jeudi 11 juillet 2013

Je bénirai le Seigneur toujours et partout

Méditation pour la fête de st Benoît, patron de l'Europe
(Pv 2,1-9 ; Ps 33 ; Col 3,12-17 ; Mt 19,27-29)

Bonne fête ! Oui, bonne fête à tous, puisque nous célébrons aujourd’hui, st Benoît patron de l’Europe. Et pas seulement Benoît, Père des moines…et des moniales !
Les lectures que nous offre le lectionnaire de ce jour, sont adressées à tous, pas rien qu’aux bénédictins, même si elles sont sensées dire quelque chose de la vocation bénédictine. En fait la vie monastique est, comme j’aime à le répéter, une manière parmi d’autres de vivre la vocation baptismale qui nous est commune.
Alors mettons-nous ensemble à l’écoute de la Parole du jour.
Le psaume nous a invité à bénir le Seigneur toujours et partout. Le nom même de Benoît, Benedictus en latin, vient du verbe benedicere qui signifie bénir. Notre vie devrait être bénédiction, au fil des jours. Bénir au sens profond du terme, pas dans la réduction de l’étymologie latine, qui fait dire : que bénir c’est dire du bien… Bénir en hébreu c’est rendre participant au pouvoir de Dieu qui donne vie, participant de sa seigneurie sur la création. Allez relire les paroles de bénédiction que Dieu prononce sur l’humanité au premier récit de création. Il s’agit bien là d’une véritable participation à la vie divine. Reste donc à bien comprendre ce qu’est cette vie divine, ce partage de pouvoir sur la création. Faut pas se tromper de Dieu !
 
Le livre des Proverbes nous invite à l’écoute. Ce n’est guère étonnant que ce texte soit choisi pour la fête de Benoît. Ecoute, est le premier mot de la Règle bénédictine. L’écoute est la première attitude à adopter face à notre monde, à nos frères et sœurs, à notre Dieu et à soi-même. Cela suppose une vie quelque peu désencombrée, libre. Ecouter c’est faire de la place à l’autre, abandonner résolument tout repli sur soi… voilà un premier élément du partage de la vie divine…  car oui, dans cette écoute nous est promise la connaissance du Seigneur.  Connaissance par expérience, en écoutant tu deviens semblable à Dieu.  
 
Saint Paul nous dresse alors le portrait d’une communauté. La vie en communauté est une dimension capitale de la vie chrétienne. Elle est le lieu par excellence d’initiation à la vie divine. Nous y réfléchissons au long de ces jours, : qui est Dieu ? il est Trinité, c'est-à-dire communauté. En lui-même il y a de l’autre, du différent, et donc de l’espacement, du dépouillement, de la pauvreté. Aucun des Trois ne se dit « tout ». Si Paul exhorte les Colossiens à revêtir leurs cœurs de tendresse, d’humilité, de douceur, de bonté, de patience… n’est-ce pas parce que là est le bonheur ? Je ne crois pas que Benoît en écrivant son célèbre chapitre sur l’humilité ait voulu faire de ses frères, des rampants, des êtres rabougris et tristes… mais bien des disciples heureux de la joie même de Dieu. Les attributs qu’énumère saint Paul sont autant d’attributs de Dieu. Il est bonté, patience, douceur, humilité… la vie en communauté doit être lieu d’expérience de la vie en Dieu. Heureusement Benoît appelle le monastère « école du service du Seigneur »… il prévoit que la perfection est à venir, et non acquise ! Il n’empêche, il faut se rappeler sans cesse que ces conseils de Paul ne sont pas simple morale, mais invitation à goûter combien le Seigneur est bon, à le rencontrer au sein même de nos relations humaines, communautaires,… et cela vaut pour les familles, les lieux de travail… et notre Europe dont Benoît est patron.
 
