samedi 3 janvier 2015

Avec les mages, porte à Dieu tes présents

Avec les mages, porte à Dieu tes présents
La fête de l’Epiphanie
Quand on dit « Epiphanie », on pense aux Rois Mages qui ont suivi une étoile mystérieuse et ont adoré Jésus, l’Enfant-Dieu couché dans la crèche ; on pense aussi à la galette des Rois, voire à la fève qui se cache au cœur du gâteau…
Mais qu’est-ce que cette visite des Mages change à notre foi ? Car une fête chrétienne qui ne rejoindrait pas les croyants du 21e siècle serait sans intérêt…
Le mot « Epiphanie » est un mot grec qui signifie « manifestation » : c’est la manifestation de Dieu aux étrangers, c’est-à-dire aux non-Juifs… Pour l’exprimer, des Mages, selon la tradition biblique (Mt 2), ont apporté trois présents à l’Enfant Jésus : l’or, l’encens et la myrrhe. Ces cadeaux sont des symboles : l’or était destiné au roi ; l’encens, hier comme aujourd’hui, rend honneur à Dieu ; la myrrhe servait à ensevelir (Jn 19, 39).
Ainsi, par cette offrande, les Mages attestaient que Jésus était à la fois roi, Dieu et vrai homme, puisqu’il devra mourir. Ils annonçaient en quelque sorte son destin…
Et pour nous qui sommes en chemin, que veut dire ce récit ? En quoi est-il Bonne Nouvelle (Evangile) ? Qu’est-ce que ce voyage parcouru par quelques Mages de Perse il y a deux millénaires peut nous apprendre ?
Il est en fait possible de retrouver ces trois cadeaux en notre vie, que l’on soit consacré ou non, marié, célibataire, prêtre, religieux ou religieuse, âgé ou jeune…
Ces trois cadeaux, nous pouvons, nous aussi, les offrir à Jésus !
L’or n’est pas seulement un métal de valeur, mais il représente aussi notre œuvre : le bien réalisé, nos projets, notre travail, nos réussites. L’encens symbolise ce que nous adressons à Dieu : notre prière, qu’elle soit prononcée tout haut ou tout bas, dans une église ou dans le métro, ce sont aussi nos chants, notre méditation des Ecritures. En somme, tout ce que nous faisons pour Dieu. Quant à la myrrhe, elle est le symbole de nos épreuves, de nos souffrances, de tout ce qui est lourd dans nos vies… Cela aussi, nous pouvons le lui confier.
Ainsi, dans le sillage des Mages, chacun(e) de nous peut déposer devant l’Enfant tout ce qu’il est, là où il est !
Et Jésus, de la mangeoire où il repose, l’accueillera avec ses présents et lui offrira, qui sait, de reposer avec Lui… Il doit faire bien bon, tout près du Fils de Dieu !
Belle fête de l’Epiphanie à chacun(e)…

Sr Marie-Jean osb (Hurtebise)

