jeudi 30 septembre 2010

Espérer, grâce de la rencontre



Qui dit rencontre, dit découverte, partage,...
C'est bien ce qu'il nous a été donné de vivre au long de ces jours de symposium à Rome en septembre.
Imaginez la richesse des échanges, lorsqu'à votre table, se trouvent des bénédictines de pays aussi divers: Indes, USA, Espagne, Brésil, Suède, Italie,...
Bien sûr il faut franchir la barrière des langues, mais à force d'efforts et de rire, de mots et de gestes, on finit après quelques jours à pouvoir tant échanger, qu'il semble que l'on se connaît depuis si longtemps.
Il y a aussi ces moments magiques, où par groupe linguistique, il nous est donné de préparer un office pour toutes... voyez, un groupe francophone, cela ne veut vraiment pas dire, un groupe de françaises... cela donne quelques françaises accueillant à bras ouverts, non seulement les voisines belges, mais aussi le Vietnam, le Burkina, le Togo, le Canada,... Alors pour tel psaume, ce sera l'accompagnement à la kora, pour donner le rythme, ce sera le maracas,... Voyez sur la photo la découverte émerveillée de cet instrument...
Nous étions une bonne centaine, venant de tous horizons, toutes vivant selon la Règle de Benoît. Ne sens-tu pas monter en toi l'espérance quand de telles rencontres sont possibles, quand de telles rencontres te dilatent le coeur ?
La visitation de Marie à Elisabeth est souvent revenue en nos coeurs: quand deux femmes, porteuses de vie, s'accueillent, le Seigneur tressaille de joie ! 
Sr Thérèse-Marie

mardi 31 août 2010

Espérer face... au refus du temps




Un aspect de notre « monde sans limite » qu’il faut peut-être relever, c’est le problème du rapport au temps. « Je veux tout, tout de suite ! » Notre société semble avoir fait profession de ce slogan infantile. La difficulté de prendre un engagement, de le tenir appartient aussi à ce problème de relation au temps.
Comment notre vie remet-elle l’espérance au cœur même de cette situation ? N’est-ce pas en mettant notre vie en tension entre un déjà là et un pas encore ?
Silence, persévérance, patience, stabilité, voilà un vocabulaire bénédictin qui marche à rebours...
Il est bon d’espérer en silence le salut de Dieu[1]. Je vois dans l’humble persévérance de nos aînées, dans leur manière de poursuivre la route, dans un tranquille silence, une merveilleuse hymne à l’espérance.
Si vous connaissez le film « L’homme qui plantait des arbres »[2]... pour moi, il est parabole de nos vies. Ce pourrait être un beau partage que de nous dire quel arbre nous plantons par la persévérance de nos existences !
 
Mais nos vies courent aussi un terrible risque, dans sa manière d’habiter le temps de ses rythmes et horaire bien balancés de prière et travail : « l’habitude nous joue des tours »[3]. Dans nos vies, où 5 fois par jour nous célébrons l’office dans une stalle... le risque est grand de s’installer dans un train-train qui n’a plus rien de la marche du pèlerin !!! Et pourtant n’est-ce pas lui qui nous entraîne... étranger, pèlerin sur cette terre. Et la chanson de poursuivre : « La rouille aurait un charme fou si elle ne s’attaquait qu’aux grilles ». Et c’est une moniale qui ose reprendre ces mots !!! J’avoue prier que la rouille s’attaque non seulement à toutes nos grilles, mais aussi à nos habitudes, nos traditionalismes, nos ritualismes... tout ce qui affadit, dénature le sel de l’Evangile. Benoît veut nous conduire par l’Evangile ! Et Jésus n’a trouvé où reposer la tête si ce n’est sur la Croix. Pouvons-nous vivre « désinstallées » à sa suite ?
Sr Thérèse-Marie

[1] Lamentations 3,26 traduction TOB
[2] Film d'animation de Frédéric Back d'après L'homme qui plantait des arbres, de J. Giono. Narration de Philippe Noiret, 1987 (30 mn).
[3]cf. la chanson : LA ROUILLE; paroles: Jean-Pierre Kernoa; musique: Maxime LeForestier 

dimanche 21 février 2010

l'espérance au désert...

