jeudi 25 novembre 2010

Ne pas se tromper de salut...

Méditation pour le jeudi de la 34ème semaine du Temps Ordinaire (année paire)

Parfois, la liturgie nous offre des textes un peu ardus... et pourtant la littérature apocalyptique se veut porteuse d'espérance. Aujourd'hui, l'Eglise nous proposait de lire l'Evangile selon saint Luc au chapitre 21, versets  20 à 28.
Quelle espérance s'en dégage?  
Bonne nouvelle de Jésus-Christ selon saint Luc
saint Luc que nous avons entendu tout au long de cette année liturgique, et en semaine depuis près de 3 mois. Saint Luc dont on nous dit qu'il est l'évangéliste de la miséricorde, du salut pour tous, de la grâce....
Jérusalem sera encerclée, il y a aura une grande misère, une grande colère.... ils tomberont sous l'épée, ils seront emmenés en captivité, les hommes mourront de peur...  Bonne nouvelle de Jésus-Christ selon saint Luc!
 
Je médite le texte et me demande en quoi il est une bonne nouvelle,
Pas le temps et pas l'envie d'aller bouquiner dans la bibliothèque... Alors j'ai lu, j'ai dormi, j'ai prié et heureusement pour moi, il y avait une manne de linge à repasser... Alors voilà, je vous partage simplement ce qui est monté en moi au rythme du va et vient du fer à repasser. 
On m'a appris que pour sauter, il fallait prendre son élan et pour cela reculer un peu pour affronter l'obstacle.
Revenons donc au début du chapitre de Luc dont est tiré ce texte. C'était l'Évangile de lundi,
Nous y voyons Jésus qui lève les yeux et regarde les uns et les autres déposer leur offrande dans le trésor du temple... et son regard s'arrête sur les 2 piécettes de la pauvre veuve...
Mardi, c'était au tour des disciples à lever les yeux et  leur regard s'arrête sur la beauté des pierres du temple...
Et Jésus leur dit: « Attention, ne vous trompez pas de beauté! Ce que vous contemplez, ce que vous admirez, tout sera détruit, il n'en restera rien! » Et dans quelques siècles, quand on voudra savoir à quoi ressemblait ce temple, on fera des fouilles, à la petite cuiller comme sur la place de la basilique... on pourra alors peut-être deviner un peu de sa beauté. Mais les 2 piécettes de la veuve, tout comme la cruche d'huile et le vase de farine de la veuve de Sarepta, elles ne seront pas oubliées et on pourra dire de ces pauvres veuves ce que Jésus a affirmé de la pécheresse qui lui versait le parfum sur les pieds: « partout où on proclamera cet Evangile, dans le monde entier on redira à sa mémoire ce qu'elle vient de faire ». Et pour retrouver cette beauté il nous suffira à notre tour de tendre la main dans un geste de partage et un don radical de nous-même, dans notre pauvreté.
Ne vous trompez pas de beauté.
Et Jésus continue: « Mais maintenant, prenez garde, ne vous effrayez pas, n'allez pas aussi vous tromper de catastrophe! Vous allez voir des choses effrayantes mais ce ne sera pas tout de suite la fin! »Isaïe n'a-t-il pas dit: « si tu traverses les eaux, je serai avec toi, et les rivières elles ne te submergeront pas. Si tu passes par le feu, tu ne souffriras pas et la flamme ne te brûlera pas? »(Is 43,2)
Les catastrophes n'ont-elles pas jalonné l'histoire du peuple d'Israël? Et nous pouvons penser que les oreilles des auditeurs  de Jésus, en bons connaisseurs de la Bible, étaient plus sensibles que nous à ce vocabulaire
Le feu, le vent, le tonnerre, la foudre... Le buisson qui se met à flamber tout seul, sans se consumer.... La mer qui se sépare et tout à coup reprend sa place... Rappelons-nous le psaume: « quand Israël sortit d'Egypte et Jacob de chez un peuple étranger... La mer voit et s'enfuit, le Jourdain retourne en arrière, les montagnes sautent comme des béliers... »(ps 113)