jeudi 11 décembre 2014

Quand Dieu fait toutes choses nouvelles

Méditation pour le 2ème jeudi de l'Avent: (Is 41,13-20; Mt 11,11-15)
Des classements entre petits et grands, de la violence… Bref sur 4 malheureux versets d’Évangile, nous trébuchons déjà deux fois. Encore heureux que la péricope ne soit pas plus longue ! Voilà bien l’évangile qui dérange. Sans doute fallait-il qu'on manque d’évangile sur le Baptiste pour vouloir absolument nous servir celui-ci aujourd’hui.
Dites-moi vous croyez vraiment que Dieu s’amuse là-haut à aligner les hommes et les femmes en petits et grands, plus petits et plus grands… et nous qui espérions qu’enfin serait abolie cette manière plus que déplaisante de classer les personnes. Nous avions déjà une belle espérance d’une nouvelle manière de faire avec la règle de Benoît qui refuse de classer les moines selon leurs mérites, et les classe selon leur entrée. Point. On n’évalue pas, on ne pèse pas. Tu es entré avant donc tu es plus ancien dans la voie monastique, tu as telle place dans le rang des moines…ou des moniales. C’est tout, on ne te dit pas que tu es meilleur ou moins bon pour autant.
Alors cet évangile… avec des plus grands et des plus petits que Jean… Et bien, oui, st Benoît l’a bien lu. Si Jésus parle de plus grand ou de plus petit ici, ce n’est pas pour évaluer un poids de mérites.. mais simplement noter un événement, un avènement qui marque une totale nouveauté. Jean se situe à la charnière d’un monde, il est le dernier de la génération des précurseurs, celui qui a pointé du doigt le Messie. Et ses disciples qui le quitteront pour suivre Jésus vivent l’avènement d’une ère nouvelle. Les grands et petits ici marquent simplement l’échelle du temps. Avec Jésus, une nouveauté inouïe est entrée en notre monde, quelque chose a définitivement basculé. Rien ne sera plus comme avant… Comment allons-nous inscrire cette nouveauté en notre vie ? comment l’Évangile lorsqu’il entre dans nos vies les bouscule-t-il ? Sommes-nous prêts encore et toujours à quitter le légalisme du monde ancien, pour accueillir l’humain Jésus, dont la vie nous dit Dieu ?
Voyons l’autre grincement : Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent,
le royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s’en em
parer… Allez si on prenait plutôt deux fois l’évangile d’hier, avec Jésus doux et humble de cœur qui nous invite… cela n’irait-il pas mieux ? Bon que veut dire ce verset, comment le comprendre ? Tout d’abord je note qu’il vaut mieux ne pas faire ce que spontanément on a tendance à faire : mélanger tous les évangiles… alors avec Luc on pense de suite que c’est une invitation à la lutte spirituelle nécessaire pour se convertir, et passer par la porte étroite… oui, il faut des efforts pour entrer dans le Royaume. Avec ce passage de Matthieu il me semble qu’on est dans une autre réalité : notons que la violence dont il est question date non point des origines mais depuis les jours de Jean le Baptiste. Alors qu’est-ce que cette violence ? les jours de Jean, ce sont ceux depuis lesquels Jésus a été pointé du doigt comme le Messie. Depuis que Jésus a commencé à annoncer le Royaume, il s’est trouvé au cœur de contradictions, on a cherché à le faire taire, et on finira par le supprimer, ni plus ni moins.
Dans la douceur des chants de Noël, des bougies et de l’ambiance du coin du feu… on court le risque d’oublier que la nouveauté radicale apportée par Jésus, dérange, et que dès le début certains ont voulu l’anéantir pour cette raison. C’est ce que Matthieu tentera de dire d’une autre façon lorsqu’il racontera le massacre de tous les innocents pour être bien certain de ne pas louper Jésus. Alors oui, préparons-nous à célébrer la venue du Seigneur en nos cœurs, en acceptant ce que cela peut coûter comme dérangement. Car il nous faudra avec lui, mettre le pauvre, le petit sur le devant de la scène, et en prendre soin, comme l’annonçait déjà Isaïe : Le pauvre et le petit cherchent de l’eau et il n’y en a pas : moi le Seigneur, je les exaucerai, moi, le Dieu d’Israël, je ne les abandonnerai pas.
S'il y a bel et bien une place à choisir sur la ligne du temps, il y a une option pour les pauvres qui lui est intimement liée, qui lui est radicalement indissociable. Il s’agit de la vivre à la suite de Jésus, doux et humble de cœur, dans la violence des pacifiques.

Sr Thérèse-Marie

lundi 8 décembre 2014

Des nouvelles des Philippines

Bonjour, vous le savez par les médias, le typhon Hagupit (Ruby) traverse les Philippines. Sur l'océan il avait une violence égale à Hayan qui a dévasté Tacloban et toute la région l'an dernier.
Voici les nouvelles reçues ce matin de M Adelaida, prieure des bénédictines à Manille: continuons à soutenir nos soeurs et la population qu'elles aident là-bas. Par notre prière et par notre aide financière, si nous le pouvons (vous trouvez toutes les coordonnées pour faire un don, éventuellement avec attestation fiscale ici)
Voici juste quelques nouvelles concernant le typhon: Tacloban a été épargné. Le typhon s’est affaibli considérablement et a quitté plus rapidement que prévu. Maintenant il vient vers Manille, mais je suis pleine d’espérance, que le Seigneur ne va pas permettre la dévastation de Manille. Peut-être parce que je/nous prions beaucoup pour que Dieu nous épargne ce désastre. Nous croyons qu’il le fait pour nous. Merci beaucoup pour les prières.
Mais au Nord de Samar, où nous sommes actuellement occupées à bâtir une nouvelle mission hospitalière, à Pambujan, le peuple n’a pas eu autant de chances. Il y a eu de fort courants de tempêtes, et de nombreuses personnes ont du être évacuées.. Je ne sais pas combien de personnes sont mortes. Nos sœurs de Tacloban vont aller là demain (8 heures de voiture) pour porter les vivres de secours qu’elles avaient préparés pour Tacloban (mais dont elles n’ont pas besoin maintenant). Le typhon a encore fait du dégât, mais pas au même endroit.
Merci beaucoup pour votre intérêt et soutien continu,
Merci encore pour vos prières
De tout coeur
Sr. Adelaida, osb

