lundi 14 octobre 2013

Conversion

Méditation pour le 28ème lundi TO Impaire
 
L’évangile de ce jour est un appel qui nous est adressé.
Certes, il est toujours éclairant de situer un peu le contexte de l’Evangile reçu.
A une génération sans cesse en attente de signes pour croire, Jésus exprime un net refus.
Il fait alors allusion à deux personnages connus du Premier Testament :
La reine de Saba, d’abord, doutait de ce qu’elle avait entendu dire du roi Salomon, puis elle a consenti à changer d’avis, s’est convertie, pour déclarer que Salomon surpasse en sagesse ce qu’elle avait entendu dire de lui.
Le prophète Jonas, ensuite, prêcha seulement une journée dans la grande ville de Ninive (alors qu’il fallait trois jours pour la traverser) et en obtint la conversion de tous les habitants et même des animaux !
La reine de Saba a douté puis s’est convertie.
Les habitants de Ninive vivaient en païens, ils se sont pareillement convertis.
 
Et nous, croyons-nous vraiment en la présence de Jésus, dans nos quotidiens parfois si malmenés ?
Croyons-nous que Dieu nous accompagne, c’est-à-dire marche à nos côtés, nous devance parfois, nous épaule, même si c’est dans le silence ?
Croyons-nous que Dieu veut notre bonheur, plus que nous-mêmes ?
Croyons-nous qu’Il veut nous alléger de tous nos soucis et souffrances, qu’Il nous invite à les lui remettre sans les reprendre ensuite ?
 
Le signe de Jonas, c’est celui d’un chemin de vie, d’un chemin de bonheur, que Dieu ouvre devant nous.
Alors, même si le brouillard ou les intempéries l’obscurcissent encore, balayons nos doutes, un chemin d’Espérance s’ouvre devant nos pas…
 Sr Marie-Jean

