un comportement angélique, c’est bien parti ! Ou alors, changeons le contenu de l’angélisme !!! Un combat, la Bonne Nouvelle n’est pas de tout repos aujourd’hui. Un combat, entre deux factions, Michel et ses anges, le Dragon, avec, lui aussi, ses anges. Comme quoi vouloir faire l’ange, ne garantit pas encore qu’on soit du bon coté !
La scène est campée. Mais tant pis pour les assoiffés de spectacle : 3 petits versets suffisent à l’auteur de l’Apocalypse, pour nous dire qu’il y a eu un combat, pour nous poser les adversaires, le lieu et donner le résultat. Ce n’est donc pas à un spectacle qu’il nous invite. Que veut-il nous dire ?
Voyons les deux partis : Michel (dont le nom énigmatique est une question « qui est comme Dieu ?») et le Dragon. Pour lui l’auteur ne manque pas d’appellations variées : Serpent (bonjour le rampant de la Genèse), Démon (mais le terme grec est plus clair : Diable ; autrement dit, le diviseur), Satan (l’adversaire, le séducteur), l’accusateur. Bref, l’ennemi dans toute sa splendeur.
Le combat a lieu dans le ciel. C'est-à-dire ? dans les nuages, et on va voir voler les plumes ? pas vraiment ! Le ciel représente, il me semble, l’aspect invisible et transcendant de l’histoire. Il dit la vérité profonde, le lieu de Dieu, le lieu des esprits, donc un lieu qui n’est pas un lieu, mais une réalité profonde. On aurait pu dire la profondeur... Mais notre imaginaire en a décidé autrement, plaçant ce qui relève de l’esprit en haut. La terre figure l’aspect visible et humain. Au ciel se déroule le combat le plus important, le combat spirituel.
Et le texte de l’Apocalypse, qui est un livre d’espérance pour chrétiens vivant la persécution, nous dit : c’est vrai il y a un combat, mais Dieu en est victorieux, il a donné mission à ses anges de veiller sur chacun de vos pas. Et celui qui se prenait la tête à accuser constamment ses frères, le Satan, est réduit à rien, il est anéanti. Cette victoire est celle du Christ, elle est aussi nôtre tandis que nous tentons de dépasser l’amour de nous-même pour nous donner jusqu’au bout. Tandis que nous choisissons d’aimer nos frères et sœurs plutôt que de les accuser sans cesse.
Cette victoire annonce aussi une réconciliation entre ces deux lieux : la terre et le ciel.
L’homme a toujours rêvé de trouver l’échelle qui le mènerait dans les hauteurs, le songe de Jacob en témoigne. Une échelle plantée en terre qui monte aux cieux, une échelle que parcourent les anges.
L’Evangile y fait allusion. Jésus annonce : Amen, amen, je vous le dis : vous verrez les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l'homme.  Et vous voyez l’échelle ? Écoutez ce que cela donne littéralement : vous verrez les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent sur le Fils de l'homme.  Elle n’est autre que le Fils de l’homme, c’est lui l’échelle qui unit terre et ciel. C’est par lui que les anges vont et viennent.
Célébrer cette victoire du monde céleste, c’est aussi célébrer cette communion à laquelle nous sommes conviés. Il n’y a pas deux mondes : celui du ciel et celui de la terre. Il y a un seul univers, celui de Dieu : déjà nous y sommes de plain-pied et pourtant nous y sommes encore invités…
Alors chantons le Seigneur,… en présence des anges !
Sr Thérèse-Marie 
 