mardi 2 décembre 2014

Un pas de communion, pour l'abolition de l'esclavage

Déclaration commune pour l'éradication de l'esclavage moderne
Cité du Vatican, 2 décembre 2014 (VIS).
Voici la déclaration inter-religieuse pour l'éradication de l'esclavage moderne, signée ce matin au Vatican, suivie des noms de ses signataires:
"Nous, soussignés, sommes réunis ici aujourd’hui dans le cadre d’une initiative historique visant à susciter une action spirituelle et concrète de la part de toutes les confessions et personnes de bonne volonté partout dans le monde, afin d’éradiquer de manière définitive l’esclavage moderne dans le monde d’ici 2020. Aux yeux de Dieu (et de nos différentes religions), chaque être humain est une personne libre, qu’il soit garçon ou fille, femme ou homme, destinée à exister pour le bien de tous en toute égalité et fraternité. L’esclavage moderne, sous ses formes de la traite des êtres humains, du travail forcé ou de la prostitution, du trafic d’organes, comme de toute attitude allant à l’encontre de la conviction selon laquelle tous les êtres humains sont égaux et bénéficient du même droit à la liberté et la dignité, est un crime contre l’humanité.
Nous nous engageons aujourd’hui à faire tout ce qui est en notre pouvoir, au sein de nos communautés religieuses et au-delà, pour travailler ensemble pour la liberté de tous ceux qui sont réduits en esclavage et victimes de traite, afin de leur redonner un avenir. Aujourd’hui, nous avons la possibilité, la conscience, la sagesse, l’innovation et la technologie pour atteindre cet impératif humain et moral".
Souscriptions:
de SS le Pape François, chef de l'Eglise catholique romaine.
de SS Mme.Mata Amritanandamayi, représentante de l’hindouisme (Inde).
de la Vénérable Sr.Chân Không, représentant du Grand Maître du bouddhisme Zen Bhikkhuni Thich Nhat Hanh (Thaïlande).
du Vénérable Datuk K Sri Dhammaratana, Grand Prêtre bouddhiste de Malaisie.
de M.le Rabbin Abraham Skorka, Recteur du séminaire rabbinique latino-américain (Argentine).
de M.le Rabbin David Rosen, Président de l'International Council of Christians and Jews (Israël).
du Dr.Abbas Abdalla Abbas Soliman, représentant le Grand Imam Mohamed Ahmed El-Tayeb de l'Université Al-Azhar (Egypte).
du Grand Ayatollah Mohammad Taqi al-Modarresi (Irak).
du Scheik Naziyah Razzaq Jaafar, représentant du Grand Ayatollah Sheikh Basheer Hussain al Najafi (Pakistan).
du Scheik Omar Abboud (Argentine).
de SG Justin Welby, Archevêque de Canterbury et primat de l'Eglise anglicane.
de SE le Métropolitain de France Emmanuel, représentant SS le Patriarche oecuménique.
(source: Vatican information services)