dimanche 13 octobre 2013

Reconnaissance

Méditation pour le 28ème dimanche du TO année C 

Chantez au Seigneur un chant nouveau ! avons-nous entendu dans le Psaume de ce jour. Mais pourquoi chanter un chant nouveau ? Le psaume nous dit que le Seigneur a révélé sa puissance… quelle est cette puissance ? ce terme fait peur, on imagine un Dieu fort, écrasant, devant lequel il faut s’effacer… mais est-ce là le Dieu de Jésus ? quelle est la puissance du Dieu de Jésus ? Quelle est cette victoire que nous célébrons dans le psaume ?
 St Paul nous invite à faire mémoire, à nous souvenir de Jésus. Ce souvenir va-t-il donner réponse à nos questions ? Nous souvenir de Jésus, ressuscité. C’est bien ce que nous faisons chaque dimanche… si du moins nous sommes un peu conscients de ce que nous faisons, car comme le dit la chanson : l’habitude nous joue des tours… Oui, nous sommes invités aujourd’hui à redire notre foi, non seulement à la redire, mais à la célébrer, et ce faisant à l’approfondir, à la laisser habiter en nos cœurs, afin d’être nous aussi, dès aujourd’hui des êtres vivants, ressuscités.
 Aujourd’hui, la liturgie nous propose de contempler la guérison, la résurrection d’un lépreux. Un lépreux, à l’époque de Jésus, est un homme maudit, on le tient à l’écart, on l’exclut. Sa lèpre fait peur, et on est persuadé qu’en fait, s’il est lépreux, c’est qu’il a péché. Qui plus est ce lépreux est un étranger. Il est samaritain, hérétique. Cet homme est donc doublement exclu : par sa lèpre, et par son origine…
Nous avons tous fait un jour ou l’autre l’expérience d’être exclu, rejeté… nous avons aussi tous fait un jour l’expérience de notre péché, de notre mal, qui a blessé notre estime personnelle, qui a fait que nous nous sommes exclus parfois nous-mêmes. Et comment avons-nous été relevés ?
Aujourd’hui, l’évangile nous montre 10 lépreux. Ils vivent en dehors du village, conformément à la loi. Ils ont entendu parler de Jésus, ils ont entendu parler des merveilles qu’il accomplit. Ils vont tenter leur chance… ils vont à la rencontre de Jésus. C’est déjà une folle audace. Mais ils restent quand même à distance et ils crient, ils appellent : Jésus, maître, prends pitié de nous. Prends compassion de nous ! Ils l’appellent tout simplement  par son prénom : Jésus, c'est-à-dire Dieu sauve. Ils l’appellent maître, pas au sens d’enseignant, de rabbi, mais au sens de « chef », ils lui reconnaissent un certain pouvoir. Et puis ils font appel à son cœur : prends compassion de nous. Regarde-nous, et que ton cœur en soit bouleversé et tu feras quelque chose pour nous soulager. Voilà leur cri, leur appel. Ne nous rejette pas, agis pour nous.
Jésus a entendu, il répond. « Allez vous montrer aux prêtres ». Une simple parole, aucun geste. Jésus n’est pas allé vers eux, il a respecté la distance qu’ils ont laissée. Il les envoie aux prêtres. Dans la loi juive, les prêtres devaient constater leur guérison, pour les autoriser à réintégrer la société. Jésus leur demande un sérieux acte de foi : ils ne sont pas encore guéris, ils doivent cependant se mettre en route, ce sera leur participation à la guérison. Jésus n’est pas un magicien, il lie son action à celle des hommes, à leur foi. Et les lépreux se mettent en route. Première étape sur le chemin. Croire sans voir. Et agir en fonction de cette foi.
 Et puis, voilà que l’un d’eux, constatant en chemin sa guérison, se retourne, revient. Alors au sens physique, il prend la route dans l’autre sens. Mais peut-être y a-t-il aussi dans ce changement de direction, une conversion, un retournement du cœur. Il tourne le dos au temple pour aller vers celui qu’il découvre plus important que le temple. Se découvrant guéri, en chemin vers Jésus, il glorifie Dieu à pleine voix nous dit l’évangile. Glorifier Dieu... C’est lui donner tout sa place, lui reconnaître toute sa valeur, toute son identité, qui est amour, qui n’est qu’amour.
Il arrive près de Jésus, se jette la face contre terre aux pieds de Jésus. Cette fois, il a osé s’approcher, il est vraiment tout proche de Jésus, il se tient dans une attitude de vénération, de respect, il se fait tout petit devant lui. Et il rend grâce, il fait eucharistie… c’est le même mot. Il y a là plus qu’un simple merci… il y a un échange : Il reconnaît en Jésus, bien plus qu’un chef, ou un guérisseur il reconnaît en lui la présence divine.
Vous voyez tout le chemin. Au début, avec les 9 autres lépreux, il a appelé Jésus « chef », maintenant les autres sont allés au Temple, et lui, il reconnaît en Jésus le nouveau Temple, la présence du Père. Comme lui le lépreux guéri est réintégré dans la société des hommes ; par sa reconnaissance, il réintègre Jésus à sa juste place. Il reconnaît son être, sa mission.
Jésus alors, va plus loin. Il n’a pas voulu mettre la main sur ces lépreux, en se les attachant, il les a envoyés vers les prêtres. Mais cet homme qui est devant lui, à ses pieds, éperdu de reconnaissance, il l’invite à se lever. Il ne veut pas d’un rampant devant lui. Il l’invite à se tenir debout devant lui. Relève-toi. C’est un verbe que l’on a utilisé pour dire la résurrection. Jésus lui partage la puissance de vie du Père. Relève-toi, sois tel que le Père te désire : debout, vivant.Il le veut dans un face à face d'alliance.
Va. Va car tu es libre, car tu as ta mission à vivre. Tu vas vers une vie nouvelle.
Ta foi t’a sauvé. Plus que guéri, cet homme est sauvé, il est entré dans l’univers de la vie divine, il a découvert en Jésus, l’envoyé de Dieu.
 Voilà le chemin de foi, auquel nous sommes conviés ce matin. Nous sommes venus tels que nous étions à cette célébration, avec nos blessures, nos souffrances. Nous sommes venus entendre la parole que Jésus prononce sur nous, une parole qui guérit. Et maintenant nous allons rendre grâce, nous allons reconnaître à Dieu sa place en nos vies, et lui dire merci. Reconnaissons le pain de vie, entrons ensemble dans l’univers de la résurrection, nous sommes sauvés. Et c'est notre joie !
 