Et sur le mont Sinaï: « il y eut des coups de tonnerre, des éclairs et une épaisse nuée sur la montagne, ainsi qu'un très puissant son de trompe... tout le peuple trembla. Moïse parlait et Dieu répondait dans le tonnerre. »
Ces catastrophes, ces signes dont nous parle Jésus dans l'Evangile ne sont-ils pas annonciateurs d'une parole que Dieu va prononcer?
« Quand Dieu regarde la terre, elle tremble, il touche les montagnes elles fument »(ps 104) Nous chantons cela si souvent dans les psaumes, alors pourquoi nous effrayer? Tout cela n'est-il pas le signe que Dieu se fait proche? Qu'un événement va se produire?
Quand une femme enceinte commence à ressentir les contractions, quand elle sent quelque chose se déchirer en elle et son corps s'ouvrir... ne se dit-elle pas: le moment est venu? Quand le bébé dans le ventre de sa mère voit son univers s'ébranler, les eaux dans lesquelles il baignait tout à coup s'enfuir et lui-même être propulsé dans un espace inconnu et que pour comble on lui coupe le cordon qui lui assurait sa subsistance... c'est un véritable cataclysme et pourtant, ne dit-on pas que c'est un heureux événement?
N'est-ce pas une expérience de ce type que nous serons appelé à vivre au jour de notre mort? Expérience de rupture, d'éclatement, de déracinement pour nous ouvrir à un monde nouveau, à une vie nouvelle... N'est-ce pas déjà aussi une expérience de ce type que nous vivons dans les épreuves qui nous touchent personnellement ou qui touchent notre monde?
Ne vous trompez pas de catastrophe. La vraie catastrophe pour le nouveau-né n'est pas dans l'ébranlement qu'il subit tout à coup, la vraie catastrophe serait qu'il refuse ce monde nouveau dans lequel il est projeté, qu'il n'ouvre pas ses poumons pour les remplir d'air, qu'il ne reconnaisse pas les bras de sa mère et ne puisse pas se nourrir de son lait.
Et nous? Saurons-nous entrer dans le monde nouveau qui nous est promis et qui pointe déjà? Saurons-nous ouvrir nos oreilles et nos coeurs à la parole que Dieu est sur le point de proférer? Le Fils de l'homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?
Ne vous trompez pas de beauté, nous dit Jésus; ne vous trompez pas de catastrophe; ne vous trompez pas de salut. Ne rentrez pas dans vos maisons, ne retournez pas à la ville, les murs ne vous protégeront pas, vos richesses ne vous serviront de rien. Ne vous appuyez pas non plus sur la faculté que vous avez reçue de transmettre la vie; vous n'avez pas de pouvoir sur elle,
Votre salut, Isaïe vous l'a dit, il est dans la confiance et la sérénité(Is 30,15). Dans la confiance paisible que ce que Dieu a promis il est capable de le réaliser. Dans la confiance du psalmiste qui au plus fort de sa détresse crie sa foi: « les eaux montent jusqu'à ma gorge... j'enfonce dans la vase du gouffre,... le flot m'engloutit....  mais je te prie Seigneur, c'est l'heure de ta grâce... » ps 68
« Alors on verra le Fils de l'homme venir dans la nuée... redressez-vous, relevez la tête, car votre rédemption est proche»
Oui c'est l'heure de la grâce, l'heure où Dieu va déchirer les cieux et descendre,  C'est l'heure des cieux nouveaux et de la terre nouvelle, c'est l'heure de la Jérusalem nouvelle... où il n'y aura plus de temple et où nous adorerons en esprit et en vérité, où nous adorerons à ciel ouvert, où nous adorerons à coeur ouvert.
Sr Elisabeth 