vendredi 3 octobre 2014

Silence, écoute, humilité, le programme du jour

vendredi de la 26ème semaine du TO p, mémoire du Bhrx Columba
Méditation du jour :
Les lectures de ce jour peuvent sembler un peu hard ! Ce n’est pas vraiment une spiritualité à l’eau de rose qui nous est proposée. Mais il me semble que nous pouvons y trouver quelques piliers de notre vie chrétienne, et en cette mémoire de dom Columba quelques piliers de notre vie monastique.
Tout d’abord le livre de Job : le Seigneur s’adresse à Job depuis la tempête. Quelle tempête ? n’est-ce pas la tempête du cœur de Job, celle qui tourmente son cœur devant la souffrance qui s’est abattue sur lui, de manière injustifiée. La tempête du cœur de Job protestant de son innocence, face à ses amis qui lui assènent que s’il souffre c’est qu’il a péché… Lorsque le Seigneur répond à Job, il commence par le rejoindre en son tourment. Et une fois avec Job dans la tempête, il ne lui dit pas : tu es nul, tu as tout faux… il l’appelle simplement à se situer : souviens-toi Job, qui es-tu ? quel est ton point de vue ? peux-tu depuis cette place qui est tienne juger de tout ? Appel à l’humilité… et peut-être plus particulièrement au quatrième degré d’humilité… où le moine embrasse avec patience contradiction, injustice…
La réponse de Job nous pose une deuxième base de vie monastique : il choisit le silence. Un silence qui n’est pas repli, mais effacement devant un mystère qui le dépasse. Un silence qui est accueil de la révélation de Dieu, un silence qui est communion.
Vient alors un extrait de ce magnifique psaume 138. Voyons le chanté par Job aussi bien que par le psalmiste. Il chante sa joie d’être conduit par Dieu, de vivre en sa présence. C’est bien le premier degré d’humilité que nous propose Benoît, vivre sous le regard de Dieu. Et ce regard n’est pas un regard qui juge et condamne ; c’est un regard qui donne vie, qui nous suscite… au point que dans une humilité vraie, le psalmiste peut reconnaître la merveille qu’il est, lui que Dieu a créé, façonné.
On aurait pu arrêter la liturgie de la Parole à cela… et puis voilà que l’évangile arrive avec une espèce de massue, et casse la douceur à laquelle nous arrivions avec le psalmiste. Ouai pour toi Chorazin, Ouai pour toi Bethsaïde… et pas mieux pour Capharnaüm… ces villes de Galilée que Jésus a fréquentées… Jésus pleure sur elles comme il pleurera plus tard sur Jérusalem. Si elles avaient reconnu celui qui les visite… D’où vient qu’elles ne l’ont pas reconnu ? le dernier verset de cette péricope pointe du doigt l’écoute, l’accueil. Un moine du mont Athos disait qu’un moine est sauvé lorsqu’il commence à écouter. Benoît a inauguré sa règle par cette invitation : écoute, incline l’oreille de ton cœur…
Et cette écoute, c’est à la parole qu’il nous faut la prêter, mais aussi aux envoyés de Dieu, à ses disciples, aux frères et sœurs que le Seigneur met sur nos chemins…
Prenons le temps de faire silence, d’écouter au plus profond les paroles que le Seigneur dépose en nous, en notre humanité… laissons les résonner, qu’elles forment en nous un cœur de disciple. Qu’elles nous entraînent à la conversion.
Prière de conclusion
Seigneur, tu nous as façonné des oreilles et tu nous attires à toi. Donne-nous un cœur qui écoute, qui discerne au creux du quotidien tes appels. Ouvre nous à ta venue en nos vies.