Sr Thérèse-Marie

mardi 8 octobre 2013

Marthe, Marthe

mardi de la 27ème semaine du TO imp, 
Méditation après l’évangile : Luc 10, 38-42 : Marthe et Marie
 
Il parait que st Luc était médecin, je ne sais si c’est vrai. Mais on peut en effet être sûr d’une chose à la lecture de cette page d’évangile qui lui est propre, comme médecin des âmes, pour mettre le doigt là où cela fait mal et faire sauter les abcès, il est particulièrement doué.
 
Quand on lit trop vite ce passage d’évangile, on en fait une opposition entre travail, action et contemplation… et c’est parti pour la comparaison, quand ce n’est pas pour la hiérarchie entre les diverses vocations chrétiennes. Alors pour ne vexer personne, on s’empresse d’en faire une lecture toute tissée en compromis, qui vous explique qu’il faut réconcilier en vous les deux femmes, Marthe et Marie,… et résultat on a un évangile tout plat, si plat qu’on peut le glisser sans le moindre problème en toute boîte, et sous toutes les portes… dans tous les cœurs.
Mais n’a-t-on pas alors perdu la saveur de l’Evangile, et l’appel à la conversion qui nous est lancé, comme aux jours de Jonas ? 
 
Je ne crois pas qu’il faille jouer à réconcilier Marthe et Marie, Jésus ne semble nullement s’en soucier, au contraire, permettez-moi de remarquer, qu’il fait plutôt le contraire, il met de l’huile sur le feu ! Il me semble que l'opposition n'est pas entre travail et prière, travail et contemplation, mais entre un coeur pur, ouvert, et un coeur agité, préoccupé, autocentré...
Regardez le texte : Jésus entre à la maison, Marthe met les petits plats dans les grands pour le recevoir, Marie est assise à ses pieds, dans la position du disciple qui écoute la parole. Et du coté de la cuisine cela mousse… non, pas de la mousse au chocolat, mais de la mousse intérieure… Marthe commence à juger la scène très mauvaise. Elle murmure et au bout d’un moment, elle explose. Et admirez la manière : elle ramasse le Seigneur lui-même ! « Seigneur, cela ne te fait rien… » Vlan, un reproche : « non mais, tu es aveugle ?  tu es insensible ou quoi ? C’est gentil de bavarder, de partager ou de roucouler… mais cela ne remplit pas l’assiette ! C’est facile de faire des beaux sermons sur la charité, mais c’est les actes qui comptent ! » Et puisque Jésus laisse tout faire, démissionne, elle, Marthe, va remettre de l’ordre dans la maison. Elle commande à Jésus : « Dis-lui donc de m’aider ! » Si Marie est assise en disciple, Marthe, elle, s’érige en maître, elle accule Dieu à lui obéir, elle s’est mise à la place de Dieu pour décider de ce qui est bien et de ce qui est mal ! Et Jésus au lieu de céder à l’injonction, en rajoute doucement une couche : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée ». Avouez, il ne calme pas vraiment le jeu ! Quand Jésus traverse nos vies, comme Jonas a traversé Ninive, il interpelle nos cœurs. Tu veux être servante du Seigneur ? tu fais bien. Mais alors, s’il te plait, laisse-moi te dire, ce dont j’ai besoin aujourd’hui. Jésus monte vers Jérusalem, il va au devant de la mort. Ce jour-là, entrant en la maison de Béthanie, chez ses amis, il est venu déposer un petit peu de son fardeau. Il a trouvé en Marie un cœur qui écoute, qui accueille et réconforte. Toi tu veux aussi accueillir et réconforter ? alors vois le service que le Seigneur attend de toi, ne décide pas, ne juge pas de tout, mais vois ton Seigneur, son attente, son espérance… et vois comment tu y répondras de tout ton cœur.
Le texte s’arrête là… à nous de voir la suite qu’il recevra en notre vie…
sr Thérèse-Marie
 

samedi 5 octobre 2013

Réjouissez-vous

Méditation pour le 26ème samedi du temps ordinaire (année impaire)
 
26e sam TO I : Ba 4, 5…29 ; Ps 68 ; Lc 10, 17-24
 
Dans le Premier Testament, Baruch promettait « la joie éternelle ».
Dans l’Evangile, cette joie est palpable en Jésus : « ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ».
C’est la joie des disciples, messagers de la Bonne Nouvelle, qui expérimentent la fécondité de leur annonce.
C’est la joie que Dieu veut pareillement déposer au creux de notre cœur.
C’est la joie qu’il veut nous confier pour que nous la répandions sur notre terre.
 