Méditation pour le premier dimanche de Carême, année C

Et nous y voici, en carême. Mais pas avec des mines de carême, j’espère!
La prière d’ouverture du premier dimanche de carême nous a rappelé le but du carême : progresser dans la connaissance de Jésus Christ, et nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle... Alors c’est vrai, on peut laisser tomber les masques de Carnaval, pour laisser fleurir notre joie profonde de progresser en cette connaissance, comprenons : de progresser en l’amour de Jésus, du Dieu qu’il nous révèle.
Et pour nous le découvrir, trois textes sont proposés en la liturgie de ce même dimanche. Trois confessions de foi en acte, pourrions-nous dire.
Dans le Deutéronome (26,4-10), un Israélite confesse sa foi en offrant à Dieu les prémices de ses récoltes. Il relit son histoire, l’histoire de son peuple, et proclame que le Dieu créateur à qui il doit sa récolte, est aussi Dieu sauveur, Dieu qui a compassion des petits, des pauvres, des opprimés, des étrangers. Au Dieu qui libère et donne une terre, il vient offrir à son tour les prémices de sa terre en un geste qui le libère du "tout pour moi". En lisant les textes de la loi juive, nous découvrons que par ce geste d’offrande, le croyant juif entre dans la générosité et la compassion de Dieu. Les prémices qu’il offre vont être partagées : une part pour les lévites qui n’avaient pas de terre, une part pour la veuve, l’orphelin, le pauvre, l’étranger, une part pour célébrer en famille la bonté de Dieu. Ainsi le croyant devient membre d’un peuple attentif au pauvre.
Voilà pour nous faire progresser dans la connaissance de notre Dieu : Dieu sauveur, compatissant, bon et généreux, qui invite à devenir comme lui, communion ouverte ! Espérance du partage...
Dans la lettre aux Romains (10,8-13), Paul nous partage ce qui est l’essence même de toute sa vie : la foi au Christ mort et ressuscité. Une foi ni cérébrale, ni sentimentale : croire en son cœur, c’est laisser la foi diriger notre pensée et l’engagement de tout notre être. La foi au Christ ressuscité donne le salut, justifie... c'est-à-dire nous ajuste à Dieu, la foi nous travaille, nous transfigure à l’image du Fils ! En cette foi, nous dit saint Paul, il n’y a plus de distinction entre juifs et païens. Voici le peuple de la première alliance élargi à l’humanité entière, par la seule foi en Jésus. Impossible d’être chrétien sans un cœur universel ! Espérance de la fraternité...
Relisons maintenant l’évangile présentant Jésus au désert (Luc 4,1-13)... confession de foi de Jésus lui-même pourrions-nous dire !
Jésus, rempli de l’Esprit Saint quitta les bords du Jourdain. Ce texte fait suite au baptême de Jésus. Baptême où le Père a proclamé : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui je t’ai engendré. Et voici Jésus conduit à travers le désert par l’Esprit ! A travers : le désert est un lieu de passage... vers la terre nouvelle ! Pendant 40 jours, il est mis à l’épreuve par le diable. 40 jours, c’est le rappel des 40 ans au désert du peuple d’Israël.
Est-il nécessaire de nous rappeler que le récit qui suit est symbolique ? N’essayons pas d’imaginer le diable inventant le téléférique pour emmener Jésus sur le faîte du Temple ! Mais comprenons combien Jésus, partageant notre condition humaine, a été tenté tout au long de son existence, aussi bien par ce qui touche à l’avoir (pierre/pain) qu’au pouvoir (tous les royaumes) et au savoir (mettre Dieu en poche). Jésus, humain… comme nous ! Espérance d'une humanité renouvelée...
Ce récit symbolique nous dit donc qu’après 40 jours au désert, Jésus a faim : on peut comprendre... Alors vient le tentateur : si tu es fils de Dieu... Bien sûr qu’il l’est, le Père vient de lui dire ! Ordonne à cette pierre de devenir du pain. - Oui, je suis fils, répond Jésus, c’est pourquoi je ne vis pas seulement de pain, ma relation au Père est plus vitale encore que le pain, et c’est de lui que je reçois le pain ! Je suis Fils pour servir, non pour me servir !
- Ta relation filiale est si importante ? Qu’à cela ne tienne, semble répondre le tentateur. Il emmène Jésus sur une hauteur pour qu’il embrasse du regard tout l’univers : si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. Moi aussi je peux être père pour toi, et tout te donner, semble chuchoter le malin ! A quoi Jésus répond : - oui, ma relation filiale est vitale et je n’ai qu’un Père ! C’est devant lui, Dieu que je me prosterne, c’est de lui que je reçois la vie, le mouvement et l’être. Et Jésus de préférer la liberté des enfants de Dieu à la prison du pouvoir, à l’esclavage des richesses accaparées.
Alors le tentateur l’emmène à Jérusalem, sur le toit du Temple, lieu idéal pour un coup d’éclat. Il semble consentir au choix de Jésus : - Bien, tu es donc fils de Dieu. Tu es grand alors ! Tu sais que tu peux compter sur lui. Parfait, alors : vas-y, jette-toi en bas du Temple, fais l’expérience de ce souci qu’il a pour toi ! Goûte combien il est Père pour toi ! Faute d’avoir réussi à tenter Jésus, Dieu fait homme, le malin invite Jésus à tenter Dieu ! Et Jésus refuse encore ! Il semble dire : ma foi au Dieu Père de tendresse me donne de vivre avec l’Esprit au quotidien, ma vie humaine, sans chercher à en tirer profit personnel, pouvoir, gloire. Ma relation au Père me donne de vivre ajusté à lui, dans le respect : respect des choses (une pierre est une pierre), respect des autres (refus du pouvoir et de la domination, de l’accaparement des richesses), respect du Père (je ne le tenterai pas). Là où il n’y a que respect, il n’y a aussi que l’amour... et le malin de s’en aller : l’amour il ne connaît pas, ne veut pas connaître... et le malin de s’en aller avec une triste mine de carême, tandis qu’avec Jésus nous pouvons poursuivre heureux la voie qu’il nous a ouverte !
Espérance de la filiation divine...
Sr Thérèse-Marie