Ce regard peut nous aider à comprendre l’évangile. St Pierre impétueux une fois de plus, après le constat de Jésus sur la difficulté pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu, s’exclame « voici que nous avons tout quitté pour te suivre, alors qu’est-ce qu’il y aura pour nous ? » Et Jésus annonce qu’il pourra siéger avec lui, et juger les tribus d’Israël… cela vous donne envie vous ? vous souhaitez un trône et le rôle de juge ? nous voyons que le vocabulaire avec lequel Jésus s’exprime demande à être décrypté. Tout d’abord ce terme que nos Bibles s’évertuent à traduire par « suivre » mérite une petite révision : M Balmary l’a souligné abondamment, et beaucoup d’exégètes avec elle, le verbe grec sous jacent, signifie d’abord faire route avec, partager le chemin, accompagner. Jésus ne semble pas désirer des suiveurs, mais bien des êtres libres qui marchent avec lui. Qui entrent avec lui dans la danse de la Trinité. Pierre demande quel « salaire » il aura pour avoir tout quitté… Jésus lui dit : le même que moi. Tu siègeras comme moi, tu jugeras comme moi… qu’est-ce à dire ? le reste de l’Evangile nous le dit : pas d’autre trône que la place de celui qui sert… pas d’autre jugement que le pardon. Voilà si vraiment vous m’accompagnez, si vraiment vous voulez partager ma vie, c’est de tout cœur.
 
Nous avions commencé notre réflexion au départ de la bénédiction, partage du pouvoir de donner vie, partage de la seigneurie sur la création, les voilà explicités : service et pardon. Tel est notre Dieu, telle est la vie à laquelle il nous invite, pour sa joie et pour la nôtre. Que nos vies soient bénédiction.

sr Thérèse-Marie
 

mardi 2 juillet 2013

Suivre Jésus dans la barque

Méditation de la Parole (13ème mardi TO année impaire)
 
Comment suivre la voie de Dieu ? Comment suivre Jésus ? Les lectures de ces jours nous invitent à y réfléchir, à renouveler notre engagement.
Lot a suivi la voie de l’amour, en accueillant les étrangers chez lui, et cela lui vaut d’être sauvé de la destruction de Sodome. Mais il doit fuir confiant en la parole qui lui est dite. Il doit fuir, sans retour en arrière, pas même du regard. Si nous sommes appelés à être sel de la terre, pour lui donner saveur, nous ne pouvons pas être colonne de sel dans la raideur figée du regard qui ne voit que ce qui est en arrière. Il nous faut plutôt marcher vers l’horizon que nous ouvre l’appel de Dieu.
 
Hier, les disciples qui voulaient suivre Jésus se sont entendu dire qu’il fallait tout quitter, sans un regard en arrière, et partir à la suite du Fils de l’homme qui n’a point où reposer la tête.
Aujourd’hui, les disciples suivent Jésus dans la barque, nous dit l’Evangile. Et nous savons que c’est là accepter de perdre pied, prendre le risque du grand large, avec ses aventures.
Voilà que la mer s’agita violemment, le grec littéralement dit : il y eut un grand séisme. Bref, si vous voulez suivre Jésus, attendez-vous à quelques secousses… lorsque tremble la terre, lorsque soufflent les vents, ce n’est pas confortable si vous êtes en route… que dire, si vous êtes sur un frêle esquif en mer ! Et Dieu dans tout cela, sommes-nous souvent tentés de dire ! Dieu ? il dort ! là au fond de la barque, sur le coussin ! Cela relève de l’invraisemblable. Mais n’est-ce pas l’expérience que si souvent nous connaissons, tandis qu’agités par les événements, Dieu nous semble absent. Mais il n’y a qu’à l’appeler… crier vers lui, pour constater, qu’il est bien là, présent, toujours prêt à calmer nos tempêtes.
Nous l’entendrons nous dire : Pourquoi avez-vous peur ? hommes, femmes de peu de foi ! Pour suivre Jésus dans la barque de la vie, il nous faut grandir en la foi, croire qu’au bout de la traversée, de la tempête, de l’épreuve, il n’y a pas l’anéantissement, mais la vie nouvelle, avec le Ressuscité, lui qui a tout pouvoir sur le mal et la mort.
Prenons un temps de prière silencieuse, pour confier au Seigneur, les tempêtes qui nous agitent, qui agitent tant de nos frères et sœurs sur la terre. Prenons un temps de prière silencieuse, pour du plus profond de notre cœur, porter vers lui les cris de notre humanité ébranlée.
 Sr Thérèse-Marie
 

jeudi 2 mai 2013

Concile

Méditation pour le jeudi de la 5ème semaine de Pâques:
 