Quelle est-elle, cette Bonne Nouvelle ?
« Personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler ».
La Bonne Nouvelle, c’est de connaître le Père, accueillir la révélation de Jésus, lui qui n’a cessé de parler du Père.
Connaître le Père, le connaître en tant que Père, tisser un lien avec ce Dieu d’Amour.
Dans le cœur du Père, chacun est unique.
Chacun a une place irremplaçable.
Nous sommes aimés tels que nous sommes.
Telle est bien une des aspirations de chaque être humain de notre terre : être unique pour Quelqu’un et être aimé de Lui.
 
Voici la Bonne Nouvelle : nous sommes, tous et chacun, individuellement, aimés de Dieu.
Cette vérité, Jésus nous la proclame aujourd’hui et nous en rend porteurs, pour tous ceux et celles que nous rencontrerons :
« Réjouissez-vous, parce que vos noms sont inscrits dans les cieux »
  
Sr Marie-Jean

dimanche 29 septembre 2013

Tout visage découvert dans le pauvre

26ème dimanche Temps ordinaire (année C)
Il y a quinze jours, j'étais à la cathédrale de Recife avec les déléguées bénédictines du monde entier, pour la célébration de l'eucharistie. Nous nous sommes recueillies sur la tombe de Dom Helder Camara. Comme ce lieu est habité.
Le lendemain, j'ai visité un petit centre d'accueil pour enfants pauvres, au coeur même d'une favela. Puis j'ai rencontré une famille vivant au coeur de la favela. Nos soeurs bénédictines tentent de soulager la misère des enfants, des familles en offrant cette structure d'accueil, et un accompagnement aux familles. Elles ne se découragent pas face à l'immensité de la détresse humaine, elles ne se replient pas dans un "c'est impossible, il y a trop de misère". Elles regardent les nécessités, et voient ce qu'elles peuvent faire, et le font (en fonction de leurs forces et des finances qu'elles peuvent recevoir pour soutenir leur oeuvre). 
En entendant l'évangile d'aujourd'hui (Luc 16, 19-31), avec le pauvre Lazare gisant au seuil de la maison du riche, je ne peux m'empêcher de repenser à ce séjour au Brésil. Et me revient à l'esprit ce témoignage de Dom Helder Camara: " le Christ eucharistique ne peut accepter un excès de glorification tant que l’autre Eucharistie – le Christ vivant dans les pauvres – est écrasée.
Un jour, une délégation est venue me voir, ici, à Recife : « Vous savez, Dom Helder, il y a un voleur qui a réussi à pénétrer dans telle église. Il a ouvert le tabernacle. Comme il ne s’intéressait qu’au ciboire, il a jeté les hosties par terre, dans la boue… Vous entendez, Dom Helder : le Seigneur vivant jeté dans la boue !... Nous avons recueilli ces hosties et les avons portées en procession jusqu’à l’église, mais il faut faire une grande cérémonie de réparation !... » - « Oui, je suis d’accord. On va préparer une procession eucharistique. On va réunir tout le monde. On va vraiment faire un acte de réparation. »
Le jour de la cérémonie, quand tout le monde était là, j’ai dit : « Seigneur, au nom de mon frère le voleur, je te demande pardon. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Il ne savait pas que tu es vraiment présent et vivant dans l’Eucharistie. Ce qu’il a fait nous touche profondément. Mais mes amis, mes frères, comme nous sommes tous aveugles ! Nous sommes choqués parce que notre frère, ce pauvre voleur, a jeté les hosties, le Christ eucharistique dans la boue, mais dans la boue vit le Christ tous les jours, chez nous, au Nordeste ! Il nous faut ouvrir les yeux ! » Et je disais que le meilleur fruit de la communion au Corps du Christ dans l’Eucharistie serait que le Christ ainsi reçu nous ouvre les yeux et nous aide à de reconnaître l’Eucharistie des pauvres, des opprimés, de ceux qui souffrent. C’est sur cela que nous serons jugés, le dernier jour…"  (Helder CAMARA, Les conversions d'un évêque, Seuil , 1977, p 145)
Que le Seigneur nous ouvre les yeux, qu'il éclaire nos consciences, qu'il nous donne la force d'agir pour bâtir son Royaume de justice, de fraternité, de solidarité, de paix. 