dimanche 17 janvier 2010

Voici l'Epoux...




2ème dimanche du temps ordinaire : année C
Pour débuter le temps ordinaire, les lectures nous offrent du peu ordinaire ! C’est le moins que l’on puisse dire ! Des Noces, un Dieu fou d’amour. Un Dieu qui fait ruisseler le vin, un Esprit qui suscite une multitude de dons ! Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?
Le prophète Isaïe utilise l’image des épousailles pour dire l’amour de Dieu pour son peuple, pour dire l’alliance qu’il veut établir. Quoi de plus fort ? On t’appellera d’un nom nouveau. Et le nom dit l’être en son plus intime. Quel est ce nom ? Ma préférence, mon épouse. Voilà l’annonce faite à qui se sentait délaissé, exclu ! A un peuple qui se sentait délaissé, exclu ! Pouvons-nous dans le secret de notre prière, dans le secret de ce cœur à cœur avec Dieu, l’entendre nous appeler ainsi ? Pouvons-nous l’entendre appeler ainsi tous les groupes exclus aujourd’hui ? Tous les peuples aujourd’hui privés de nourriture, de ressources, d’accès à l’eau, aux technologies… Qui donc est Dieu pour vouloir entrer ainsi en une telle relation d’amour avec notre humanité ? En un amour, où il n’y a ni condescendance, ni domination, ni supériorité. Celui qui nous a construits, celui qui nous a crées, veut nous épouser ! Ferons-nous sa joie, comme la jeune mariée fait la joie de son mari ? Là est l’attente de notre Dieu, son grand désir !
Au long des ans, il a dû cependant constater nos infidélités, nos reniements. Mais il est un Dieu fidèle, sans cesse il renouvelle l’alliance lorsque nous la brisons. Sans cesse il restaure son peuple, en lui donnant son Esprit.
Saint Paul dans l’épître aux Corinthiens, nous découvre le secret du peuple de Dieu : un peuple constitué d’êtres si différents, revêtus chacun pour sa part de dons de l’Esprit. Lorsque Dieu nous constitue en peuple, il ne le fait pas au départ d’un moule créant des copies conformes d’un modèle unique, mais il nous rassemble en nous différenciant les uns des autres. Par les dons même de son Esprit, il nous revêt de charismes et de fonctions variés. Dieu constitue son peuple en l’unité de la diversité, à l’image de ce qu’il est en lui-même : Père, Fils et Esprit. Il nous est bon de méditer ce texte, alors que demain nous commencerons la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Paul nous découvre la beauté de la diversité, son importance. Les dons de l’Esprit aux uns et aux autres, sont faits pour la communauté, pour la communion, en vue du bien de tous. Ce pourrait être un beau chemin d’unité, si nous reconnaissions les dons de l’Esprit en chacun, chacune, et si nous mettions nos dons au service la communion ! Si les peuples se partageaient mutuellement leurs dons, sans volonté d’accaparement ou de puissance ! Ainsi nous construisons le véritable corps du Christ !
Le peuple, formé par les dons de l’Esprit, est celui-là même que Jésus est venu unir à lui en une nouvelle Alliance. Le premier signe que Jean met en ouverture de son Évangile en témoigne. Si nous nous attardons un peu à la lecture de ce texte, il apparaît assez rapidement, que le récit est étrange : on parle de noces, sans mentionner qui sont les époux. Seuls sont nommés quelques invités : Marie, Jésus et ses disciples ! Cela nous éveille au projet de l’évangéliste : il n’écrit pas la « petite gazette » du coin ou le carnet mondain.
À qui veut bien l’entendre, il annonce l’alliance nouvelle que Dieu, en Jésus, vient instaurer avec l’humanité.
On peut aussi s’étonner de la présence de ces 6 jarres destinées aux ablutions rituelles prescrites par la loi. Que font-elles là dans une salle de noces ? De plus, elles sont vides ! Marquent-elles que les rites d’ablutions qu’une hantise de pureté avait multipliés, que ces rites, détachés d’un projet d’amour, ont desséché les coeurs ? Les jarres sont vides. [J’en connais qui se seraient empressées d’y mettre des fleurs... mais non, elles sont vides.] Est-ce invitation à renoncer à chercher une pureté quelconque à travers des observances et des rites, pour se mettre en quête de l’Alliance Nouvelle ?
Marie est là, (de même elle sera présente au pied de la croix) figure féminine du peuple nouveau, symbole de l’Église. Elle dit le manque à son Fils. La réponse de Jésus peut étonner. Femme, que me veux-tu ? Littéralement : que t’importe à toi et à moi ! mon heure n’est pas encore venue. L’alliance ancienne est passée, il nous faut entrer dans la nouvelle, ne regarde pas en arrière... Et le message de Marie aux serviteurs semble faire advenir cette nouveauté : elle invite à se tourner non vers les responsables de l’organisation, mais vers celui qui vient inaugurer l’alliance nouvelle. Faites tout ce qu’il vous dira.
Dans la culture de l’époque, il revient à l’époux de fournir le vin de la Noce... Les jarres d’eau de l’ancienne alliance sont vides. Seul Jésus, la source, peut rendre aux cœurs une eau vive. Eau vive qui se change en vin, pour qui vient prendre part à sa table, pour qui entre en alliance avec lui !
Et voici que Jésus donne le vin en surabondance, le vin de l’amour, il est l’Époux véritable.
Et de l’abondance de ce vin, il nous est servi en chaque eucharistie, comme il peut nous être servi au cœur de nos vies personnelles et communautaires ! 
Sr Thérèse-Marie

