dimanche 29 septembre 2013

Tout visage découvert dans le pauvre

26ème dimanche Temps ordinaire (année C)
Il y a quinze jours, j'étais à la cathédrale de Recife avec les déléguées bénédictines du monde entier, pour la célébration de l'eucharistie. Nous nous sommes recueillies sur la tombe de Dom Helder Camara. Comme ce lieu est habité.
Le lendemain, j'ai visité un petit centre d'accueil pour enfants pauvres, au coeur même d'une favela. Puis j'ai rencontré une famille vivant au coeur de la favela. Nos soeurs bénédictines tentent de soulager la misère des enfants, des familles en offrant cette structure d'accueil, et un accompagnement aux familles. Elles ne se découragent pas face à l'immensité de la détresse humaine, elles ne se replient pas dans un "c'est impossible, il y a trop de misère". Elles regardent les nécessités, et voient ce qu'elles peuvent faire, et le font (en fonction de leurs forces et des finances qu'elles peuvent recevoir pour soutenir leur oeuvre). 
En entendant l'évangile d'aujourd'hui (Luc 16, 19-31), avec le pauvre Lazare gisant au seuil de la maison du riche, je ne peux m'empêcher de repenser à ce séjour au Brésil. Et me revient à l'esprit ce témoignage de Dom Helder Camara: " le Christ eucharistique ne peut accepter un excès de glorification tant que l’autre Eucharistie – le Christ vivant dans les pauvres – est écrasée.
Un jour, une délégation est venue me voir, ici, à Recife : « Vous savez, Dom Helder, il y a un voleur qui a réussi à pénétrer dans telle église. Il a ouvert le tabernacle. Comme il ne s’intéressait qu’au ciboire, il a jeté les hosties par terre, dans la boue… Vous entendez, Dom Helder : le Seigneur vivant jeté dans la boue !... Nous avons recueilli ces hosties et les avons portées en procession jusqu’à l’église, mais il faut faire une grande cérémonie de réparation !... » - « Oui, je suis d’accord. On va préparer une procession eucharistique. On va réunir tout le monde. On va vraiment faire un acte de réparation. »
Le jour de la cérémonie, quand tout le monde était là, j’ai dit : « Seigneur, au nom de mon frère le voleur, je te demande pardon. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Il ne savait pas que tu es vraiment présent et vivant dans l’Eucharistie. Ce qu’il a fait nous touche profondément. Mais mes amis, mes frères, comme nous sommes tous aveugles ! Nous sommes choqués parce que notre frère, ce pauvre voleur, a jeté les hosties, le Christ eucharistique dans la boue, mais dans la boue vit le Christ tous les jours, chez nous, au Nordeste ! Il nous faut ouvrir les yeux ! » Et je disais que le meilleur fruit de la communion au Corps du Christ dans l’Eucharistie serait que le Christ ainsi reçu nous ouvre les yeux et nous aide à de reconnaître l’Eucharistie des pauvres, des opprimés, de ceux qui souffrent. C’est sur cela que nous serons jugés, le dernier jour…"  (Helder CAMARA, Les conversions d'un évêque, Seuil , 1977, p 145)
Que le Seigneur nous ouvre les yeux, qu'il éclaire nos consciences, qu'il nous donne la force d'agir pour bâtir son Royaume de justice, de fraternité, de solidarité, de paix. 