Sr Thérèse-Marie

dimanche 11 août 2013

Le dimanche de la foi

19ème dimanche dans l'année C
S’il fallait donner un nom à ce dimanche, en fonction des lectures qui nous sont proposées, nous pourrions l’appeler le « dimanche de la foi ».
Relisons ces textes en nous posant la question : « qu’est-ce que la foi ? »
L’auteur du  livre de la Sagesse qui écrit au 1er siècle avant Jésus-Christ, revient sur l’événement fondateur du peuple juif : la sortie d’Egypte.
« La nuit de la délivrance pascale avait été connue par avance par nos pères » dit-il. Non qu’ils avaient la science infuse ou une quelconque vision de l’avenir... Le texte le précise très clairement: « assurés des promesses auxquelles ils avaient cru »...
Promesses de libération que Moïse leur a transmises de la part de Dieu.
Nous apprenons ainsi que la foi n’est pas de l’ordre de la vision, mais de l’écoute : les pères ont entendu une Parole de la part de Dieu et ils y ont cru... La foi les a fait entrer dans une connaissance nouvelle, dans un mode de connaissance qui n’est pas d’ordre intellectuel, c’est une connaissance du cœur....
En accueillant la promesse de Dieu, en mettant en Dieu sa confiance, le peuple se fait partenaire de Dieu dans son projet de libération, on pourrait dire que la foi fait entrer le croyant en connivence avec Dieu. Et cela suscite dans son cœur, une double assurance :
-que Dieu ne tolère pas l’esclavage
-que le pouvoir oppresseur ne peut mener qu’à la mort.
 
Le livre de la Sagesse nous apprend ainsi que la foi qui naît de l’écoute s’affermit dans l’accueil et l’adhésion à une Parole de Dieu et débouche sur une assurance de libération et sur l’expérience du passage de la mort à une vie nouvelle.
 
Et ces mêmes éléments figurent aussi dans la 2ème lecture.
L’auteur de la lettre aux Hébreux relit l’histoire du peuple en mettant en exergue la foi de ceux qui l’ont marquée en commençant par Abraham. C’est un beau chapitre que je vous invite à relire et qui est scandé par cette expression : « grâce à la foi ».
Abraham a entendu un appel de Dieu, il a fait confiance et a marqué son adhésion en se mettant en route, sans savoir où il allait. Il n’avait pas non plus une vision de l’avenir ... mais par sa foi il s’est fait partie prenante du projet de Dieu.
L’auteur nous précise en quoi consiste la connaissance nouvelle à laquelle ouvre la foi : « La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. »
Fort de cette foi qui concentre son regard sur la promesse, promesse d’un avenir, promesse d’une terre... Abraham traverse la vie présente quasi comme un étranger, en route vers une autre patrie.
Grâce à la foi, Sara accueille ce que toute raison humaine considère comme impossible : elle met au monde un fils dans sa vieillesse et Abraham alla même jusqu’à offrir son fils car il avait au fond de lui la conviction que Dieu est fidèle.
Nous retrouvons un élément important de la foi que nous avions relevé tout à l’heure : elle donne l’assurance qu’en Dieu la vie est plus forte que la mort.
 
L’évangile lui, ne nous parle pas explicitement de la foi mais la parole de Jésus : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » ne fait-elle pas écho à l’appel d’Abraham et à la promesse à Moïse ?
Sois sans crainte, n’aie pas peur, (dans la Bible, le contraire de la foi c'est la peur) fais-moi confiance, le Royaume t’est déjà donné. Tu ne le vois pas mais il t’est donné en espérance... Crois seulement et tu possèderas ce que tu espères et tu goûteras déjà la réalité de ce qui t’est réservé dans les cieux... Au point que tout tendu vers ce trésor ton cœur se détachera de ce qui ne peut que vieillir et passer et il sera aux aguets du moindre signe de la présence de ce Royaume. Et comme pour hâter sa venue, il se tiendra en éveil.
Ta foi alors te gardera en tenue de service au milieu de tes frères et sœurs. Parce que la foi, ce n’est pas seulement dans la tête ou dans le cœur, c’est aussi dans les mains ! Donner sa foi au Dieu qui libère, c’est devenir libérateur avec lui ! « Montre-moi ta foi sans les œuvres, dira St Jacques, moi c’est par mes œuvres que je te montrerai ma foi » 
 