Sr Thérèse-Marie

vendredi 18 juillet 2014

Un don de Dieu pour la vie

méditation pour ce Vendredi 15ème semaine du temps ordinaire année paire
( Is 38, 1.... 8 ; Mt 12, 1-8)
Quel visage de Dieu, les lectures de ce jour nous invitent-elles à découvrir et à contempler ?
La première lecture nous relate l’intervention de Dieu dans l’histoire d’un homme, Ezéchias, en proie à la détresse devant la mort qui lui apparaît certaine et très proche.
Détresse qui pousse Ezéchias à crier vers Dieu : « Souviens-toi de moi, souviens-toi de tout ce que j’ai fait ». Et Dieu se laisse toucher par la prière...
La prière fait-elle changer Dieu d’avis ? Pousse-t-elle Dieu à modifier le cours de l’histoire ? Cette manière de voir ne nous met-elle pas à l’aise ? Tant de détresses dans notre monde aujourd’hui, tant de morts prématurées... malgré tant de cris et de prières...
En lisant le texte, je constate que lorsqu’il s’agit de l’annonce de la mort, il est dit : « le prophète Isaïe vint dire à Ezéchias : Ainsi parle le Seigneur, tu vas mourir.... ». Mais un peu plus loin il est dit : « La Parole du Seigneur fut adressée à Isaïe : Va dire à Ezéchias : ainsi parle le Seigneur, j’ai entendu.... »
Certes Ezéchias est atteint d’une maladie mortelle. Isaïe le met devant la réalité : tu vas mourir. C’est la suite logique, c’est la loi de la nature. Ezéchias, se révolte devant ce caractère inéluctable, il crie vers le Seigneur, comme l’ont fait tant de psalmistes, et comme le font depuis des siècles, tant d’hommes et de femmes dans leur aspiration à la vie et au bonheur.
Dieu change-t-il d’avis ou vient-il mettre un bémol à l’affirmation peut-être trop hâtive d’Isaïe ? « Mes pensées ne sont pas vos pensées » dira Isaïe en faisant parler Dieu.
Cette maladie d’Ezéchias, ne serait-elle pas comme celle de Lazare, relatée dans l’Evangile de Jean, une maladie qui ne conduit pas à la mort mais qui est pour la gloire de Dieu ?
Toujours est-il que comme Lazare, Ezéchias verra sa vie prolongée de quelques années, et que si nous regardons le texte parallèle dans le livre des Rois, il est question pour Ezéchias, comme pour Lazare d’un délai de trois jours... Pour nos oreilles chrétiennes, même si Ezéchias comme Lazare connaîtront un jour la mort, ces « 3 jours » ne peuvent manquer d’évoquer pour nous la mort-résurrection du Christ.
Cet épisode de l’histoire d’Ezéchias nous révèle un Dieu pour la vie, un Dieu de Vie.
Dans cette perspective, l’attitude des Pharisiens de l’Evangile nous fait un peu sourire. Elle nous ramène au ras des pâquerettes.
Il s’agit du Sabbat que les disciples sont accusés de violer parce qu’ils arrachent quelques épis de blé pour assouvir leur faim. Pour autant qu’on n’utilise pas la faucille, la loi permet en effet de prendre quelques épis dans le champ du voisin et de les froisser pour les manger. Mais voilà les commentateurs de la loi ont établi une liste de travaux interdits pendant le Sabbat et cueillir des épis en est un.
Que répond Jésus ? Il se place à 2 niveaux.
Tout d’abord, au niveau de la loi elle-même qui fait passer l’assouvissement de la faim avant le respect du sacré.
Mais Jésus va plus loin et sa place au niveau de la conscience qu’il a de sa mission. « Il y a ici plus grand que le Temple ». Sa qualité d’envoyé de Dieu, de Fils de Dieu autorise Jésus à remettre en question les institutions telles que le Sabbat ou le Temple lorsqu’elles ne sont plus conformes à la Volonté de Dieu qui a donné la Loi.
Le Dieu pour la vie, le Dieu de Vie qui nous a été révélé dans la première lecture nous appelle à la Vie et sa loi est une Loi de Vie. Les arrêtés d’exécution qui précisent cette loi et se veulent un guide pratique pour la mettre en application, ne sont que des préceptes humains. Et à ce titre, ils sont toujours à confronter avec le dynamisme originel de la Loi.
Il me semble que ce texte est plus interpelant qu’il n’y paraît à première vue car il met en évidence une grave tentation, qui n’est autre que la tentation d’Adam et Eve : faire son salut par soi-même. La créature s’empare de l’œuvre de Dieu, ici en l’occurrence la loi, et la manipule. Lorsque l’être humain absolutise et sacralise les moyens qu’il juge efficaces pour le salut, il en arrive à craindre tout ce qui peut mettre en péril la sécurité qui lui vient des observances. Il en vient à supprimer sa liberté et celle des autres au profit d’une assurance qui cache mal sa précarité. Il en vient à vendre son droit d’aînesse pour un plat de lentilles...
Jésus nous rend à notre liberté première en nous invitant à faire du sabbat non pas une observance qui nous garantit une justice aussi raide que morte, mais ce qu’il est vraiment, un temps pour Dieu, un temps avec Dieu, un temps où l’être humain libéré des astreintes du quotidien, s’avance librement à la rencontre du Dieu source de vie, source de fécondité. Ce Dieu qui donne sens à notre labeur en en faisant un chemin de vie.
Le Sabbat est un don de Dieu pour la Vie.
Sr Elisabeth