jeudi 30 septembre 2010

Espérer, grâce de la rencontre



Qui dit rencontre, dit découverte, partage,...
C'est bien ce qu'il nous a été donné de vivre au long de ces jours de symposium à Rome en septembre.
Imaginez la richesse des échanges, lorsqu'à votre table, se trouvent des bénédictines de pays aussi divers: Indes, USA, Espagne, Brésil, Suède, Italie,...
Bien sûr il faut franchir la barrière des langues, mais à force d'efforts et de rire, de mots et de gestes, on finit après quelques jours à pouvoir tant échanger, qu'il semble que l'on se connaît depuis si longtemps.
Il y a aussi ces moments magiques, où par groupe linguistique, il nous est donné de préparer un office pour toutes... voyez, un groupe francophone, cela ne veut vraiment pas dire, un groupe de françaises... cela donne quelques françaises accueillant à bras ouverts, non seulement les voisines belges, mais aussi le Vietnam, le Burkina, le Togo, le Canada,... Alors pour tel psaume, ce sera l'accompagnement à la kora, pour donner le rythme, ce sera le maracas,... Voyez sur la photo la découverte émerveillée de cet instrument...
Nous étions une bonne centaine, venant de tous horizons, toutes vivant selon la Règle de Benoît. Ne sens-tu pas monter en toi l'espérance quand de telles rencontres sont possibles, quand de telles rencontres te dilatent le coeur ?
La visitation de Marie à Elisabeth est souvent revenue en nos coeurs: quand deux femmes, porteuses de vie, s'accueillent, le Seigneur tressaille de joie ! 
Sr Thérèse-Marie