Sr Thérèse-Marie

dimanche 11 août 2013

Le dimanche de la foi

19ème dimanche dans l'année C
S’il fallait donner un nom à ce dimanche, en fonction des lectures qui nous sont proposées, nous pourrions l’appeler le « dimanche de la foi ».
Relisons ces textes en nous posant la question : « qu’est-ce que la foi ? »
L’auteur du  livre de la Sagesse qui écrit au 1er siècle avant Jésus-Christ, revient sur l’événement fondateur du peuple juif : la sortie d’Egypte.
« La nuit de la délivrance pascale avait été connue par avance par nos pères » dit-il. Non qu’ils avaient la science infuse ou une quelconque vision de l’avenir... Le texte le précise très clairement: « assurés des promesses auxquelles ils avaient cru »...
Promesses de libération que Moïse leur a transmises de la part de Dieu.
Nous apprenons ainsi que la foi n’est pas de l’ordre de la vision, mais de l’écoute : les pères ont entendu une Parole de la part de Dieu et ils y ont cru... La foi les a fait entrer dans une connaissance nouvelle, dans un mode de connaissance qui n’est pas d’ordre intellectuel, c’est une connaissance du cœur....
En accueillant la promesse de Dieu, en mettant en Dieu sa confiance, le peuple se fait partenaire de Dieu dans son projet de libération, on pourrait dire que la foi fait entrer le croyant en connivence avec Dieu. Et cela suscite dans son cœur, une double assurance :
-que Dieu ne tolère pas l’esclavage
-que le pouvoir oppresseur ne peut mener qu’à la mort.
 
Le livre de la Sagesse nous apprend ainsi que la foi qui naît de l’écoute s’affermit dans l’accueil et l’adhésion à une Parole de Dieu et débouche sur une assurance de libération et sur l’expérience du passage de la mort à une vie nouvelle.
 
Et ces mêmes éléments figurent aussi dans la 2ème lecture.
L’auteur de la lettre aux Hébreux relit l’histoire du peuple en mettant en exergue la foi de ceux qui l’ont marquée en commençant par Abraham. C’est un beau chapitre que je vous invite à relire et qui est scandé par cette expression : « grâce à la foi ».
Abraham a entendu un appel de Dieu, il a fait confiance et a marqué son adhésion en se mettant en route, sans savoir où il allait. Il n’avait pas non plus une vision de l’avenir ... mais par sa foi il s’est fait partie prenante du projet de Dieu.
L’auteur nous précise en quoi consiste la connaissance nouvelle à laquelle ouvre la foi : « La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. »
Fort de cette foi qui concentre son regard sur la promesse, promesse d’un avenir, promesse d’une terre... Abraham traverse la vie présente quasi comme un étranger, en route vers une autre patrie.
Grâce à la foi, Sara accueille ce que toute raison humaine considère comme impossible : elle met au monde un fils dans sa vieillesse et Abraham alla même jusqu’à offrir son fils car il avait au fond de lui la conviction que Dieu est fidèle.
Nous retrouvons un élément important de la foi que nous avions relevé tout à l’heure : elle donne l’assurance qu’en Dieu la vie est plus forte que la mort.
 
L’évangile lui, ne nous parle pas explicitement de la foi mais la parole de Jésus : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » ne fait-elle pas écho à l’appel d’Abraham et à la promesse à Moïse ?
Sois sans crainte, n’aie pas peur, (dans la Bible, le contraire de la foi c'est la peur) fais-moi confiance, le Royaume t’est déjà donné. Tu ne le vois pas mais il t’est donné en espérance... Crois seulement et tu possèderas ce que tu espères et tu goûteras déjà la réalité de ce qui t’est réservé dans les cieux... Au point que tout tendu vers ce trésor ton cœur se détachera de ce qui ne peut que vieillir et passer et il sera aux aguets du moindre signe de la présence de ce Royaume. Et comme pour hâter sa venue, il se tiendra en éveil.
Ta foi alors te gardera en tenue de service au milieu de tes frères et sœurs. Parce que la foi, ce n’est pas seulement dans la tête ou dans le cœur, c’est aussi dans les mains ! Donner sa foi au Dieu qui libère, c’est devenir libérateur avec lui ! « Montre-moi ta foi sans les œuvres, dira St Jacques, moi c’est par mes œuvres que je te montrerai ma foi » 
 