dimanche 10 janvier 2010

Tu es mon Fils

Fête du Baptême du Seigneur (année C)


Les textes que nous offre cette liturgie sont denses ! Impossible de tout commenter.
Arrêtons-nous donc seulement sur quelques paroles, essayons d’y découvrir le visage de notre Dieu, s’il est bien vrai que toute page de l’Écriture nous dit d’abord et avant tout qui est notre Dieu, celui que les prophètes ont annoncé, celui que Jésus a manifesté, celui dont les apôtres témoignent.
Les prophètes, nous présentent Dieu sous divers visages, aucun ne suffisant à lui seul, pour tracer le portrait juste, parfait. Aujourd’hui Isaïe, nous le montre en un grand élan de tendresse : Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur ! « Con-solez » : être avec celui qui est seul, enfermé dans la prison de son mal, de sa détresse. Oui, voilà la grande attente de notre Dieu, la consolation de ses enfants ! Pas de ses enfants innocents, opprimés uniquement, mais de tous ses enfants. Consolez en annonçant que le crime est pardonné. Cela dit bien, combien qui que nous soyons aujourd’hui, quel que soit notre palmarès à son égard, Dieu veut pour nous un chemin de bonheur. Et il espère qu’il se trouvera un prophète pour nous porter cette consolation ! Mieux, il espère qu’il se trouvera un prophète pour préparer sa venue. Car, Lui, le Très-Haut, le Tout-Puissant, espère venir à notre rencontre, espère venir lui-même rejoindre chacun, le consoler, et pour cela il espère que nous lui préparions un chemin !
Il veut venir, non comme un juge terrible, mais comme un berger de tendresse, qui rassemble les agneaux, les porte sur son cœur !
Les apôtres, aujourd’hui saint Paul dans sa lettre à Tite, nous annoncent la grâce de Dieu, manifestée pour notre salut. Paul est témoin du Christ, il est témoin de sa victoire sur la mort, sur le mal. Il sait que tout nous est déjà donné, et que dans l’espérance de l’accomplissement des promesses, nous pouvons travailler avec ardeur à faire le bien. Non pour obtenir, acheter le salut. Le salut est don gracieux de Dieu. Mais par notre ardeur à faire le bien, nous pouvons hâter le jour de la pleine manifestation de ce salut. Par notre ardeur à faire le bien, nous pouvons faire la joie de notre Dieu, lui dire notre reconnaissance. Lui dire en actes que nous cherchons tant bien que mal à devenir à son image, comme sa ressemblance.
Paul témoigne : Dieu notre sauveur, a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes. Il nous a sauvés, il l’a fait dans sa miséricorde !
Notre Dieu n’a d’autre mobile, n’a d’autre but, que celui d’aimer. Il a tout fait par amour, il est en lui-même amour, Trinité : Père, Fils et Esprit. Et il ne veut que se donner à nous, nous faire entrer en cette danse de l’amour. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit le Père l’a répandu sur nous avec abondance, par Jésus.
L’évangéliste Luc confirme cette révélation de notre Dieu.
Le peuple était en attente... Qu’attendait-il sinon la consolation annoncée ? Sinon le pardon, la communion rétablie avec Dieu, le bonheur de se laisser porter sur son cœur.