mardi 31 août 2010

Espérer face... au refus du temps




Un aspect de notre « monde sans limite » qu’il faut peut-être relever, c’est le problème du rapport au temps. « Je veux tout, tout de suite ! » Notre société semble avoir fait profession de ce slogan infantile. La difficulté de prendre un engagement, de le tenir appartient aussi à ce problème de relation au temps.
Comment notre vie remet-elle l’espérance au cœur même de cette situation ? N’est-ce pas en mettant notre vie en tension entre un déjà là et un pas encore ?
Silence, persévérance, patience, stabilité, voilà un vocabulaire bénédictin qui marche à rebours...
Il est bon d’espérer en silence le salut de Dieu[1]. Je vois dans l’humble persévérance de nos aînées, dans leur manière de poursuivre la route, dans un tranquille silence, une merveilleuse hymne à l’espérance.
Si vous connaissez le film « L’homme qui plantait des arbres »[2]... pour moi, il est parabole de nos vies. Ce pourrait être un beau partage que de nous dire quel arbre nous plantons par la persévérance de nos existences !
 
Mais nos vies courent aussi un terrible risque, dans sa manière d’habiter le temps de ses rythmes et horaire bien balancés de prière et travail : « l’habitude nous joue des tours »[3]. Dans nos vies, où 5 fois par jour nous célébrons l’office dans une stalle... le risque est grand de s’installer dans un train-train qui n’a plus rien de la marche du pèlerin !!! Et pourtant n’est-ce pas lui qui nous entraîne... étranger, pèlerin sur cette terre. Et la chanson de poursuivre : « La rouille aurait un charme fou si elle ne s’attaquait qu’aux grilles ». Et c’est une moniale qui ose reprendre ces mots !!! J’avoue prier que la rouille s’attaque non seulement à toutes nos grilles, mais aussi à nos habitudes, nos traditionalismes, nos ritualismes... tout ce qui affadit, dénature le sel de l’Evangile. Benoît veut nous conduire par l’Evangile ! Et Jésus n’a trouvé où reposer la tête si ce n’est sur la Croix. Pouvons-nous vivre « désinstallées » à sa suite ?
Sr Thérèse-Marie

[1] Lamentations 3,26 traduction TOB
[2] Film d'animation de Frédéric Back d'après L'homme qui plantait des arbres, de J. Giono. Narration de Philippe Noiret, 1987 (30 mn).
[3]cf. la chanson : LA ROUILLE; paroles: Jean-Pierre Kernoa; musique: Maxime LeForestier 

dimanche 21 février 2010

l'espérance au désert...