 La Parole entendue qui témoigne pour nous de la présence de Dieu au cœur de l’histoire, l’Eucharistie où le Christ prend pour nous la tenue de service, nous invite à sa table et nous partage le pain et le vin de la Vie éternelle, la communion fraternelle qui nous ouvre aux dimensions de l’humanité... voilà des lieux privilégiés où notre foi se fortifie, se partage et en nous tournant vers l’avenir, nous encourage à faire de notre vie et du moment présent un véritable chemin vers le Père.
                            Sr Élisabeth

samedi 10 août 2013

Saint Laurent

Au beau milieu du Temps Ordinaire, en cette fête du martyr Laurent, nous voici projetés en plein mystère pascal.
D’aucuns pourraient poser cette question : comment apprivoiser au quotidien un tel mystère ?
Comment le comprendre en notre aujourd’hui ?
 
Relisons les paroles de Jésus :
« Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ;
mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit… »
Rappelons que Jésus a prononcé ces mots au seuil de la Passion.
Ces propos le concernent donc en premier lieu, comme le laisse entendre le verset précédent, où il déclare :
« L’Heure est venue où est glorifié le Fils de l’homme »
Cette heure de la glorification, c’est l’occasion offerte à Jésus de montrer le poids de son Amour, d’en donner preuve… y compris par une éventuelle mort.
Par l’image du grain de blé tombé en terre, Jésus invite ses disciples à ne pas voir dans cette mort qu’un point final, un départ, un anéantissement, une absence,…
En se comparant au grain, Jésus annonce certes qu’il sera pareillement jeté en terre, mais aussi qu’il donnera beaucoup de fruit.
Une fécondité pourra surgir de cette mort…
 
Si cet horizon de la glorification concerne surtout Jésus, la suite peut nous rejoindre davantage :
« Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache la garde pour la vie éternelle »
Nous pouvons être interpellés par les oppositions de ces deux versets :
« s’il ne meurt pas / s’il meurt ; il demeure seul / il porte beaucoup de fruits ; aimer sa vie / la haïr (c’est la traduction littérale) ; la perdre / la garder pour la vie éternelle »
 
« aimer sa vie / la haïr » : l’alternative doit être bien comprise.
Ce n’est pas à un désir suicidaire ou masochiste que Jésus fait allusion, mais il se prononce sur la façon dont on mène sa vie : la vit-on pour soi ou pour les autres ?
En somme, est-ce que je considère ma vie comme mienne, une vie que je dois défendre à tout prix et conserver comme si elle se suffisait à elle-même ?
Ou bien est-ce que je veille à ne pas m’y agripper, est-ce que je cherche à m’ouvrir à l’autre, en mourant à ce qui me replie sur moi-même ?
Pour retenir du sable, il faut ouvrir la main ; sinon, le sable s’échappe…
Il en va de même pour notre vie humaine.
Cette vie ouverte, non repliée sur elle-même, Jésus nous annonce qu’elle ne mène pas non plus à une fin ou au néant, mais qu’elle « se maintient pour de bon », « en vie éternelle ».
 
Telle est la question qui peut nous tarauder, nous et tant de nos contemporains : comment réussir sa vie ?
Jésus veut nous offrir une clé…
Et il poursuit :
« Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera »
Pour accéder à une telle vie, Jésus invite à le suivre, c’est-à-dire à l’accompagner, à lui emboîter le pas, lui qui a dépensé sa vie pour ceux et celles qu’il a croisés.
 
Être là où Jésus est, c’est-à-dire être enraciné dans l’Amour du Père, puisant en cet Amour la force de rejoindre tous ceux et celles qui sont sur le chemin.
Jésus n’a pas gardé sa vie pour lui-même… et cette vie ne s’est pas perdue.
Au contraire, elle a porté du fruit et a créé du neuf…
 
Alors, en cette fête du martyr Laurent, Jésus nous questionne :
Que voulons-nous ?
Une vie pour nous-mêmes, bien au chaud, dans le cocooning de nos habitudes… ou bien une vie au grand large, avec un cœur universel, attentif aux autres et à l’Autre, recevant une fécondité que seul notre Dieu peut nous donner ?
Saint Laurent a répondu…
Et nous, chacune et chacun, que répondrons-nous à Celui qui nous invite ?
 