Le peuple était en attente... il attendait le messie qui allait réaliser une telle promesse. Le peuple voit Jean-Baptiste, et se dit : c’est peut-être lui... Mais Jean les détrompe... non, je ne le suis pas ! Moi je baptise dans l’eau, lui vous baptisera dans l’Esprit et le feu ! Le feu de l’amour !
Et révélation merveilleuse... dans cette foule du peuple, Luc nous découvre Dieu lui-même. Jésus est là, homme parmi les hommes, dans la foule du peuple qui dit son attente et son désir en recevant le baptême de Jean. Jésus est là, solidaire de cette foule en attente. Sa mission commence au cœur même de l’attente du peuple. Sa mission commence au cœur même de notre attente à nous tous aujourd’hui, comme au cœur de l’attente de Dieu ! Il vient, se fait proche du seul, il est la consolation attendue !
Et baptisé, dans la solidarité avec cette foule, Jésus prie. Luc est le seul à nous rapporter ce trait lors du baptême de Jésus. Cela vaut la peine de s’y arrêter. Le peuple attendait la consolation, le moment de grâce qui verrait le pardon de Dieu ruisseler, la communion restaurée. Et voici Jésus, baptisé, au milieu du peuple, prie ! Et c’est alors que le ciel s’ouvre. Jésus entré dans le temps humain prie, et en sa prière l’éternité de Dieu s’ouvre ! Le ciel s’ouvre. Ah, si tu déchirais les cieux, avait soupiré le prophète ! Mais la clé de ce déchirement n’était nulle part ailleurs, que dans la prière de Jésus, Dieu fait homme, solidaire du peuple. Jésus en sa prière voit se réaliser la communion du ciel et de la terre. Moment d’intimité, moment de grâce où se manifestent la bonté et la tendresse du Père pour les hommes.
A la prière de Jésus, le ciel s’ouvre, l’Esprit vient reposer sur lui, cet Esprit dont Paul nous dit qu’il vient prier en nos cœurs, qu’il vient dire en nous, le véritable nom de Dieu : Abba, papa ! Et du ciel une voix répond à la prière de Jésus : « C’est toi mon Fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré ». La seule et unique réponse du Père. Le seul vrai visage de Dieu, nous est ainsi révélé... Au sein de la prière de Jésus, en cette parole du Père. Parole de reconnaissance, parole d’engendrement ! Dieu pour être avec nous, en la solitude de nos détresses, nous adopte, se fait Père de tendresse. « C’est toi mon Fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré ».
Cette parole, c’est à chacun et chacune de nous de l’entendre à notre tour, de la recevoir dans le silence de notre cœur en attente, de notre cœur en prière, pourvu que nous nous glissions à notre tour dans la solidarité du Fils. 
Sr Thérèse-Marie

jeudi 31 décembre 2009

Pour la nouvelle année

C'est le moment...
tous et toutes se préparent à franchir le cap d'une année nouvelle...
les voeux vont et viennent chargés d'espérance,
porteurs des rêves les plus fous.
A toi qui me lis,
je souhaite une année de bonheur au milieu des tiens,
au milieu de ceux et celles que tu choisis de faire tiens !
Une année riche de rencontres, de solidarité et de fraternité !
Une année où étincellent les rêves,
Une année où chante l'alouette !