Méditation pour le premier dimanche de Carême, année C

Et nous y voici, en carême. Mais pas avec des mines de carême, j’espère!
La prière d’ouverture du premier dimanche de carême nous a rappelé le but du carême : progresser dans la connaissance de Jésus Christ, et nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle... Alors c’est vrai, on peut laisser tomber les masques de Carnaval, pour laisser fleurir notre joie profonde de progresser en cette connaissance, comprenons : de progresser en l’amour de Jésus, du Dieu qu’il nous révèle.
Et pour nous le découvrir, trois textes sont proposés en la liturgie de ce même dimanche. Trois confessions de foi en acte, pourrions-nous dire.
Dans le Deutéronome (26,4-10), un Israélite confesse sa foi en offrant à Dieu les prémices de ses récoltes. Il relit son histoire, l’histoire de son peuple, et proclame que le Dieu créateur à qui il doit sa récolte, est aussi Dieu sauveur, Dieu qui a compassion des petits, des pauvres, des opprimés, des étrangers. Au Dieu qui libère et donne une terre, il vient offrir à son tour les prémices de sa terre en un geste qui le libère du "tout pour moi". En lisant les textes de la loi juive, nous découvrons que par ce geste d’offrande, le croyant juif entre dans la générosité et la compassion de Dieu. Les prémices qu’il offre vont être partagées : une part pour les lévites qui n’avaient pas de terre, une part pour la veuve, l’orphelin, le pauvre, l’étranger, une part pour célébrer en famille la bonté de Dieu. Ainsi le croyant devient membre d’un peuple attentif au pauvre.
Voilà pour nous faire progresser dans la connaissance de notre Dieu : Dieu sauveur, compatissant, bon et généreux, qui invite à devenir comme lui, communion ouverte ! Espérance du partage...
Dans la lettre aux Romains (10,8-13), Paul nous partage ce qui est l’essence même de toute sa vie : la foi au Christ mort et ressuscité. Une foi ni cérébrale, ni sentimentale : croire en son cœur, c’est laisser la foi diriger notre pensée et l’engagement de tout notre être. La foi au Christ ressuscité donne le salut, justifie... c'est-à-dire nous ajuste à Dieu, la foi nous travaille, nous transfigure à l’image du Fils ! En cette foi, nous dit saint Paul, il n’y a plus de distinction entre juifs et païens. Voici le peuple de la première alliance élargi à l’humanité entière, par la seule foi en Jésus. Impossible d’être chrétien sans un cœur universel ! Espérance de la fraternité...
Relisons maintenant l’évangile présentant Jésus au désert (Luc 4,1-13)... confession de foi de Jésus lui-même pourrions-nous dire !
Jésus, rempli de l’Esprit Saint quitta les bords du Jourdain. Ce texte fait suite au baptême de Jésus. Baptême où le Père a proclamé : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui je t’ai engendré. Et voici Jésus conduit à travers le désert par l’Esprit ! A travers : le désert est un lieu de passage... vers la terre nouvelle ! Pendant 40 jours, il est mis à l’épreuve par le diable. 40 jours, c’est le rappel des 40 ans au désert du peuple d’Israël.
Est-il nécessaire de nous rappeler que le récit qui suit est symbolique ? N’essayons pas d’imaginer le diable inventant le téléférique pour emmener Jésus sur le faîte du Temple ! Mais comprenons combien Jésus, partageant notre condition humaine, a été tenté tout au long de son existence, aussi bien par ce qui touche à l’avoir (pierre/pain) qu’au pouvoir (tous les royaumes) et au savoir (mettre Dieu en poche). Jésus, humain… comme nous ! Espérance d'une humanité renouvelée...
Ce récit symbolique nous dit donc qu’après 40 jours au désert, Jésus a faim : on peut comprendre... Alors vient le tentateur : si tu es fils de Dieu... Bien sûr qu’il l’est, le Père vient de lui dire ! Ordonne à cette pierre de devenir du pain. - Oui, je suis fils, répond Jésus, c’est pourquoi je ne vis pas seulement de pain, ma relation au Père est plus vitale encore que le pain, et c’est de lui que je reçois le pain ! Je suis Fils pour servir, non pour me servir !
- Ta relation filiale est si importante ? Qu’à cela ne tienne, semble répondre le tentateur. Il emmène Jésus sur une hauteur pour qu’il embrasse du regard tout l’univers : si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. Moi aussi je peux être père pour toi, et tout te donner, semble chuchoter le malin ! A quoi Jésus répond : - oui, ma relation filiale est vitale et je n’ai qu’un Père ! C’est devant lui, Dieu que je me prosterne, c’est de lui que je reçois la vie, le mouvement et l’être. Et Jésus de préférer la liberté des enfants de Dieu à la prison du pouvoir, à l’esclavage des richesses accaparées.
Alors le tentateur l’emmène à Jérusalem, sur le toit du Temple, lieu idéal pour un coup d’éclat. Il semble consentir au choix de Jésus : - Bien, tu es donc fils de Dieu. Tu es grand alors ! Tu sais que tu peux compter sur lui. Parfait, alors : vas-y, jette-toi en bas du Temple, fais l’expérience de ce souci qu’il a pour toi ! Goûte combien il est Père pour toi ! Faute d’avoir réussi à tenter Jésus, Dieu fait homme, le malin invite Jésus à tenter Dieu ! Et Jésus refuse encore ! Il semble dire : ma foi au Dieu Père de tendresse me donne de vivre avec l’Esprit au quotidien, ma vie humaine, sans chercher à en tirer profit personnel, pouvoir, gloire. Ma relation au Père me donne de vivre ajusté à lui, dans le respect : respect des choses (une pierre est une pierre), respect des autres (refus du pouvoir et de la domination, de l’accaparement des richesses), respect du Père (je ne le tenterai pas). Là où il n’y a que respect, il n’y a aussi que l’amour... et le malin de s’en aller : l’amour il ne connaît pas, ne veut pas connaître... et le malin de s’en aller avec une triste mine de carême, tandis qu’avec Jésus nous pouvons poursuivre heureux la voie qu’il nous a ouverte !
Espérance de la filiation divine...
Sr Thérèse-Marie