 
Sr Marie-Jean (10 août 13)
 

dimanche 14 juillet 2013

Un regard clair

Méditation pour le 15ème dimanche du Temps Ordinaire (année C)
(Dt 30,10-14; Ps 18; Col 1,15-20; Lc 10, 25-37) 

Le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard. C’est bien ce que nous avons chanté avec le psaume. Voulons-nous recevoir ce regard clair ? il n’est alors que d’accueillir le commandement du Seigneur, pour le mettre en pratique. Et le Deutéronome nous déclare que ce commandement n’est pas au-dessus de nos forces, qu’il n’est pas loin, mais tout proche !  Voulons-nous l’accueillir ?
 
Si nous saisissons l’Evangile et le lisons un peu rapidement, nous le recevons comme une page de bonne morale : fais comme le samaritain, ouvre les yeux et veille à ceux que tu vois sur le bord de la route, et qui ont besoin de ton aide. Alors on retrousse les manches, et nous voici transformés en une belle armée de secouristes. Nous allons tenter de nous faire proches de tous les pauvres et miséreux que nous rencontrons, et c’est très beau. Avouez que notre terre va commencer à tourner plus rond…
 
Mais est-ce bien en ce sens que l’évangile nous est offert aujourd’hui ? ou seulement en ce sens ? comme une invitation à la charité inventive ?
 
Dans la parabole, le samaritain arrive troisième d’une série. Un prêtre passe, un lévite passe, puis le samaritain.
Un prêtre, c’est un pilier du temple de l’époque. Un lévite, un homme mis à part pour le service de l’autel. Ces deux-là, sont des gens bien, consacrés au service de Dieu. Ils ont voué leur vie à aimer Dieu… ils connaissent la loi, ils savent qu’ils ne peuvent toucher un homme à moitié mort, ils ne peuvent toucher du sang. Cela les rendrait impurs, inaptes à leur mission cultuelle. Ils ont clairement choisi d’aimer Dieu, et doivent dès lors passer outre de ce bougre en piteux état. Il devait y avoir dans les auditeurs de Jésus, quelques religieux observants pour applaudir à leur comportement : en voilà deux qui savent ce que respecter la loi veut dire ! Bravo.
 
Arrive un samaritain. A l’époque de Jésus, ces gens sont vraiment mal vus, un bon juif ne veut rien avoir à faire avec ce genre d’homme, schismatique,… hautement suspect… Il passe sur la même route et voit lui aussi cet homme en détresse, et au lieu de passer outre, il le secourt, plus que généreusement, au risque de se souiller par le contact du sang. Il ose se salir les mains et semble ainsi préférer le deuxième commandement : il se fait proche de cet homme, l’aime, le sert, le sauve.
Et voilà que Jésus loue le samaritain ! La perplexité de ses auditeurs a fait place sans doute au scandale ! Est-ce là un vrai rabbi ?
 
La loi du Seigneur clarifie le regard… qui a eu le regard clair en notre parabole ?
 
Est-ce conciliable d’aimer Dieu et son prochain ? Faut-il nécessairement les opposer ? Comment observer la loi ?
 
Prêtre et lévite passent outre, ils veulent rester purs. Le samaritain se fait proche de celui qui git là sur la route, blessé, laissé pour mort, et tant pis si la loi le déclare impur en conséquence de cet acte.
 
Jésus dans sa parabole nous guide, il me semble vers un sens pluriel. Sois bon, charitable, comme ce samaritain… et pour cela ne craint pas d’enfreindre la loi en la dépassant par le dessus. Cela plaira à Dieu, plus que des sacrifices !
Mais aussi, vois ce samaritain qui s’est fait le prochain du blessé sur la route… apprends à l’aimer… arrête de le considérer comme un hérétique… Il respecte le sens de la loi, et pas seulement sa lettre.
 