dimanche 25 septembre 2011

Le Dieu de la 2ème chance

Médiation pour le 26ème dimanche du temps ordinaire, année A
 
Pendant trois dimanches successifs, la liturgie rapproche des évangiles qui parlent de « la vigne ». Dimanche dernier, c’était la parabole des ouvriers qui sont embauchés par le maître de la vigne, de la première heure jusqu’à la dernière, et qui reçoivent tous le même salaire. Dimanche prochain, nous entendrons la parabole des vignerons homicides. Aujourd’hui, il est question d’un père qui a deux fils et qui leur demande à chacun d’aller « travailler à sa vigne ». Déjà dans l’AT, la vigne est un symbole fort : elle est l’image du peuple d’Israël. Dans ses paraboles, Jésus prolonge l’image en faisant de la vigne le symbole du Royaume de Dieu dans lequel nous sommes appelés à travailler. Il importe à Dieu que nous collaborions à son œuvre, que nous portions du fruit. Le travail du Royaume ne se fera pas sans nous. Mais les fruits ne nous appartiennent pas : ils reviennent à Dieu.
Dieu est donc comme un père qui demande à ses fils : « va travailler aujourd’hui à ma vigne ». On peut réagir de diverses manières : y aller ou ne pas y aller. Les deux fils dont parle Jésus ont une chose en commun : ils ne font pas ce qu’ils disent. L’un dit non, mais il va. L’autre dit oui et ne va pas. Cela nous mène à une réflexion sur la cohérence entre le dire et le faire. « Que ton oui soit oui, que ton non soit non », dira Jésus ailleurs. Mais ici, entre les deux, il est tout de même clair que Jésus préfère celui qui finit par agir. Or, de ce fils-là, il est dit qu’il se repent, c’est-à-dire qu’il change d’avis, qu’il change tout court. Jésus apprécie l’attitude de celui qui est capable de se repentir, de se remettre en question. Il ne s’arrête pas à la première réaction : il sait que nous sommes parfois « secondaires », que nous avons besoin d’une deuxième chance.
C’est déjà ce que faisait remarquer le prophète Ezéchiel : Dieu regarde le fruit qu’on porte, non la belle façade que l’on se donne. Dieu regarde ce que l’on a réellement fait, non ce que l’on dit, ce que l’on prétend. Et ce n’est jamais acquis pour de bon. Le juste peut se détourner de sa justice, se pervertir. Toute la justice qu’il aura pratiquée durant sa vie ne lui sera d’aucun secours s’il meurt dans un état de perversion. C’est dur à entendre, une chose pareille ! Cela nous fait dire que « la conduite du Seigneur est étrange » : nous aimerions qu’il comptabilise davantage toutes nos bonnes actions et les mette dans la balance pour contrebalancer les mauvaises... Mais si la conduite du Seigneur est « étrange » et même « injuste » aux yeux de ceux qui se disent « justes », elle l’est encore davantage pour les autres, pour ceux qui ont « fait le mal » toute leur vie et qui, tout à la fin, se détournent du mal pour faire le bien. Celui-là, dit Dieu, ne mourra pas, il sauvera sa vie.
On pourrait dire que Dieu, aujourd’hui, est « le Dieu de la 2ème chance » (ou même le Dieu de la dernière chance, ce qui était déjà la cas la semaine dernière). Deux réactions possibles : soit cela nous heurte, parce que nous trouvons que la « justice »  de Dieu n’est pas bonne en comptabilité. Alors, nous disons que « la conduite du Seigneur est étrange ». Soit cela nous émerveille, car nous mesurons à quel point Dieu nous aime et guette le moment pour nous montrer sa miséricorde. Ce moment, c’est quand le repentir, le regret de nos fautes nous ouvre à sa grâce. Il n’attend que cela pour déverser sur nous sa miséricorde.
Et cette miséricorde, cette « étrange conduite » de Dieu, après en avoir bénéficié pour nous-mêmes, nous sommes invités à la pratiquer les uns envers les autres. Telle est l’exhortation de Paul dans sa lettre aux Philippiens : que l’on s’encourage mutuellement dans l’amour, que l’on ait de la tendresse et de la pitié. Et la clé qui rend possible toute vraie relation, c’est l’humilité, cette aptitude à estimer les autres supérieurs à soi-même. Or, le modèle de l’humilité que Paul nous montre, c’est Jésus lui-même.
L’humilité de Jésus, d’après ce texte célèbre de Philippiens 2, c’est qu’il était « de la condition de Dieu » et que pourtant il n’a pas estimé devoir être traité à l’égal de Dieu. Au contraire, étant de condition divine, il s’est abaissé au plus bas de notre condition humaine, il est devenu obéissant jusqu’à la mort de la croix. Lui, le Christ, dont Paul dit ailleurs : « il n’a pas été oui et non, il n’a jamais été que oui », voilà jusqu’où ça l’a mené.
Revenons donc à l’évangile, avec cet exemple magnifique du véritable Fils qui a dit « oui » à son Père et qui a vraiment fait ce qu’il a dit, travaillant à sa vigne et lui faisant porter du fruit.
Bien sûr, il vaut mieux dire non et faire oui que dire oui et faire non. Mais il vaudrait mieux encore faire et dire, être totalement transparent, cohérent dans notre être unifié. Seul Jésus est totalement « oui », à la fois en parole et en acte, totalement transparent à la volonté du Père. On pourrait même dire que Jésus est le « oui » du Père à notre égard : il est en personne, il « incarne », l’amour du Père pour nous, pour sa vigne.
Cherchons donc à lui ressembler, mais en toute humilité, sachant que jusqu’au bout, il nous faut être vigilants pour ne pas tomber dans le défaut du deuxième fils. Cherchons un juste équilibre entre le publicain et le grand prêtre, entre celui qui se reconnaît pécheur et se convertit et celui qui est fier de dire « oui » et de tenir parole. Peut-être ce « juste milieu » est-il précisément la voie de l’humilité ?
Apprendre l’humilité, c’est le programme de toute une vie. Confions-nous à Dieu, puisque le psaume nous l’a dit : « sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles son chemin. »
Sr Marie-Raphaël 

mercredi 21 septembre 2011

Humilité, patience et douceur

Méditation pour la fête de st Matthieu
Eph 4, 1-7.11-13 ; Ps 18, 2-5 ; Mt 9, 9-13
 