 La Parole entendue qui témoigne pour nous de la présence de Dieu au cœur de l’histoire, l’Eucharistie où le Christ prend pour nous la tenue de service, nous invite à sa table et nous partage le pain et le vin de la Vie éternelle, la communion fraternelle qui nous ouvre aux dimensions de l’humanité... voilà des lieux privilégiés où notre foi se fortifie, se partage et en nous tournant vers l’avenir, nous encourage à faire de notre vie et du moment présent un véritable chemin vers le Père.
                            Sr Élisabeth

samedi 10 août 2013

Saint Laurent

Au beau milieu du Temps Ordinaire, en cette fête du martyr Laurent, nous voici projetés en plein mystère pascal.
D’aucuns pourraient poser cette question : comment apprivoiser au quotidien un tel mystère ?
Comment le comprendre en notre aujourd’hui ?
 
Relisons les paroles de Jésus :
« Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ;
mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit… »
Rappelons que Jésus a prononcé ces mots au seuil de la Passion.
Ces propos le concernent donc en premier lieu, comme le laisse entendre le verset précédent, où il déclare :
« L’Heure est venue où est glorifié le Fils de l’homme »
Cette heure de la glorification, c’est l’occasion offerte à Jésus de montrer le poids de son Amour, d’en donner preuve… y compris par une éventuelle mort.
Par l’image du grain de blé tombé en terre, Jésus invite ses disciples à ne pas voir dans cette mort qu’un point final, un départ, un anéantissement, une absence,…
En se comparant au grain, Jésus annonce certes qu’il sera pareillement jeté en terre, mais aussi qu’il donnera beaucoup de fruit.
Une fécondité pourra surgir de cette mort…
 
Si cet horizon de la glorification concerne surtout Jésus, la suite peut nous rejoindre davantage :
« Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache la garde pour la vie éternelle »
Nous pouvons être interpellés par les oppositions de ces deux versets :
« s’il ne meurt pas / s’il meurt ; il demeure seul / il porte beaucoup de fruits ; aimer sa vie / la haïr (c’est la traduction littérale) ; la perdre / la garder pour la vie éternelle »
 
« aimer sa vie / la haïr » : l’alternative doit être bien comprise.
Ce n’est pas à un désir suicidaire ou masochiste que Jésus fait allusion, mais il se prononce sur la façon dont on mène sa vie : la vit-on pour soi ou pour les autres ?
En somme, est-ce que je considère ma vie comme mienne, une vie que je dois défendre à tout prix et conserver comme si elle se suffisait à elle-même ?
Ou bien est-ce que je veille à ne pas m’y agripper, est-ce que je cherche à m’ouvrir à l’autre, en mourant à ce qui me replie sur moi-même ?
Pour retenir du sable, il faut ouvrir la main ; sinon, le sable s’échappe…
Il en va de même pour notre vie humaine.
Cette vie ouverte, non repliée sur elle-même, Jésus nous annonce qu’elle ne mène pas non plus à une fin ou au néant, mais qu’elle « se maintient pour de bon », « en vie éternelle ».
 
Telle est la question qui peut nous tarauder, nous et tant de nos contemporains : comment réussir sa vie ?
Jésus veut nous offrir une clé…
Et il poursuit :
« Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera »
Pour accéder à une telle vie, Jésus invite à le suivre, c’est-à-dire à l’accompagner, à lui emboîter le pas, lui qui a dépensé sa vie pour ceux et celles qu’il a croisés.
 
Être là où Jésus est, c’est-à-dire être enraciné dans l’Amour du Père, puisant en cet Amour la force de rejoindre tous ceux et celles qui sont sur le chemin.
Jésus n’a pas gardé sa vie pour lui-même… et cette vie ne s’est pas perdue.
Au contraire, elle a porté du fruit et a créé du neuf…
 
Alors, en cette fête du martyr Laurent, Jésus nous questionne :
Que voulons-nous ?
Une vie pour nous-mêmes, bien au chaud, dans le cocooning de nos habitudes… ou bien une vie au grand large, avec un cœur universel, attentif aux autres et à l’Autre, recevant une fécondité que seul notre Dieu peut nous donner ?
Saint Laurent a répondu…
Et nous, chacune et chacun, que répondrons-nous à Celui qui nous invite ?
 
 
Sr Marie-Jean (10 août 13)