Le passage des Actes des Apôtres que nous venons de recevoir n’est autre qu’un extrait du récit du tout premier concile ! un important concile, que celui-ci ! Rassemblés à Jérusalem, les apôtres, les anciens échangent autour de Pierre, concernant l’accueil dans l’Eglise de chrétiens venus du paganisme. Pierre prend la parole, il relit son expérience passée notamment sa rencontre avec Corneille : il y reconnait que le don de l’Esprit, le pardon des péchés, et le salut sont œuvres de Dieu, et non œuvre humaine. Et donc liberté divine. Paul et Barnabé témoignent de cette action de l’Esprit dans les églises d’où ils viennent, églises lointaines pour les chrétiens de Jérusalem. Et Jacques, relit les Ecritures pour découvrir une parole de Dieu sur les événements actuels. De là il conclut. Collégialité, échange, témoignage, relecture de l’expérience vécue, à la lumière des Ecritures… la première Eglise nous montre une prise audacieuse de décision, dans l’accueil de l’action de Dieu. Elle reconnait que l’Esprit souffle où il veut, sur qui il veut. Il n’appartient pas à l’Eglise de le museler, mais seulement de reconnaître, discerner sa présence à l’œuvre bien au-delà de ses murs ! Ainsi doit-il encore en aller aujourd’hui !
L’Evangile nous rappelle la seule voie de Jésus : la voie de l’amour. Dieu est Amour. Et nous sommes invités à vivre de ce même amour. A y demeurer, comme sarments sur la vigne. Si nous vivons dans l’amour, alors Dieu est présent. Et nous connaîtrons cette joie que nul ne pourra nous ravir ! Prenons un temps de prière silencieuse, pour accueillir, pour nous laisser convertir par cet amour du Père, du Fils et de l’Esprit. 

Sr Thérèse-Marie

dimanche 21 avril 2013

Vie

4e dimanche du Temps pascal : Année C (2013)
 
« Je suis le bon pasteur », dit Jésus,
« à mes brebis, je donne la vie éternelle »
En ce 4e dimanche du Temps pascal, les lectures de la liturgie nous parlent de vie.
Bien plus, c’est de vie éternelle qu’il est question dans les Actes des Apôtres et l’Evangile.
Et dans l’Apocalypse, ce sont les « eaux de la source de vie ».
Voyons ce dont il s’agit.
 
Nous avons fêté Pâques.
Nous nous sommes réjouis de la vie que Jésus, mort, a reçue du Père.
D’ailleurs, les Alléluias qui scandent nos offices et Eucharisties du Temps pascal en témoignent.
C’est bien la joie d’une vie donnée que nous voulons célébrer.
Mais nous-mêmes, en quoi cette Bonne Nouvelle de la résurrection nous rejoint-elle en cet aujourd’hui qui est nôtre ?
En quoi la résurrection change-t-elle quelque chose à notre quotidien ?
 
Dans les Actes des Apôtres, le texte que nous venons d’entendre est en fait tronqué.
Dans ce qui est passé sous silence, on rapporte un discours de Paul qui retrace toute l’histoire d’Israël, depuis le séjour en Egypte jusqu’à la vie terrestre de Jésus.
C’est au cœur de ce discours qu’est proclamée la Bonne Nouvelle :
« la promesse faite aux pères, Dieu l’a pleinement accomplie à l’égard de nous, leurs enfants, quand il a ressuscité Jésus »
Et quelle est cette promesse ?
Paul l’appelle « pardon des péchés » ou « justification ».
On pourrait traduire ces mots par ceux de salut et de vie.
L’extrait que nous avons entendu le confirme :
« tous ceux qui se trouvaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants »
Mais ne nous y trompons pas :
« destinés » ne signifie pas « prédestinés », comme si certains étaient choisis et d’autres, rejetés.
En effet, Paul disait aux Juifs :
« vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle »
C’est-à-dire qu’ils ne veulent pas s’ouvrir à la vie.
Ils refusent de croire.
La foi est donc le lieu d’un choix, d’une liberté !
 