dimanche 17 janvier 2010

Voici l'Epoux...




2ème dimanche du temps ordinaire : année C
Pour débuter le temps ordinaire, les lectures nous offrent du peu ordinaire ! C’est le moins que l’on puisse dire ! Des Noces, un Dieu fou d’amour. Un Dieu qui fait ruisseler le vin, un Esprit qui suscite une multitude de dons ! Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?
Le prophète Isaïe utilise l’image des épousailles pour dire l’amour de Dieu pour son peuple, pour dire l’alliance qu’il veut établir. Quoi de plus fort ? On t’appellera d’un nom nouveau. Et le nom dit l’être en son plus intime. Quel est ce nom ? Ma préférence, mon épouse. Voilà l’annonce faite à qui se sentait délaissé, exclu ! A un peuple qui se sentait délaissé, exclu ! Pouvons-nous dans le secret de notre prière, dans le secret de ce cœur à cœur avec Dieu, l’entendre nous appeler ainsi ? Pouvons-nous l’entendre appeler ainsi tous les groupes exclus aujourd’hui ? Tous les peuples aujourd’hui privés de nourriture, de ressources, d’accès à l’eau, aux technologies… Qui donc est Dieu pour vouloir entrer ainsi en une telle relation d’amour avec notre humanité ? En un amour, où il n’y a ni condescendance, ni domination, ni supériorité. Celui qui nous a construits, celui qui nous a crées, veut nous épouser ! Ferons-nous sa joie, comme la jeune mariée fait la joie de son mari ? Là est l’attente de notre Dieu, son grand désir !
Au long des ans, il a dû cependant constater nos infidélités, nos reniements. Mais il est un Dieu fidèle, sans cesse il renouvelle l’alliance lorsque nous la brisons. Sans cesse il restaure son peuple, en lui donnant son Esprit.
Saint Paul dans l’épître aux Corinthiens, nous découvre le secret du peuple de Dieu : un peuple constitué d’êtres si différents, revêtus chacun pour sa part de dons de l’Esprit. Lorsque Dieu nous constitue en peuple, il ne le fait pas au départ d’un moule créant des copies conformes d’un modèle unique, mais il nous rassemble en nous différenciant les uns des autres. Par les dons même de son Esprit, il nous revêt de charismes et de fonctions variés. Dieu constitue son peuple en l’unité de la diversité, à l’image de ce qu’il est en lui-même : Père, Fils et Esprit. Il nous est bon de méditer ce texte, alors que demain nous commencerons la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Paul nous découvre la beauté de la diversité, son importance. Les dons de l’Esprit aux uns et aux autres, sont faits pour la communauté, pour la communion, en vue du bien de tous. Ce pourrait être un beau chemin d’unité, si nous reconnaissions les dons de l’Esprit en chacun, chacune, et si nous mettions nos dons au service la communion ! Si les peuples se partageaient mutuellement leurs dons, sans volonté d’accaparement ou de puissance ! Ainsi nous construisons le véritable corps du Christ !
Le peuple, formé par les dons de l’Esprit, est celui-là même que Jésus est venu unir à lui en une nouvelle Alliance. Le premier signe que Jean met en ouverture de son Évangile en témoigne. Si nous nous attardons un peu à la lecture de ce texte, il apparaît assez rapidement, que le récit est étrange : on parle de noces, sans mentionner qui sont les époux. Seuls sont nommés quelques invités : Marie, Jésus et ses disciples ! Cela nous éveille au projet de l’évangéliste : il n’écrit pas la « petite gazette » du coin ou le carnet mondain.
À qui veut bien l’entendre, il annonce l’alliance nouvelle que Dieu, en Jésus, vient instaurer avec l’humanité.
On peut aussi s’étonner de la présence de ces 6 jarres destinées aux ablutions rituelles prescrites par la loi. Que font-elles là dans une salle de noces ? De plus, elles sont vides ! Marquent-elles que les rites d’ablutions qu’une hantise de pureté avait multipliés, que ces rites, détachés d’un projet d’amour, ont desséché les coeurs ? Les jarres sont vides. [J’en connais qui se seraient empressées d’y mettre des fleurs... mais non, elles sont vides.] Est-ce invitation à renoncer à chercher une pureté quelconque à travers des observances et des rites, pour se mettre en quête de l’Alliance Nouvelle ?
Marie est là, (de même elle sera présente au pied de la croix) figure féminine du peuple nouveau, symbole de l’Église. Elle dit le manque à son Fils. La réponse de Jésus peut étonner. Femme, que me veux-tu ? Littéralement : que t’importe à toi et à moi ! mon heure n’est pas encore venue. L’alliance ancienne est passée, il nous faut entrer dans la nouvelle, ne regarde pas en arrière... Et le message de Marie aux serviteurs semble faire advenir cette nouveauté : elle invite à se tourner non vers les responsables de l’organisation, mais vers celui qui vient inaugurer l’alliance nouvelle. Faites tout ce qu’il vous dira.
Dans la culture de l’époque, il revient à l’époux de fournir le vin de la Noce... Les jarres d’eau de l’ancienne alliance sont vides. Seul Jésus, la source, peut rendre aux cœurs une eau vive. Eau vive qui se change en vin, pour qui vient prendre part à sa table, pour qui entre en alliance avec lui !
Et voici que Jésus donne le vin en surabondance, le vin de l’amour, il est l’Époux véritable.
Et de l’abondance de ce vin, il nous est servi en chaque eucharistie, comme il peut nous être servi au cœur de nos vies personnelles et communautaires ! 
Sr Thérèse-Marie