Le samaritain n’est-il pas là pour vérifier comment nous lisons la loi fut-elle de Dieu… pour vérifier si la loi clarifie nos regards, ou si nos interprétations les assombrissent.
 
Charité inventive, dépassement de la loi… est-ce là tout le message de cette page d’évangile ? plus profondément ces textes ne nous disent-ils pas d’abord et avant tout le visage de Dieu ?
 
Que faire pour avoir part à la vie éternelle, demandait le scribe. Avoir part à la vie éternelle, c’est avoir part à la vie de Dieu…
Tu veux partager sa vie ? partage ses mœurs… ses manières de voir et de faire…ses priorités. La loi du Seigneur clarifie ton regard, elle t’aide à voir comme lui. Aime Dieu et ton prochain comme toi-même… si ces deux commandements semblent s’opposer, c’est que tu tiens très probablement le livre à l’envers… Il s’agit d’aimer Dieu en aimant ton prochain, d’aimer ton prochain en aimant Dieu. C’est là le sens de la loi divine. La loi qui t’interdit de toucher le sang est loi qui veut t’apprendre le respect de la vie… garde sa visée… et libère là de l’étroitesse du fondamentalisme,… respecter la vie c’est venir au secours du blessé, ainsi que l’a fait ce samaritain, ce schismatique que ses contemporains regardaient de travers.
 
La loi clarifie ton regard, pour que tu voies, dans celui qui git sur la route, un frère, image de Dieu, qui attend ton secours. Pour que tu voies aussi en cet étranger qui dépasse la lecture étroite de la loi, un frère, image de Dieu. 

Sr Thérèse-Marie

jeudi 11 juillet 2013

Je bénirai le Seigneur toujours et partout

Méditation pour la fête de st Benoît, patron de l'Europe
(Pv 2,1-9 ; Ps 33 ; Col 3,12-17 ; Mt 19,27-29)

Bonne fête ! Oui, bonne fête à tous, puisque nous célébrons aujourd’hui, st Benoît patron de l’Europe. Et pas seulement Benoît, Père des moines…et des moniales !
Les lectures que nous offre le lectionnaire de ce jour, sont adressées à tous, pas rien qu’aux bénédictins, même si elles sont sensées dire quelque chose de la vocation bénédictine. En fait la vie monastique est, comme j’aime à le répéter, une manière parmi d’autres de vivre la vocation baptismale qui nous est commune.
Alors mettons-nous ensemble à l’écoute de la Parole du jour.
Le psaume nous a invité à bénir le Seigneur toujours et partout. Le nom même de Benoît, Benedictus en latin, vient du verbe benedicere qui signifie bénir. Notre vie devrait être bénédiction, au fil des jours. Bénir au sens profond du terme, pas dans la réduction de l’étymologie latine, qui fait dire : que bénir c’est dire du bien… Bénir en hébreu c’est rendre participant au pouvoir de Dieu qui donne vie, participant de sa seigneurie sur la création. Allez relire les paroles de bénédiction que Dieu prononce sur l’humanité au premier récit de création. Il s’agit bien là d’une véritable participation à la vie divine. Reste donc à bien comprendre ce qu’est cette vie divine, ce partage de pouvoir sur la création. Faut pas se tromper de Dieu !
 
Le livre des Proverbes nous invite à l’écoute. Ce n’est guère étonnant que ce texte soit choisi pour la fête de Benoît. Ecoute, est le premier mot de la Règle bénédictine. L’écoute est la première attitude à adopter face à notre monde, à nos frères et sœurs, à notre Dieu et à soi-même. Cela suppose une vie quelque peu désencombrée, libre. Ecouter c’est faire de la place à l’autre, abandonner résolument tout repli sur soi… voilà un premier élément du partage de la vie divine…  car oui, dans cette écoute nous est promise la connaissance du Seigneur.  Connaissance par expérience, en écoutant tu deviens semblable à Dieu.  
 