L’extrait de l’Apocalypse parle aussi de vie.
Que signifie donc cette vision que Jean rapporte ?
En lien avec notre propos, nous pourrions épingler le verset où il est question de vie :
« l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur Pasteur pour les conduire vers les eaux de la source de la vie »
Mais je voudrais surtout considérer la parole qui suit, pour laisser la Résurrection de Jésus rejoindre chacun et chacune :
« Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux »
En effet, cette vie donnée, proposée, l’est dans le quotidien de souffrances, d’épreuves, de larmes de tant de nos contemporains.
En se faisant proche (« celui qui siège sur le Trône habitera parmi eux »), Dieu rejoint chacun dans son aujourd’hui et y fait jaillir la vie.
 
En accord avec les Actes des Apôtres et l’Apocalypse, l’Evangile de Jean confirme ce don de la vie :
« à mes brebis, je donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main »
Tel est le résultat, le bénéfice que nous vaut la résurrection de Jésus.
Jésus nous offre sa proximité et il nous partage sa vie :
« (mes brebis) jamais ne périront »
Cela ne signifie pas qu’on ne connaîtra pas la mort biologique : comme tout organisme vivant, l’être humain doit mourir.
Mais le gain de la résurrection est que l’homme ne vit pas seul et ne meurt pas seul.
Dieu noue une relation avec chacun de nous.
Et cette relation n’aura pas de fin.
Nous ne sommes pas des étrangers pour Dieu, selon les mots du psalmiste :
« Reconnaissez que le Seigneur est Dieu :
il nous a faits et nous sommes à lui,
nous, son peuple, son troupeau »
Dieu se soucie de nous, de nos joies et de nos peines.
Nous avons de l’importance pour Lui.
 
Et pareillement, nous ne sommes pas des étrangers pour Jésus :
« mes brebis écoutent ma voix ;
moi, je les connais »
 
Tel est le cadeau que nous offre la fête de Pâques : partager la vie de Jésus.
Une relation d’amitié s’ouvre devant nous :
Jésus nous propose d’écouter sa voix, de le suivre.
Lui nous accompagne et nous insuffle la vie éternelle.
Et cette vie éternelle commence dès aujourd’hui : une vie pleine, heureuse, féconde, qui porte du fruit, parfois bien secrètement, mais non moins réellement.
 
Jésus ne peut pas nous décevoir.
Nous pouvons lui faire confiance.
Il ne nous abandonnera jamais :
« Oui, le Seigneur est bon,
éternel est son amour,
sa fidélité demeure d’âge en âge »
 
Alléluia !