Hier une jeune femme a sonné à la porte, elle vendait des paillassons, sr Agnès avec son bon cœur, s’est fait rouler comme pas possible, elle en a acheté 10 au triple du prix ! C’est fou une telle arnaque.
Ce matin, une femme est venue frapper à la porte pour rencontrer la supérieure, alors on m’a appelée.  Je ne la connaissais pas, elle se présente rapidement et elle me dit qu’elle est appelée par le Seigneur à la vie monastique !
Je la présente à sr Agnès, elle pâlit un sérieux coup... figurez-vous que c’est la dame aux paillassons... alors je fais quoi ? Je lui demande de rembourser d’abord le prix de son vol de la veille ? Je refuse ferme, pas possible que le Seigneur appelle un tel personnage ! Je l’accueille à bras ouverts ?
 
Vous riez... mais avouez que la vocation de Matthieu, cela devait ressembler à quelque chose comme cela... c’était un collecteur d’impôts ! Rien que cela ! Était-ce là bonne idée de recruter un tel personnage ? Cela ne va-t-il pas nuire à la qualité de l’annonce du Royaume ?
 
Jésus ne met pas d’étiquette sur les personnes, il les voit et les regarde avec les yeux du cœur, il devine le désir profond, et il invite. « Suis-moi ». Et l’homme se leva et le suivit.  
Quel scandale ! Les pharisiens, ceux qui se croient justes (et qui le sont sans doute pour une part), critiquent. Admirez la manière : ils font comme nous faisons si souvent au quotidien : au lieu de le dire en face au concerné, ils ne s’adressent pas directement à Jésus, mais vont exposer leurs critiques auprès des disciples ; cela ressemble au serpent du jardin de la Genèse, qui vient susurrer le doute, la suspicion dans le coeur: pourquoi votre maître mange-t-il avec des pécheurs ? Admirez la question : pourquoi votre maître... sous entendu : nous, nous ne prendrions jamais pour maître un tel homme. Nous, nous voyons bien que ce prétendu rabbi n’en est pas un. S’il nous avait invités à sa table, alors on aurait loué son clair discernement. Ici, ces mauvaises fréquentations révèlent bien qui il est !  
Ils ont parlé à voix un peu trop haute ; Jésus a entendu. Il répond avec une parole du prophète Osée : c’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices ! et il poursuit : je suis venu appeler non les justes mais les pécheurs.
Pour annoncer son royaume, pour annoncer le salut, Jésus choisit des pécheurs ! oserais-je dire…des gens comme vous et moi ? Rien de tel pour témoigner de la grâce de Dieu. Jésus choisit des cœurs ouverts, pauvres, qui pourront accueillir le royaume, comme un don de Dieu.
Les soi-disant justes tentent de l’acheter, de le mériter à coup de sacrifices, de rites, d’observances qui hélas leur durcissent le cœur, les installent dans le jugement et l’exclusion, l’anti-royaume.
Le Dieu que vient révéler Jésus est tout autre. Il aime le petit, le pauvre, nul n’est perdu à ses yeux. Il voit en chacun une chance pour le royaume.
 
Saint Paul l’a bien compris, qui exhorte ses frères à l’unité non dans la perfection, mais dans l’Esprit par le lien de la paix. Il nous invite à suivre fidèlement l’appel que nous avons reçu non par l’héroïsme de la vertu, mais dans l’humilité, la patience et la douceur. Il nous appelle à être tout accueil, en nous supportant les uns les autres avec amour. Non pas en nous jugeant les uns les autres, ou en choisissant ceux que nous voulons.
Chacun, chacune a reçu des dons à mettre au service du Royaume, mais nul d’entre nous n’a reçu tous les dons... il s’agit de former ensemble le corps du Christ, c’est dans cette édification par l’accueil mutuel, que nous atteindrons la vraie connaissance du Christ !
 
Rendons grâce au Seigneur, de nous appeler à édifier ensemble son corps dans l’accueil et le respect mutuel. Demandons lui de renouveler le regard que nous posons les uns sur les autres. Que nous découvrions sa présence en chacun. 
Sr Thérèse-Marie