Saint Paul nous dresse alors le portrait d’une communauté. La vie en communauté est une dimension capitale de la vie chrétienne. Elle est le lieu par excellence d’initiation à la vie divine. Nous y réfléchissons au long de ces jours, : qui est Dieu ? il est Trinité, c'est-à-dire communauté. En lui-même il y a de l’autre, du différent, et donc de l’espacement, du dépouillement, de la pauvreté. Aucun des Trois ne se dit « tout ». Si Paul exhorte les Colossiens à revêtir leurs cœurs de tendresse, d’humilité, de douceur, de bonté, de patience… n’est-ce pas parce que là est le bonheur ? Je ne crois pas que Benoît en écrivant son célèbre chapitre sur l’humilité ait voulu faire de ses frères, des rampants, des êtres rabougris et tristes… mais bien des disciples heureux de la joie même de Dieu. Les attributs qu’énumère saint Paul sont autant d’attributs de Dieu. Il est bonté, patience, douceur, humilité… la vie en communauté doit être lieu d’expérience de la vie en Dieu. Heureusement Benoît appelle le monastère « école du service du Seigneur »… il prévoit que la perfection est à venir, et non acquise ! Il n’empêche, il faut se rappeler sans cesse que ces conseils de Paul ne sont pas simple morale, mais invitation à goûter combien le Seigneur est bon, à le rencontrer au sein même de nos relations humaines, communautaires,… et cela vaut pour les familles, les lieux de travail… et notre Europe dont Benoît est patron.
 
Ce regard peut nous aider à comprendre l’évangile. St Pierre impétueux une fois de plus, après le constat de Jésus sur la difficulté pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu, s’exclame « voici que nous avons tout quitté pour te suivre, alors qu’est-ce qu’il y aura pour nous ? » Et Jésus annonce qu’il pourra siéger avec lui, et juger les tribus d’Israël… cela vous donne envie vous ? vous souhaitez un trône et le rôle de juge ? nous voyons que le vocabulaire avec lequel Jésus s’exprime demande à être décrypté. Tout d’abord ce terme que nos Bibles s’évertuent à traduire par « suivre » mérite une petite révision : M Balmary l’a souligné abondamment, et beaucoup d’exégètes avec elle, le verbe grec sous jacent, signifie d’abord faire route avec, partager le chemin, accompagner. Jésus ne semble pas désirer des suiveurs, mais bien des êtres libres qui marchent avec lui. Qui entrent avec lui dans la danse de la Trinité. Pierre demande quel « salaire » il aura pour avoir tout quitté… Jésus lui dit : le même que moi. Tu siègeras comme moi, tu jugeras comme moi… qu’est-ce à dire ? le reste de l’Evangile nous le dit : pas d’autre trône que la place de celui qui sert… pas d’autre jugement que le pardon. Voilà si vraiment vous m’accompagnez, si vraiment vous voulez partager ma vie, c’est de tout cœur.
 
Nous avions commencé notre réflexion au départ de la bénédiction, partage du pouvoir de donner vie, partage de la seigneurie sur la création, les voilà explicités : service et pardon. Tel est notre Dieu, telle est la vie à laquelle il nous invite, pour sa joie et pour la nôtre. Que nos vies soient bénédiction.

sr Thérèse-Marie
 

mardi 2 juillet 2013

Suivre Jésus dans la barque

Méditation de la Parole (13ème mardi TO année impaire)
 
Comment suivre la voie de Dieu ? Comment suivre Jésus ? Les lectures de ces jours nous invitent à y réfléchir, à renouveler notre engagement.
Lot a suivi la voie de l’amour, en accueillant les étrangers chez lui, et cela lui vaut d’être sauvé de la destruction de Sodome. Mais il doit fuir confiant en la parole qui lui est dite. Il doit fuir, sans retour en arrière, pas même du regard. Si nous sommes appelés à être sel de la terre, pour lui donner saveur, nous ne pouvons pas être colonne de sel dans la raideur figée du regard qui ne voit que ce qui est en arrière. Il nous faut plutôt marcher vers l’horizon que nous ouvre l’appel de Dieu.
 