Sr Marie-Jean 

jeudi 14 février 2013

Tous envoyés

Méditation pour la fête des saints Cyrille et Méthode (Luc 10,1-9)
L’évangile de ce jour nous présente l’envoi des 72 disciples. Si on parle régulièrement des successeurs de Pierre et des 12, on parle rarement des successeurs des 72. Qui sont-ils ces disciples envoyés deux par deux partout où Jésus souhaite entrer ? Et bien, c’est assez simple à comprendre, c’est vous et moi ! Oui, le message que nous laisse cet évangile est clair : la mission chrétienne n’est pas l’affaire de quelques-uns, Pierre, les douze et leurs successeurs ! La mission est l’œuvre de tous les chrétiens. C’est notre œuvre, si nous y manquons, il manquera quelque chose à l’œuvre de Dieu.
Nous sommes envoyés deux par deux : la première mission est de faire communauté, de vivre l’amour de Dieu au cœur de nos relations. Comment en témoigner sinon par la vie fraternelle. La première mission est un geste : marcher, marcher ensemble. Cela invitera à composer : l’un est rapide, l’autre plus lent, l’un aime s’arrêter, l’autre préfère aller droit au but. Dans la vie fraternelle qui se tisse sur la route, la route qu’est notre vie, se dit quelque chose du Royaume.
Nous sommes envoyés deux par deux, devant Jésus, là où il souhaite aller. Il s’agit de lui préparer le chemin, non point d’envahir la place. Il s’agit d’ouvrir les cœurs, non de les encombrer de notre présence. Le messager sera humble, qui prépare le chemin, et s’efface devant celui qui vient.
Nous sommes envoyés dans le dépouillement : il ne faut emporter ni sac, ni argent, ni sandales... : la première préparation à la mission est dans ce dépouillement. Un dépouillement extérieur qui nous fait rejoindre notre  pauvreté intérieure. Voilà qui lèvera toutes les objections de tant de nous, qui sommes tentés de dire : mais qui suis-je pour porter la mission de Jésus, c’est bon pour le pape et les évêques. Non, accueille ta situation de manque, de pauvreté comme partie intégrante de ta condition humaine, que Jésus lui-même a embrassée. Cela te donnera de venir non en envahisseur, non en tout-puissant, mais en tout aimant. Tu seras par là, annonce de la Bonne Nouvelle. Va, les mains vides, à la rencontre de tes frères et sœurs.
Là où vous entrerez, dites d’abord paix à cette maison. D’abord et avant tout, ne commence pas par un discours, une homélie, mais par un salut tout humain. Sois d'abord relation : « paix »,  « shalom » était la manière juive de souhaiter un beau et bon jour, un jour de calme, un jour de paix. Retrouve le sens du "bon jour", une véritable salutation où l'on désire vraiment que la journée soit bonne à celle ou celui qu'on salue. Et ce n'est sans doute pas pour rien que ce "bon jour" était décliné chez les juifs par "paix à cette maison"…  Artisan de paix, rien que par cette humanité, voilà une première et importante mission, la porte d’entrée de la mission… Cela doit nous faire réfléchir... Comment être porteur de paix ? D’abord en la recevant, au plus profond ! en être transfiguré ! IL nous faut prendre le temps de nous tenir longuement en présence du Seigneur, pour le recevoir lui qui est notre paix, pour ensuite, l’offrir! Nous allons tantôt être invités à recevoir la paix du Seigneur, pour ensuite nous la transmettre. Que cette célébration nourrisse en nous la paix du Seigneur, et nous serons ensuite envoyés tous et toutes, sur le chemin de nos vies, porter cette paix, annonce de Jésus qui vient. 
 sr Thérèse-Marie

mercredi 13 février 2013

Joyeux Carême

Mercredi des cendres: pour une joyeuse entrée en carême
 
Il y a quelques semaines, nous fêtions Noël, l'incarnation de Dieu dans notre monde, dans notre histoire. Nous nous réjouissions de découvrir Dieu assez grand, assez puissant pour se révéler dans un nourrisson, assez amoureux de l'homme pour être pleinement, simplement,  Dieu au milieu de nous. En Jésus, nous avons contemplé l'Emmanuel, Dieu avec nous.
 
Dans son récit de la Passion, St Jean met sur les lèvres de Pilate une parole prophétique : « Voici l'HOMME » dira-t-il en présentant Jésus. Il nous invite ainsi à voir en Jésus l'Homme véritable, l'être humain tel que Dieu l'avait créé, à son image et à sa ressemblance,
 
Nous sommes invités, en ce début de carême, à parcourir avec Jésus, le chemin de notre véritable humanité.  À découvrir dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus, notre véritable vocation d'être humain.
 
Le prophète Joël, dans le passage que nous venons d'entendre, nous rapporte le cri de Dieu : « Revenez à moi ». C'est Dieu qui nous supplie, qui nous prie. C'est comme un cri de détresse, comme le cri d'un père, d'une mère qui verrait son enfant se fourvoyer, prendre un chemin sans issue et qui l'invite à « revenir »,
Parce qu'il est tendresse et miséricorde, parce qu'il est Amour, qu'il n'est qu'Amour, parce qu'il est Père, Dieu nous appelle aujourd'hui. « Revenez à moi, je ne vous ai pas créés pour la haine et la violence, je ne vous ai pas créés pour la guerre et la division, je ne vous ai pas créés pour le péché. Rappelez-vous : je vous ai créés à mon image et à ma ressemblance, je vous ai créés pour l'amour et la liberté. »
 