vendredi 11 juillet 2014

Ecoute

Ecoute
Ecoute,
mon fils,
incline l’oreille de ton cœur,…
Prologue de la Règle de Benoît
Aujourd'hui, fête de saint Benoît, patron de l'Europe
Souvent dans les monastères on voit des affiches : « silence » !
En fait ce n’est pas très bénédictin, il faudrait mettre : « écoute » !
Et effectivement si on veut écouter, il faut bien faire silence,
mais pas un silence contraint, fermé, pas un silence bunker !
Pour écouter, il faut s’ouvrir doucement, se faire accueil…
Est-ce là un bon message pour l’Europe d’aujourd’hui ???
Écoute…
Écoute… oui, mais quoi Seigneur ?
Dans le bruit de notre monde, comment veux-tu que j’écoute ???
C’est bon pour les moines et les moniales
qui vivent cachés derrière leurs murs, cela !
Mais pour un citoyen d’Europe ?
Que veux-tu que j’écoute ???
Écoute en descendant au creux de ton cœur,
ma Parole, pain sur la table de chaque jour.
Mais écoute aussi ma voix, au cœur du bruit de ce monde,
ma voix aujourd’hui au cœur de l’actualité…
au cœur de ta vie, au cœur des événements,…
N’écoute pas l’actualité rien que pour trouver quelques intentions de prière,
écoute l’actualité pour y entendre ma voix,
mes cris de bonheur, et mes pleurs,
mon merci et mes appels !
Vite dit…
Généralement on est plus enclin à reprocher à Dieu son silence…
On voit l’innocence massacrée,
on voit les guerres,
on voit les sans-papiers jetés en centres fermés sans ménagements,
on voit la drogue, la violence…
On voit… on voit… à n’en plus vouloir, à ne plus oser ouvrir les yeux…
Ecouter Dieu dans tout cela ?
On dit plutôt : mais pourquoi Dieu se tait-il ?
Quand on ne pousse pas le bouchon jusqu’à dire :
« Pourquoi Dieu permet-il une telle horreur !!! »
Benoît doucement nous lit l’Écriture et nous dit :
Ecoute, mon fils,
Ecoute mon fils, si tu veux bâtir l’Europe,
et en bâtissant l’Europe, bâtir le monde,
car l’Europe est pour le monde,
commence par écouter… en fils !
Tu n’es pas dieu, tu n’es pas le chef, le petit empereur,
tu n’es pas non plus l’esclave,
tu es fils, fille, dans le Fils !
Et si tu écoutes battre mon cœur de Père,
tu y trouveras une multitude de frères et sœurs,
si tu es fils, fille, tu entres dans une grande famille,
et avec le Père, dans le Fils,
tu deviens responsable…
C’est-à-dire celui qui répond !!!
Qui répond à ce qu’il a entendu…
Oui, et si je n’entends pas ???
Ecoute, mon fils, incline l’oreille de ton cœur,
dit Benoît à la suite de la Bible.
Tiens, j’aurais cru que pour écouter Dieu,
il fallait plutôt dresser l’oreille…
la tendre très fort vers le haut,
vous savez comme les oreilles longues et bien droites des ânes !
Et bien non, il faut l’incliner, vers le bas, très bas…
vers Celui qui est là tout en bas,
Celui dont l’Écriture nous dit qu’il s’est abaissé,
Celui qui attend notre oui pour laver nos pieds,
Celui qui est descendu au plus bas possible…
à coté du pauvre et de l’humilié,...
Incline l’oreille de ton coeur
vers Celui qui est là partageant le cri du pauvre
pleurant les larmes de silence de l’humilié…
Non, Dieu ne se tait pas !
Non, Dieu ne permet pas la souffrance, il l’endure plus que nous,
et il attend de nous que nous partagions son cœur
il attend présence, consolation, et espérance !
Benoît nous invite à chercher Dieu dans toute notre vie,
non dans les hauteurs, dans les nuages,
mais au plus profond,
en nos cœurs, tels qu’ils sont, là où il demeure,
en ceux et celles que nous côtoyons,
tels qu’ils sont,
dans leur épreuve, comme dans leur bonheur,
dans leur face nord, comme dans leur face sud.
Benoît nous invite à chercher la paix,
non en l’appelant à cœurs perdus,
mais en la bâtissant jour après jour
tout petitement, tout simplement
en recommençant chaque matin, …
sans jamais désespérer…
en nous émerveillant chaque matin du jour nouveau qui se lève
et s’offre à nous
en nous ouvrant aux frères et sœurs qu’il place sur nos routes,
pour bâtir ensemble le Royaume…
Pour que l’Europe soit belle, qu’il fasse bon y vivre,
il nous faut entendre ce cri d’appel de notre Dieu,
en inclinant l’oreille de nos cœurs d’enfants,
en lui chantant l’alléluia de l’espérance
même au profond de la nuit
comme nous le recommande Benoît.
Il nous faut trouvant le Père, devenir frères et sœurs,
dans la prière et l’humble labeur quotidien…
Au nom de toute la communauté, bonne fête à tous !

Sr Thérèse-Marie