Hier, les disciples qui voulaient suivre Jésus se sont entendu dire qu’il fallait tout quitter, sans un regard en arrière, et partir à la suite du Fils de l’homme qui n’a point où reposer la tête.
Aujourd’hui, les disciples suivent Jésus dans la barque, nous dit l’Evangile. Et nous savons que c’est là accepter de perdre pied, prendre le risque du grand large, avec ses aventures.
Voilà que la mer s’agita violemment, le grec littéralement dit : il y eut un grand séisme. Bref, si vous voulez suivre Jésus, attendez-vous à quelques secousses… lorsque tremble la terre, lorsque soufflent les vents, ce n’est pas confortable si vous êtes en route… que dire, si vous êtes sur un frêle esquif en mer ! Et Dieu dans tout cela, sommes-nous souvent tentés de dire ! Dieu ? il dort ! là au fond de la barque, sur le coussin ! Cela relève de l’invraisemblable. Mais n’est-ce pas l’expérience que si souvent nous connaissons, tandis qu’agités par les événements, Dieu nous semble absent. Mais il n’y a qu’à l’appeler… crier vers lui, pour constater, qu’il est bien là, présent, toujours prêt à calmer nos tempêtes.
Nous l’entendrons nous dire : Pourquoi avez-vous peur ? hommes, femmes de peu de foi ! Pour suivre Jésus dans la barque de la vie, il nous faut grandir en la foi, croire qu’au bout de la traversée, de la tempête, de l’épreuve, il n’y a pas l’anéantissement, mais la vie nouvelle, avec le Ressuscité, lui qui a tout pouvoir sur le mal et la mort.
Prenons un temps de prière silencieuse, pour confier au Seigneur, les tempêtes qui nous agitent, qui agitent tant de nos frères et sœurs sur la terre. Prenons un temps de prière silencieuse, pour du plus profond de notre cœur, porter vers lui les cris de notre humanité ébranlée.
 Sr Thérèse-Marie
 

jeudi 2 mai 2013

Concile

Méditation pour le jeudi de la 5ème semaine de Pâques:
 
Le passage des Actes des Apôtres que nous venons de recevoir n’est autre qu’un extrait du récit du tout premier concile ! un important concile, que celui-ci ! Rassemblés à Jérusalem, les apôtres, les anciens échangent autour de Pierre, concernant l’accueil dans l’Eglise de chrétiens venus du paganisme. Pierre prend la parole, il relit son expérience passée notamment sa rencontre avec Corneille : il y reconnait que le don de l’Esprit, le pardon des péchés, et le salut sont œuvres de Dieu, et non œuvre humaine. Et donc liberté divine. Paul et Barnabé témoignent de cette action de l’Esprit dans les églises d’où ils viennent, églises lointaines pour les chrétiens de Jérusalem. Et Jacques, relit les Ecritures pour découvrir une parole de Dieu sur les événements actuels. De là il conclut. Collégialité, échange, témoignage, relecture de l’expérience vécue, à la lumière des Ecritures… la première Eglise nous montre une prise audacieuse de décision, dans l’accueil de l’action de Dieu. Elle reconnait que l’Esprit souffle où il veut, sur qui il veut. Il n’appartient pas à l’Eglise de le museler, mais seulement de reconnaître, discerner sa présence à l’œuvre bien au-delà de ses murs ! Ainsi doit-il encore en aller aujourd’hui !
L’Evangile nous rappelle la seule voie de Jésus : la voie de l’amour. Dieu est Amour. Et nous sommes invités à vivre de ce même amour. A y demeurer, comme sarments sur la vigne. Si nous vivons dans l’amour, alors Dieu est présent. Et nous connaîtrons cette joie que nul ne pourra nous ravir ! Prenons un temps de prière silencieuse, pour accueillir, pour nous laisser convertir par cet amour du Père, du Fils et de l’Esprit. 

Sr Thérèse-Marie