Nous ne faisons pas carême pour conquérir ou mériter notre salut, à coup de jeûnes, de pénitences et de privations ; nous « entrons » en carême,  PARCE QUE nous sommes sauvés, PARCE QUE nous sommes libres.
Le carême, c'est d'abord un don, un cadeau que Dieu nous fait. Le carême c'est d'abord une espérance de Dieu, son désir de nous voir réellement, concrètement sauvés et libres. L'important n'est pas ce que nous nous proposons de faire, mais ce que Dieu désire réaliser en nous, la conversion qu'il attend de nous, le dépouillement qu'il espère pour que nous soyons réellement sauvés et libres.
 
En chaque Eucharistie, en celle que nous vivons en ce moment, nous célébrons la résurrection de Jésus, sa victoire une fois pour toutes sur le péché et sur la mort, victoire dans laquelle il veut nous entraîner.
Oui, la résurrection de Jésus nous a déjà rendus libres, assez libres pour choisir de vivre selon les valeurs de Dieu, selon le désir de Dieu. Le carême nous donne l'occasion d'approfondir, de célébrer cette liberté. De choisir d'être pleinement ce que nous sommes déjà dans le coeur de Dieu, des enfants bien-aimés du Père.
 
Ce n'est sans doute pas le chemin le plus confortable. Dès dimanche nous verrons Jésus lui-même entrer dans le combat de la tentation, qui sera le combat de toute sa vie et de la vie de tout chrétien à sa suite. C'est un chemin qui peu à peu nous dépouillera de nos ambitions de richesses, de grandeur, de domination pour entrer dans une dynamique de sobriété, de partage, de fraternité. Et si nous suivons Jésus jusqu'au bout, ce chemin nous mènera à l'agenouillement du lavement des pieds et au don total de nous-mêmes pour nos frères et soeurs.
 
Mais nous savons déjà que ce chemin est le plus sûr, puisqu'en ressuscitant Jésus, Dieu l'a accrédité ; il lui a donné raison. Ce chemin qui nous apparaîtra peut-être à certains moments comme un chemin de mort est en réalité le chemin qui mène à la vraie Vie, à la liberté, à l'amour.
C'est donc avec enthousiasme que nous allons prendre la route et que nous allons marcher avec Jésus, vers notre pleine stature d'être humain, vers la plénitude de la Vie et de l'amour.
Bon carême.

sr Elisabeth

dimanche 10 février 2013

L'amour plus fort



Aujourd'hui, 10 février, nous fêtons sainte Scholastique. Ce nom étrange ne vous dit peut-être rien... Il signifie "celle qui a du loisir". Je traduirais volontiers "celle qui a du loisir pour Dieu". Oui, sainte Scholastique est la soeur de saint Benoît, et elle est chère à toutes les bénédictines. 
Nous ne connaissons pas grand chose d'elle, mais le peu que nous a légué la tradition nous la rend extrêment sympathique. Tandis que le peuple se lamentait qu'il n'y avait plus de saints, le pape Grégoire le Grand s'est mis à écrire "les dialogues", pour montrer la vie de saints de son temps. Et il a fait la part belle à saint Benoît. C'est au sein du récit de la vie de Benoît que nous découvrons le visage de sainte Scholastique. Voici ce qu'il en dit...  

XXXII 4. PIERRE Dis‑moi, je te prie, si les saints peuvent tout ce qu'ils veulent et obtiennent tout ce qu'ils désirent obtenir.
 
XXXIII GRÉGOIRE. Qui donc, Pierre, a été plus élevé en cette vie que Paul? Et pourtant trois fois il demanda au Seigneur d'être libéré de l'aiguillon de sa chair et il ne put obtenir ce qu'il voulait. A ce propos, il faut que je te raconte comment le vénérable Père Benoît voulut un jour une chose et ne put réaliser son désir.
 