en guise d'étrennes,
je t'offre cette prière de Jean Debryune
(prêtre-ouvrier et poète, sociologue, journaliste... )


Je ne te demande pas,
mon Dieu,
de faire que cette année
soit un miracle.
Je ne te demande pas
de remplacer la réalité
par mes rêves
ou de faire
que mes désirs
me fassent oublier la nuit.
Je te demande
seulement,
mon Dieu,
d'oser l'Espérance.

jeudi 24 décembre 2009

Noël... une espérance déposée sur la paille



Noël... quel cœur ne s'ouvre à l'annonce de la naissance d'un enfant?
Dieu fait homme, Dieu se fait tout petit, si petit que sa vie même tient aux soins que nous en prendrons ! Noël, Dieu déposé sur la paille, en quête de notre accueil !
Est-ce là source d'espérance?
Vraiment, on annonçait la venue d'un Dieu fort, qui allait briser les ennemis, rétablir la justice, porter la paix. Durant tout l’Avent nous chantons : « le Seigneur vient combler les pauvres » et nous chantons quotidiennement avec le Magnificat que le Seigneur « comble de bien les affamés et renvoie les riches les mains vides ». Ces versets nous ont peut-être trop habitués à une vision d’une relation avec Dieu à sens unique : il est Celui qui vient combler les pauvres, il est le dispensateur de tout bien, on le voit comme un roi généreux, qui vient avec une escorte chargée des cadeaux qu’il va distribuer ! Ces images ne sont pas fausses, nous savons que tout vient de Dieu ! Mais nous ne pouvons le réduire à ce seul visage. Nous devons aussi nous demander comment il vient combler les pauvres ? A Noël, chaque année est offert à notre contemplation le mystère de l’Incarnation. Les crèches nous présentent alors Jésus sur la paille. Il vient combler les pauvres ? Il vient recevoir l’accueil des pauvres ! Il vient permettre aux pauvres de lui donner hospitalité, un peu de paille, un peu de laine, un abri du vent et de la pluie...
Le Seigneur se révèle à celui qui partage. C'est-à-dire celui qui a les mains ouvertes, celui qui n’a pas construit une muraille autour de ses biens, qu’ils soient abondants ou non. Le Seigneur se révèle à celui qui reconnaît que ce qu’il a reçu n’est pas son bien propre, mais un bien confié à sa gestion, à son partage. Peut-être que la première manière dont il vient combler les pauvres, c’est de leur permettre d’être là pour lui, de leur permettre de partager le peu qu’ils ont, de leur permettre d’être généreux, pour lui ! Il vient les combler d’honneur ! Etty Hillesum dans son journal à des mots incroyables, où dans la situation de juive traquée, aidant comme elle pouvait ses frères et sœurs juifs, elle dit à Dieu : je vais tenter de t’aider mon Dieu ! « Je prendrai pour principe d’aider Dieu autant que possible et bien si j’y réussis je serai là aussi pour les autres . Il m’apparaît de plus en plus clairement que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous ». Le Seigneur vient combler les pauvres, en permettant aux pauvres de l’accueillir, de le combler lui, le Pauvre !
Nous pouvons légitimement connaître des moments de découragement devant tant de détresses en notre monde. Nous sentir écrasées d’impuissance ! Nous pouvons connaître de véritables nuits de la foi, nuits de l’espérance, et nous demander ce que nous faisons là ! Comment nous pouvons encore passer notre vie à chercher Dieu... Et à ce même moment, c’est Christ qui nous cherche, il est là, à notre porte, en quête d'une maison accueillante ou d’une crèche... Merveilleuse grâce d’une vision béatifique qui nous est offerte! Nous nous étions engagées à chercher Dieu par toute notre vie, et voici qu’il se donne à nous aussi simplement. Pourquoi lever les yeux au ciel pour y chercher Dieu alors qu’il se présente à nous dans le plus petit, le très-bas dirait Christian Bobin ; ce n’est sans doute pas pour rien qu’au premier verset de sa règle, Benoît nous invite à incliner l’oreille de notre cœur ! L’incliner vers le très-bas, vers le plus petit, pour entendre notre Dieu chuchoter en lui ! Pour entendre Dieu nous supplier en lui !

Si Dieu s'est fait ainsi l'un de nous, le plus petit parmi nous, l'espérance ne renaît-elle pas pour toi?
Sr Thérèse-Marie