dimanche 10 janvier 2010

Tu es mon Fils

Fête du Baptême du Seigneur (année C)


Les textes que nous offre cette liturgie sont denses ! Impossible de tout commenter.
Arrêtons-nous donc seulement sur quelques paroles, essayons d’y découvrir le visage de notre Dieu, s’il est bien vrai que toute page de l’Écriture nous dit d’abord et avant tout qui est notre Dieu, celui que les prophètes ont annoncé, celui que Jésus a manifesté, celui dont les apôtres témoignent.
Les prophètes, nous présentent Dieu sous divers visages, aucun ne suffisant à lui seul, pour tracer le portrait juste, parfait. Aujourd’hui Isaïe, nous le montre en un grand élan de tendresse : Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur ! « Con-solez » : être avec celui qui est seul, enfermé dans la prison de son mal, de sa détresse. Oui, voilà la grande attente de notre Dieu, la consolation de ses enfants ! Pas de ses enfants innocents, opprimés uniquement, mais de tous ses enfants. Consolez en annonçant que le crime est pardonné. Cela dit bien, combien qui que nous soyons aujourd’hui, quel que soit notre palmarès à son égard, Dieu veut pour nous un chemin de bonheur. Et il espère qu’il se trouvera un prophète pour nous porter cette consolation ! Mieux, il espère qu’il se trouvera un prophète pour préparer sa venue. Car, Lui, le Très-Haut, le Tout-Puissant, espère venir à notre rencontre, espère venir lui-même rejoindre chacun, le consoler, et pour cela il espère que nous lui préparions un chemin !
Il veut venir, non comme un juge terrible, mais comme un berger de tendresse, qui rassemble les agneaux, les porte sur son cœur !
Les apôtres, aujourd’hui saint Paul dans sa lettre à Tite, nous annoncent la grâce de Dieu, manifestée pour notre salut. Paul est témoin du Christ, il est témoin de sa victoire sur la mort, sur le mal. Il sait que tout nous est déjà donné, et que dans l’espérance de l’accomplissement des promesses, nous pouvons travailler avec ardeur à faire le bien. Non pour obtenir, acheter le salut. Le salut est don gracieux de Dieu. Mais par notre ardeur à faire le bien, nous pouvons hâter le jour de la pleine manifestation de ce salut. Par notre ardeur à faire le bien, nous pouvons faire la joie de notre Dieu, lui dire notre reconnaissance. Lui dire en actes que nous cherchons tant bien que mal à devenir à son image, comme sa ressemblance.
Paul témoigne : Dieu notre sauveur, a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes. Il nous a sauvés, il l’a fait dans sa miséricorde !
Notre Dieu n’a d’autre mobile, n’a d’autre but, que celui d’aimer. Il a tout fait par amour, il est en lui-même amour, Trinité : Père, Fils et Esprit. Et il ne veut que se donner à nous, nous faire entrer en cette danse de l’amour. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit le Père l’a répandu sur nous avec abondance, par Jésus.
L’évangéliste Luc confirme cette révélation de notre Dieu.
Le peuple était en attente... Qu’attendait-il sinon la consolation annoncée ? Sinon le pardon, la communion rétablie avec Dieu, le bonheur de se laisser porter sur son cœur.
Le peuple était en attente... il attendait le messie qui allait réaliser une telle promesse. Le peuple voit Jean-Baptiste, et se dit : c’est peut-être lui... Mais Jean les détrompe... non, je ne le suis pas ! Moi je baptise dans l’eau, lui vous baptisera dans l’Esprit et le feu ! Le feu de l’amour !
Et révélation merveilleuse... dans cette foule du peuple, Luc nous découvre Dieu lui-même. Jésus est là, homme parmi les hommes, dans la foule du peuple qui dit son attente et son désir en recevant le baptême de Jean. Jésus est là, solidaire de cette foule en attente. Sa mission commence au cœur même de l’attente du peuple. Sa mission commence au cœur même de notre attente à nous tous aujourd’hui, comme au cœur de l’attente de Dieu ! Il vient, se fait proche du seul, il est la consolation attendue !
Et baptisé, dans la solidarité avec cette foule, Jésus prie. Luc est le seul à nous rapporter ce trait lors du baptême de Jésus. Cela vaut la peine de s’y arrêter. Le peuple attendait la consolation, le moment de grâce qui verrait le pardon de Dieu ruisseler, la communion restaurée. Et voici Jésus, baptisé, au milieu du peuple, prie ! Et c’est alors que le ciel s’ouvre. Jésus entré dans le temps humain prie, et en sa prière l’éternité de Dieu s’ouvre ! Le ciel s’ouvre. Ah, si tu déchirais les cieux, avait soupiré le prophète ! Mais la clé de ce déchirement n’était nulle part ailleurs, que dans la prière de Jésus, Dieu fait homme, solidaire du peuple. Jésus en sa prière voit se réaliser la communion du ciel et de la terre. Moment d’intimité, moment de grâce où se manifestent la bonté et la tendresse du Père pour les hommes.
A la prière de Jésus, le ciel s’ouvre, l’Esprit vient reposer sur lui, cet Esprit dont Paul nous dit qu’il vient prier en nos cœurs, qu’il vient dire en nous, le véritable nom de Dieu : Abba, papa ! Et du ciel une voix répond à la prière de Jésus : « C’est toi mon Fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré ». La seule et unique réponse du Père. Le seul vrai visage de Dieu, nous est ainsi révélé... Au sein de la prière de Jésus, en cette parole du Père. Parole de reconnaissance, parole d’engendrement ! Dieu pour être avec nous, en la solitude de nos détresses, nous adopte, se fait Père de tendresse. « C’est toi mon Fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré ».
Cette parole, c’est à chacun et chacune de nous de l’entendre à notre tour, de la recevoir dans le silence de notre cœur en attente, de notre cœur en prière, pourvu que nous nous glissions à notre tour dans la solidarité du Fils. 
Sr Thérèse-Marie

jeudi 31 décembre 2009

Pour la nouvelle année

C'est le moment...
tous et toutes se préparent à franchir le cap d'une année nouvelle...
les voeux vont et viennent chargés d'espérance,
porteurs des rêves les plus fous.
A toi qui me lis,
je souhaite une année de bonheur au milieu des tiens,
au milieu de ceux et celles que tu choisis de faire tiens !
Une année riche de rencontres, de solidarité et de fraternité !
Une année où étincellent les rêves,
Une année où chante l'alouette !



en guise d'étrennes,
je t'offre cette prière de Jean Debryune
(prêtre-ouvrier et poète, sociologue, journaliste... )


Je ne te demande pas,
mon Dieu,
de faire que cette année
soit un miracle.
Je ne te demande pas
de remplacer la réalité
par mes rêves
ou de faire
que mes désirs
me fassent oublier la nuit.
Je te demande
seulement,
mon Dieu,
d'oser l'Espérance.