2. Sa soeur, nommée Scholastique, consacrée dès l'enfance au Seigneur tout‑puissant, avait l'habitude de venir le voir une fois par an. L'homme de Dieu descendait à sa rencontre non loin de la porte, dans une dépendance du monastère. Un jour, elle vint comme de coutume, et son vénérable frère descendit avec des disciples pour la voir. Toute la journée se passa à louer Dieu et à parler de choses saintes. Les ombres de la nuit tombaient quand ils prirent leur repas ensemble. On était encore à table à parler de choses saintes, quand la religieuse sa soeur le pria en ces termes: " Je t'en prie, ne me quitte pas cette nuit. Jusqu'au matin parlons des joies de la vie céleste." Il répondit: "Que  dis‑tu là, ma sœur! Rester hors du monastère, je ne le peux absolument pas".
 
3. Le ciel était alors d'une sérénité parfaite, sans un nuage. La religieuse à ce refus de son frère, posa sur la table ses mains, les doigts entrelacés, et inclina la tête dans ses mains pour prier le Seigneur tout puissant. Quand elle la releva, ce fut un éclat violent d'éclairs, tonnerre, pluie diluvienne, tant et si bien que ni le vénérable Benoît ni les frères qui l'accompagnaient ne pouvaient franchir le seuil du lieu où ils se trouvaient  La religieuse, en inclinant la tête dans ses mains, avait versé sur la table des fleuves de larmes par lesquels elle amena la sérénité du ciel à la pluie. Et ce ne fut pas un peu après sa prière que l'inondation s'ensuivit, mais la simultanéité fut telle de la prière et de l'inondation qu'au moment où elle leva la tête de la table, le tonnerre éclatait déjà. A l'instant même où la tète se leva, la pluie tomba.
 
4. Alors l'homme de Dieu, parmi les éclairs, les tonnerres et l'immense inondation de la pluie, voyant qu'il ne pouvait rentrer au monastère, commença à se plaindre, tout triste: " Que Dieu tout‑puissant te pardonne, ma soeur! Qu'est‑ce que tu as fait là ?" Elle répondit: "Voilà! Je t'ai prié, et tu n'as pas voulu m'écouter. J'ai prié mon Seigneur, et il m'a écoutée. Maintenant donc, si tu peux, sors! Laisse-moi et rentre au monastère. " Mais lui ne pouvait sortir au‑delà du toit. Il n'avait pas voulu rester de bon gré, il resta de force. Et voilà comment ils passèrent toute la nuit à veiller, en se rassasiant mutuellement de saints propos sur la vie spirituelle.
 
5. J'ai donc dit qu'il avait voulu quelque chose, mais sans résultat. Car si nous considérons la pensée de l'homme vénérable, évidemment il aurait souhaité que le beau temps qu'il avait eu pour descendre continuât, mais contre son désir, par la force de Dieu tout‑puissant, il trouva un miracle suscité par le cœur d'une femme. Ce n'est pas étonnant qu'une femme en cette occasion ait été plus forte que lui, elle voulait voir plus longtemps son frère. Selon la parole de Jean, "Dieu est amour", et par un jugement tout à fait juste, elle fut plus puissante parce qu'elle aima davantage.
 
PIERRE J'avoue que cela me plaît beaucoup, ce que tu dis.
 
XXXIV GRÉGOIRE. Le lendemain, la vénérable femme revint à sa maison, et l'homme de Dieu rentra au monastère. Trois jours après, comme il était chez lui, ayant levé les yeux dans les airs, il vit l'âme de sa sœur, sortie de son corps, pénétrer les profondeurs mystérieuses du ciel sous la forme d'une colombe. Tout réjoui d'une telle gloire, il rendit grâces à Dieu tout‑puissant dans ses hymnes de louange, et il annonça le décès aux frères.
 
2. De plus, il les envoya aussitôt pour ramener son corps au monastère, où on le placerait dans le tombeau qu'il s'était préparé pour lui-même. De cette manière il arriva que ceux dont l'esprit avait toujours été uni en Dieu ne furent pas non plus séparés de corps par la tombe.
 (traduction de Adalbert de Vogüé)